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Enseigner au Nunavik, c’est la classe

Pour pallier le manque d'enseignants dans les communautés éloignées, deux amis ont conçu des vidéos humoristiques sur le plaisir insoupçonné d'y vivre.

Marc Vachon et Thomassie Mangiok, face à face, tenant une trousse de survie.

Marc Vachon (à gauche) et Thomassie Mangiok (à droite) ont conçu des clips vidéo pour encourager, non sans humour, les enseignants à travailler au Nunavik.

Photo : Marc Vachon

Maud Cucchi

Marc Vachon a encore le cœur gros d’avoir quitté Ivujivik, il y a tout juste trois semaines. Mais avant de partir, l’enseignant fraîchement retraité a conçu des vidéos humoristiques avec Thomassie Mangiok pour inciter ses collègues « du Sud » à venir travailler au Nunavik. Comme une bouteille à la mer lancée sur les réseaux sociaux... à destination des plus motivés, prévient-il.

Première image : un homme crapahute sur des rochers au bord de l’eau, belle luminosité, beaux paysages lunaires – peut-être un jogging matinal, se dit-on – jusque-là, tout va bien.

Puis la caméra se rapproche du coureur, dévoile une chemise ensanglantée, suggère un ours dans les parages. Durant votre première année, souvenez-vous que vous n’êtes pas seuls, prévient en inuktitut une voix hors champ qui indique le numéro d’urgence à contacter. Ambiance.

Avance rapide... les années passent, l’étranger se voit de plus en plus récompensé pour sa persévérance, la valeur du cadeau étant judicieusement proportionnelle à son ancienneté. Quid après 30 années de bons et loyaux services? C’est un garde du corps personnel, armé contre les ours, qu’on propose au valeureux enseignant!

On jasait entre amis, un soir, et on se demandait que faire pour que les enseignants restent plus longtemps sur place, c'est-à-dire plus qu’un ou deux ans, raconte M. Vachon. Car le temps, c’est important pour que la confiance s’établisse avec les élèves.

Les propositions qui fusent ce soir-là restent humoristiques, se souvient M. Vachon, des suggestions alignées sur l’esprit inuit qu’il a tant aimé côtoyer. Finalement, c’est aussi la bonne distance à adopter pour évoquer Ivujivik, le village le plus septentrional du Québec, situé à quelque 2000 km de Montréal.

Marc Vachon emmitouflé dans le froid, tenant un gros objectif.

Récemment retraité, Marc Vachon a enseigné pendant cinq ans au Nunavik.

Photo : Marc Vachon

Si un enseignant est prêt à se donner à fond, qu’il n’est pas là pour échapper à quelque chose, mais pour partager ses compétences, c’est un vrai partage qui se passe là-bas, assure M. Vachon.

L’enseignement y est crucial parce que, si tu arrives à favoriser la confiance en soi chez un jeune, il pourra faire la différence dans sa communauté, peut-être en devenir un leader.

Une citation de :Marc Vachon, enseignant au Nunavik entre 2016 et 2021

Côté carte postale, le Montréalais insiste sur des paysages à couper le souffle, paradisiaques. Habiter dans le Nord, selon son expression, c’est prendre le temps de vivre à un autre rythme, tellement plus lent précise-t-il avec délice : 87 pas de chez moi à la salle de classe, on est loin de la Métropolitaine à prendre chaque jour à Montréal pour aller enseigner au cégep!.

Marc Vachon posant à côté de ses étudiants, en vêtements traditionnels.

À la faveur de son séjour, Marc Vachon a animé un atelier vidéo auprès de ses étudiants du secondaire.

Photo : Marc Vachon

La réalité des communautés nordiques très isolées apporte toutefois son lot de défis quotidiens, sur lesquels mieux vaut bien s’informer avant de se lancer dans l’aventure, suggère le jeune retraité. Quand on habite au Nunavik, certaines choses comme Internet, la sécurité, l’eau, deviennent centrales, explique-t-il. Y vivre, c’est aussi suivre les passages du camion chargé de l’eau potable et des eaux usées.

Ou encore s'organiser pour le transport et l’approvisionnement, ce qui est loin d’être une mince affaire, comme le met en scène la deuxième vidéo qu’il a conçue et réalisée avec son complice Thomassie Mangiok, le directeur du centre Nuvviti d'Ivujivik.

Faut s’adapter! résume, philosophe, M. Vachon, en confiant qu’il a eu tout le loisir d’y développer autant la patience que le sens de l’adaptation, mais qu'il faudra encore quelque temps pour dompter la nostalgie qui le tiraille depuis son départ du Nunavik.

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