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Moins d'argent au Québec pour les Autochtones qui souffrent de dépendance

Un homme assis dans l'ombre, la tête penchée et visiblement en détresse.

Les Autochtones du Québec sont défavorisés par rapport aux Autochtones du reste du Canada.

Photo : Radio-Canada

Une énième guerre de compétences entre Ottawa et Québec entraîne des écarts substantiels concernant les aides dont bénéficient les résidences d'hébergement en dépendance qui s'occupent notamment des Autochtones. L'écart varie de 2000 $ à 14 000 $ par mois selon la province de résidence. Une situation dénoncée par un organisme.

Le constat de l’Association québécoise des centres d’intervention en dépendance (AQCID) est sans appel. Dans un communiqué de presse, elle indique : Les citoyens issus des communautés autochtones du Québec sont grandement défavorisés en ce qui a trait au financement des services offerts dans les ressources d'hébergement en dépendance.

Sa source : les données divulguées par le ministère fédéral des Services aux Autochtones (SAC).

D’après un tableau statistique, une maison d'hébergement québécoise qui soigne un Autochtone pour une dépendance bénéficie d’une enveloppe d'environ 2000 $.

En Ontario, c’est plutôt 14 000 $, et en Saskatchewan, autour de 9000 $.

Un tableau statistique.

Ce tableau illustre les disparités qui existent concernant les montants octroyés aux ressources d'hébergement en dépendance au Canada.

Photo : AQCID

Qu’est-ce qui explique de telles disparités?

Alexandre Ratté, directeur adjoint de l’AQCID, explique que le montage financier pour soutenir les services offerts par les résidences d’hébergement en dépendance est très complexe et que les services sont financés en silo.

Alexandre Ratté.

L'AQCID et son directeur adjoint, Alexandre Ratté, pensent que les citoyens issus des communautés autochtones du Québec sont grandement défavorisés en ce qui a trait au financement des services offerts dans les ressources d'hébergement en dépendance.

Photo : AQCID

Il expose la situation : Tous les services de santé offerts aux Autochtones, partout au Canada, sont payés par Services aux Autochtones Canada. Mais au Québec, il y a un enjeu de compétence qui fait que l’argent donné par Services aux Autochtones Canada doit être ajusté en fonction des barèmes du ministère de la Santé et des Services sociaux de la province.

Ainsi, le ministère québécois a établi que les tarifs d’hébergement en dépendance pour les Autochtones sont de 62,70 $ par jour par personne, soit un peu moins de 2000 $ par mois.

De plus, au Québec, les Autochtones qui vivent dans leur communauté ou en dehors de celle-ci n’ont pas le même statut : ceux qui vivent en communauté bénéficient du financement de Services aux Autochtones Canada. Les autres, de celui du ministère québécois de la Santé.

Il y a l’idée selon laquelle un Autochtone qui vit sur dans une communauté n’a pas le même traitement qu’un Autochtone qui vit en dehors à cause des politiques provinciales, soutient le directeur adjoint de l’AQCID.

France Bouffard, directrice du Pavillon de l’Assuétude qui offre deux points de service, l’un à Shawinigan, l’autre à Saint-Guillaume, précise que, parmi ses résidents, de 10 à 15 % sont des Autochtones.

Québec finance l'Assuétude à hauteur de 66 $ par jour pour un résident autochtone. Ces sommes couvrent le gîte et le couvert, mais pas la thérapie.

Deux lits simples dans une chambre avec un bureau et une chaise.

Voici une chambre dans un centre de Colombie-Britannique.

Photo : CBC/Germain Wilson

Quand un Autochtone est judiciarisé et a un numéro de bande, je peux facturer au maximum 2046 $ par mois à Services aux Autochtones Canada, mais quand c’est le Québec qui paie [donc, quand l’Autochtone concerné n’est pas enregistré auprès d’un conseil de bande et n'est pas judiciarisé, NDLR], c’est 1705 $ par mois que je vais recevoir, précise-t-elle.

Alexandre Ratté résume : Nous comprenons que Services aux Autochtones Canada n’a pas le droit de donner plus pour combler l’écart avec ce qu’alloue le gouvernement provincial.

Cet écart, Services aux Autochtones Canada l'a aussi constaté, assure M. Ratté. Sa division du Québec a donc développé une prestation spéciale afin de réduire l’écart entre la moyenne du Canada et celle du Québec. C’est ici que la question des compétences provinciale-fédérale commence, car malgré sa volonté de financer adéquatement les services, le cadre établi par le MSSS empêche SAC-Québec de s’approcher de la moyenne canadienne, détaille-t-il.

À cela, le ministère de la Santé et des Services sociaux répond que si le gouvernement fédéral estime qu’une loi du Québec empêche un tel financement, nous sommes intéressés à être informés de cette situation.

C'est cette réponse que nous avons reçue à l'ensemble de nos questions sur le sujet.

Questions de compétences

Ces questions de compétences entre Ottawa et Québec font que des disparités, parfois énormes, existent entre les services offerts aux Autochtones du Québec et ceux offerts dans les autres provinces et territoires.

Les membres des Premières Nations font face à un enjeu de racisme systémique qui accorde une moins grande valeur à leurs besoins selon leur province d’origine. Services aux Autochtones Canada nous dit qu’ils ne comprennent pas pourquoi au Québec ils sont obligés d’accorder moins que ce qu’ils accordent partout ailleurs au Canada pour les mêmes services, poursuit M. Ratté.

France Bouffard.

France Bouffard estime que les disparités entre les provinces concernant le financement des établissements comme le sien sont discriminatoires.

Photo : L'Assuétude

Ce n’est pas que le fédéral ne veut pas payer, c’est Québec qui ne veut pas qu’on accepte cet argent. C’est de la discrimination, ajoute Mme Bouffard.

Selon elle, cette réalité montre à quel point, pour le gouvernement provincial, ce n’est pas important de financer adéquatement des services offerts aux Autochtones.

On dirait qu’accepter l’argent du fédéral pour améliorer la condition de nos organismes au Québec, il ne faut pas faire ça. C’est comme si ça faisait de l’ombre, regrette-t-elle.

Acceptons l’argent du fédéral, de grâce, car c’est nous qui avons de la misère à offrir des services adéquats. Ça va améliorer les conditions pour tous mes résidents, pas que pour les résidents autochtones.

Une citation de :France Bouffard, directrice du Pavillon de l'Assuétude

Les conséquences de ces écarts se font sentir sur le terrain. Selon Alexandre Ratté, il en résulte que les ressources seront donc mal adaptées aux besoins des Autochtones du Québec.

Et d'après Mme Bouffard, un meilleur financement pour les résidents autochtones améliorerait les conditions de l’ensemble des résidents de sa structure.

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