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Un réchauffement timide des relations entre les Innus et les Wendat

Un homme devant une peinture autochtone.

Charles-Édouard Verreault, vice-chef de la communauté innue de Mashteuiatsh.

Photo : Radio-Canada / Guy Bois

Le climat se réchauffe doucement entre les Innus de Mashteuiatsh et les Wendat de Wendake. Nous sommes loin de la canicule, mais au moins, des contacts ont lieu.

Ça n’avance pas beaucoup si on parle de la question territoriale, sauf qu’il y a un nouveau leadership avec le grand chef (Rémi) Vincent avec lequel j’ai des communications quand même assez régulières. Mais on n’est pas rentrés encore dans le vif du sujet.

Charles-Édouard Verreault est le vice-chef de la communauté innue de Mashteuiatsh, responsable des relations avec les Premières Nations et les gouvernements. Le vif du sujet, comme il dit, c’est le conflit territorial qui oppose les Innus et les Wendat.

Pour les Wendat, un accord passé avec les Britanniques après la Conquête en 1760 et leur présence historique à Stadacona lors du premier voyage de Cartier prouve qu’ils ont des droits ancestraux sur le territoire, où est située, entre autres, la ville de Québec.

L’exil de cette nation en Huronie, dans la baie Georgienne, au 17e siècle, n’efface en rien ses droits sur un vaste territoire qui, soutiennent les Wendat, s'étend à l’ouest jusqu’à la rivière Saint-Maurice, au sud jusqu’au Maine, à l’est jusqu’à Rivière-du-Loup et au nord jusqu’au Saguenay, en incluant la réserve faunique des Laurentides.

Des prétentions territoriales qui touchent en fait aux revendications de quatre autres Premières Nations, soit les Atikamekw en Mauricie, les Abénakis au Centre-du-Québec, les Wolastoqiyik (Malécites) au Bas-Saint-Laurent et bien sûr les Innus du Lac-Saint-Jean et d’Essipit, sur la Côte-Nord.

L’historien wendat Georges Sioui, de l’Université d’Ottawa, soutient dans ses ouvrages qu’il y avait entre 15 et 20 villages wendat dans la vallée du Saint-Laurent à l’arrivée de Cartier. Ceux-ci auraient tous disparu lorsque Champlain arrive, 75 ans après Cartier.

Le regretté Serge Bouchard et le professeur émérite de l’Université Laval Denys Delage contestent toutefois les conclusions de Georges Sioui.

Le professeur Delage déclarait à ce sujet à Espaces autochtones que les archéologues tiennent mordicus à dire que ce n’est pas le même monde (les Stadaconiens et les Wendat) et que ça se voit à travers la culture matérielle. La poterie en particulier, qui n’a pas les mêmes signes, les mêmes décorations sur les vases.

Dans un tel contexte, pas facile pour les nations autochtones concernées d’entrer dans le vif du sujet des droits territoriaux des unes et des autres.

Une photo d'une forêt avec un lac.

Une partie de la forêt de Lac à Moïse, maintenant protégée.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie/Luc Vincent-Savard

D’autant qu’un accord rendu public en juin entre Québec et la nation wendat pour faire de la forêt vierge du lac à Moïse (185 kilomètres au nord de Québec) une aire protégée pouvait être interprété comme une reconnaissance implicite des droits des habitants de Wendake sur ce territoire, au détriment des Innus. Une entente dénoncée par Mashteuiatsh, qui aurait voulu être partie prenante de l’accord.

« Notre sortie n’est pas dirigée contre les Wendat, mais plutôt contre Québec, qui nous a mis au courant à la dernière minute, soit la veille de l’annonce, dont nous avons appris les détails dans les médias […]. On n’a pas de problème avec ce qui est proposé (faire une aire protégée), mais comme ça se passe sur le territoire chez nous, il aurait été bien qu’on soit consultés et mis au courant avant les autres et qu’on ait une certaine participation, ce qui n’a pas été le cas. »

— Une citation de  Charles-Édouard Verreault, vice-chef de Mashteuiatsh

Mais le vice-chef Verreault de Mashteuiatsh pense tout de même que l’arrivée d’un nouveau grand chef à Wendake marque une avancée significative dans les relations avec les Wendat.

Je n’avais aucun lien avec l’ancien grand chef [Konrad Sioui]. Par contre, avec le nouveau grand chef Vincent, je le croise souvent, à travers Zoom on a échangé sur différents dossiers et nous avons de très bonnes discussions.

Autrement dit, un dialogue s’est établi, mais l’éléphant dans la pièce demeure en évitant LE sujet.

Les différends territoriaux sont en effet porteurs de conflits. Le territoire – et avant tout les ressources qu’on y trouve – constitue la base sur laquelle s’érige une éventuelle autonomie gouvernementale des nations autochtones, dont le développement économique représente un axe central.

Au cœur du conflit entre les Innus et les Wendat, par exemple, il y a les terrains qui appartiennent au ministère de la Défense à Sainte-Foy. Des terrains qui valent une fortune et qu’Ottawa voudrait céder, comme c’est sa politique d'un bout à l'autre du pays, aux Autochtones. Des terrains sur lesquels on pourrait construire un hôtel, un complexe immobilier, un parc d’attractions ou même un casino.

Carte représentant les terrains de la Défense nationale dans le secteur de Sainte-Foy

Carte représentant les terrains de la Défense nationale dans le secteur de Sainte-Foy

Photo : Radio-Canada

Mais à qui donner ces terrains, dans un contexte où deux nations font valoir des prétentions contradictoires?

Le grand chef Vincent, comme son prédécesseur Konrad Sioui, a décliné la demande d’entrevue d’Espaces autochtones.

Or, même s’il a déclaré lors de la campagne électorale l’ayant mené au pouvoir à Wendake qu’il ne renoncerait en rien aux revendications territoriales de sa nation, Rémi Vincent semble confirmer dans un message qu’il a fait parvenir à Espaces autochtones qu’il a l’intention d’avancer dans le dossier, tout en reconnaissant qu’il y a bel et bien conflit.

« Nous sommes d'avis que les conflits entre Nations ne se règlent pas de cette façon, soit par le biais d'intermédiaires. Sachez que je suis en discussion avec la communauté de Mashteuiatsh depuis mon arrivée en poste et que nous comptons nous rencontrer très prochainement. »

— Une citation de  Rémi Vincent, grand chef de Wendake

Réchauffement sans doute, mais les relations entre les Wendat et plusieurs nations autochtones du Québec demeurent toujours sous l’effet d’un front froid qui est loin de s’être dissipé.

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