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Élections du grand chef de la Nation crie : trois candidats, trois visions

L’actuel grand chef du Grand Conseil des Cris (GCC) Abel Bosum, la grande cheffe adjointe Mandy Gull-Masty et le musicien, animateur, traducteur et militant Pakesso Mukash font campagne

Une femme et deux hommes répondent à des questions sur une estrade

Les trois candidats au poste de grand chef du Grand Conseil des Cris lors d'un débat à Chisasibi, début juillet

Photo : Gracieuseté : Pakesso Mukash

Trois visages familiers des communautés cries du Québec font actuellement campagne pour être le prochain grand chef de la Nation crie. Trois candidats dont les programmes s'opposent. En voici un aperçu.

Les candidats Bosum, Gull-Masty et Mukash essaient de convaincre leurs électeurs de voter pour eux le 14 juillet, avec en toile de fond un désaccord qui incarne la question clé de cette élection : le vaste projet de la Grande Alliance.

En février 2020, Québec et le gouvernement de la Nation crie ont signé ce plan de développement économique à long terme de la région d’Eeyou Istchee Baie-James. 

Évalué à 4,7 milliards de dollars, le plan doit s’échelonner sur une durée de trente ans et prévoit notamment un réseau ferroviaire, la construction de centaines de kilomètres de nouvelles routes de même qu'un port en eau profonde.

Je sens que j’ai besoin d’un autre mandat pour pouvoir mener à bien certains projets que j’ai commencés, comme la Grande Alliance, a expliqué l’actuel grand chef Abel Bosum qui essaie donc d’obtenir un deuxième mandat. 

En 2017, cet ancien négociateur du gouvernement de la nation crie avait alors battu le grand chef adjoint sortant Rodney Mark.

Depuis, a expliqué Abel Bosum, nous avons beaucoup de choses en cours avec le Québec et le Canada pour le bien de notre population, beaucoup de tables avec différents ministères pour améliorer les communautés. Il veut donc poursuivre le travail entamé, car, a-t-il précisé, la pandémie de COVID-19 a freiné l'exécution de ses plans.

La pomme de discorde

L'opposition à la Grande Alliance est justement ce qui a poussé l'artiste Pakesso Mukash à se lancer en politique.

On dit que l’on consulte les communautés cries, mais ce n’est pas vraiment vrai [sic], surtout pendant la pandémie. La majorité de la population ne sait même pas c’est quoi! a lancé Pakesso Mukash. 

Il est le fils de l’ancien grand chef Matthew Mukash, qui s'était à l'époque vigoureusement opposé à la signature de la paix des braves signée en 2002 entre Québec et le gouvernement de la nation crie et qui a marqué une nouvelle ère dans les relations entre le provincial et les Cris. 

Pakesso Mukash s'était lui-même, avec un groupe de jeunes, opposé à cette entente.

À l’époque, le grand chef [Ted Moses NDRL] nous avait totalement ignorés et on a donné nos deux rivières pour 3,5 milliards de dollars, ça nous a brisé le cœur. […]. Maintenant, c’est exactement la même histoire. On entend que les Cris sont pour la Grande Alliance, mais ce n’est pas la nation crie qui répond, qui a été consultée, c’est toujours le même petit groupe. On a peu la parole entendue de la population!, a-t-il affirmé. 

Un homme pose entouré de ses parents dans la nature. Au fond, une rivière.

Pakesso Mukash sur le territoire cri en compagnie de ses parents. Son père est l'ancien grand chef du Grand Conseil des Cris Matthew Mukash.

Photo : Gracieuseté : Pakesso Mukash

L’ancien animateur de l’émission de documentaires en langue crie Maamuitaau, sur CBC, a finalement décidé de démissionner pour se présenter à cette élection. 

Depuis longtemps, a-t-il précisé, des membres des communautés lui racontent leurs histoires. Or, après un Facebook en direct fin janvier dans lequel il critiquait la façon dont sa Nation est gouvernée et qui a été visionné plus de 10 000 fois, il a décidé de devenir le porte-parole des opposants à la Grande Alliance. 

« Il y a toute une partie de notre société qui a été oubliée : les chasseurs, les trappeurs, les jeunes [...] Je me présente pour donner un choix à mon peuple! »

— Une citation de  Pakesso Mukash

Il réclame un référendum sur la Grande Alliance et se dit prêt à ralentir ce qui est en cours pour guérir une nation qui a été oubliée, écrasée

Le manque de consultation de la population a aussi dérangé la troisième candidate, Mandy Gull-Masty, élue grande-cheffe adjointe en 2017.

Quand la Grande Alliance a été annoncée, assure-t-elle, j’ai vu que plein de monde n’était pas content. Depuis le début, j’ai demandé d’avoir du monde pour présenter la vision, avoir plus d’explications dans les communautés, car c’était un peu trop de choc et je n’ai pas vraiment aimé cela

La candidate peut appuyer son opposition au projet sur une pétition lancée en ligne par un jeune de Chissasibi qui a récolté environ 900 signatures.

Mandy Gull-Masty, qui a beaucoup travaillé à la préservation du territoire cri, se réjouit du fait que la région d’Eeyou Istchee Baie-James compte désormais 23 % d'aires protégées, comme le gouvernement québécois en a fait l'annonce en décembre 2020. Mais elle souhaite, comme Abel Bosum, en avoir davantage.

Toutefois, avant cela, Mandy Gull-Masty estime qu'il faut obtenir plus d'informations sur comment préserver ce territoire et donner cette information avant de parler de développement.

C’est une bonne opportunité d’aller chercher des informations sur l’état du territoire, regarder les impacts, les projets réussis dans le passé et demander aux Cris ce que vous voulez voir dans le futur, avoir plus de feed-back avant de faire des annonces, a poursuivi Mandy Gull-Masty. 

Une femme pose devant des arbres

Si elle était élue, Mandy Gull-Masty serait la première femme grande cheffe du Grand Conseil des Cris du Québec

Photo : Jared Gull

Abel Bosum parle, lui, de beaucoup de désinformation sur ce qu’est la Grande Alliance.

Selon lui, un petit groupe ne comprend pas et est peut-être antidéveloppement. Peu importe ce que vous dites, ils seront toujours contre. Notre objectif est donc de travailler avec ceux qui veulent aller de l’avant et d’expliquer en gros de quoi il s’agit, a-t-il indiqué. 

« Jusqu’à présent, nous avons toujours dû réagir à Hydro-Québec, à l’exploitation minière, à la foresterie. La Grande Alliance consiste vraiment à planifier l’avenir. »

— Une citation de  Abel Bosum

L’étude de faisabilité de la phase 1 du projet, qui marque également le début d’un processus de 12 mois visant à impliquer les parties prenantes dans la co-conception du plan qui pourrait transformer le territoire cri, a été lancée il y a quelques mois. 

Abel Bosum a assuré qu’une fois les études de faisabilité terminées, la Grande Alliance sera présentée à la population, qui pourra choisir d’aller de l’avant ou non. 

Les grandes priorités des candidats 

Créer de l’emploi est justement l’une des trois grandes priorités de celui qui a été le négociateur principal de la Nation crie pendant 16 ans avant d’être élu grand chef. Abel Bosum souhaite aussi régler la question du logement, qui était l’un de ses fers de lance lorsqu’il a été élu en 2017. 

Il s’est d’ailleurs réjoui d’avoir introduit un programme d’accession à la propriété privée. Toutefois, si le manque de maisons est encore cruel, il veut, pour un éventuel deuxième mandat, s’attaquer au logement social. 

Enfin, sa troisième grande priorité concerne les problèmes sociaux dans les communautés. Il s’est dit très confiant et mise sur sa crédibilité. Je travaille avec la nation crie depuis 1978, et j’ai déjà prouvé que je pouvais négocier et j’ai été capable de livrer sur beaucoup de choses, a-t-il affirmé. 

Un homme politique cri pose devant une remorque avec sa photo dessus

Abel Bosum cherche à obtenir un second mandat comme grand chef.

Photo : Gracieuseté : Abel Bosum

Mandy Gull-Masty dit avoir beaucoup appris durant ses quatre années comme grande cheffe adjointe. Cependant, elle a décidé de briguer le poste de grand chef afin de faire avancer certains dossiers, frustrée ne pas avoir pu le faire pendant son mandat. 

Selon elle, certains dossiers n’étaient pas dans la loupe du gouvernement de la Nation crie (CNG). Parfois, c’est difficile pour les personnes qui amènent de nouvelles idées de les faire avancer sur la table du CNG. Je suis quelqu’un qui veut amener beaucoup de changement au sein de ce gouvernement, ouvrir les portes aux jeunes, faire comprendre comment fonctionne le gouvernement, ses services

Parmi ses priorités, Mandy Gull-Masty souhaite se pencher sur la gouvernance crie et y faire des changements pour inclure plus de consultations.

« La population crie est tellement jeune. On a besoin vraiment de prendre du temps pour évaluer ce qu’on a fait et ce qu’on va avoir besoin de faire dans le futur. Et ça, je ne le vois pas maintenant! »

— Une citation de  Mandy Gull-Masty

Elle souhaite aussi s'attaquer à la protection de la langue et du territoire. L'objectif, selon elle, est que davantage d'Autochtones aient accès au territoire pour mieux comprendre le mode de vie cri traditionnel. Enfin, elle souhaite travailler sur le modèle économique pour aider les entrepreneurs.

En 2017, elle est devenue la deuxième femme à accéder à ce poste en près de 40 ans d’existence du Grand Conseil des Cris.

Si elle est élue le 14 juillet prochain, Mandy Gull-Masty serait, cette fois, la première femme grande cheffe de la Nation crie du Québec. Cela ne définit pas pour autant sa campagne, a-t-elle souligné, même si elle a dit être surprise de constater autant d’appuis et d’encouragements lors de sa tournée de la part de femmes, d’hommes et de jeunes. 

Quant à Pakesso Mukash, la culture, le territoire et la langue sont de grandes priorités pour lui, car sa philosophie est simple : je pense en cri, mon cœur bat en cri. Lui qui a critiqué le CNG a aussi la gouvernance dans sa ligne de mire. Il estime que le gouvernement cri ne représente en ce moment qu’un département fédéral-provincial

Ils nous gèrent en disant : ''Si vous ne faites pas si ou cela, on vous enlève votre argent'', donc pour moi, ça serait de rétablir un vrai gouvernement et avoir la souveraineté de la nation crie. Il s'inscrit dit-il dans la continuité de son père en voulant donner son appui aux chasseurs et aux jeunes comme cela était fait juste avant la paix des braves.

Interprète pour la Cour itinérante de justice depuis environ quatre ans, Pakesso Mukash dit ne pas être un politicien mais préférer passer des heures à écouter notamment les aînés. Il estime toutefois pouvoir être un leader capable de s'assoir avec tout le monde pour faire comprendre notamment l'importance de sa culture et sa langue.

Deux hommes entourent une femme et posent pour la photo.

Le 14 juillet, les membres de la Nation crie du Québec vont élire leur prochain grand chef parmi ces trois candidats.

Photo : Gracieuseté : Abel Bosum

Le scrutin se déroulera le 14 juillet. Le vote par anticipation a eu lieu le 7 juillet.

Ashley Iserhoff, Donald Nicholls et Norman A. Wapachee sont candidats pour le poste de grand-chef adjoint.

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