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Enfants autochtones : l’autogouvernance passe par la décolonisation des pratiques

Les enfants autochtones étaient le sujet de la dernière table ronde organisée par l’APNQL.

Une paire de mocassins devant la flamme du Centenaire.

Devant le parlement à Ottawa, beaucoup de souliers ont été installés en hommage à ces enfants des pensionnats pour Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Hugo Bélanger

Les enfants autochtones et la décolonisation des pratiques en matière de protection de la jeunesse étaient au cœur de la dernière table ronde organisée par l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL) avant la pause estivale.

À l’heure où de nombreuses communautés envoient une demande d’intention pour se prévaloir de la loi C-92 leur permettant de récupérer le pouvoir législatif entourant la protection de la jeunesse, les panélistes ont fait part de l’importance de travailler aussi sur les structures et les manières de faire. En résumé : de décoloniser les esprits et les pratiques.

Alors que nos peuples consacrent leur énergie à guérir les blessures de cette époque sombre, nous ne pouvons pas baisser la garde, puisque nous vivons encore des situations fortement préoccupantes issues des relations peu harmonieuses entre les autorités gouvernementales et nos communautés en matière de protection de la jeunesse, a déclaré d’entrée de jeu Ghislain Picard.

Le chef de l’APNQL faisait référence à la similarité souvent évoquée entre les effets des pensionnats pour Autochtones et les systèmes de protection de la jeunesse.

On a pris aux Premières Nations leur responsabilité de protéger leurs enfants, et aujourd’hui, c’est à nous de nous tenir debout et à reprendre ce qu’on nous a pris, a renchéri la directrice des services sociaux à Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam, Nadine Vollant. 

La communauté innue de la Côte-Nord a décidé aussi de réaliser son projet Tshisheuatishitau (bienveillance), qui s’inspire du modèle atikamekw (autonome en matière de protection de l'enfance), mais qui a ses propres particularités. La communauté n’a pas encore fait part à Ottawa de son intention d’appliquer les dispositions de la loi C-92, mais a déposé son plan d’action en décembre dernier. 

Les processus sont différents selon les communautés et il faut respecter ça, a précisé Nadine Vollant. Le futur du cadre législatif du projet dépendra, par exemple, d’un référendum auprès de la population qui décidera de se conformer ou non avec la loi.

La professeure adjointe de l’Université d’Ottawa, Eva Ottawa, a d’ailleurs souligné l'importance de faire attention avec le cadre juridique actuel qui ne [les] représente pas et qui impose plutôt qu’il n’écoute, réclamant même la décolonisation des institutions dont dépendent encore les Autochtones. 

On a un cadre juridique canadien, on apprend des règles qui viennent de l’extérieur et, pour documenter le système juridique coutumier atikamekw, il a fallu que je décolonise mon propre esprit, a avoué Eva Ottawa.

C’est d’ailleurs ce qui a été le plus gros obstacle du Système d’intervention d’autorité atikamek (SIAA), un système qui s'est peaufiné sur près de vingt ans. Depuis 2018, le Conseil de la Nation Atikamekw est complètement autonome en ce qui concerne la protection de sa jeunesse.

Encore aujourd’hui, les gens développent des réflexes, car ils sont éduqués d’une certaine façon à l’université ou au cégep à propos de la protection de la jeunesse, a expliqué le grand chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

Il n’a donc pas suffi d’introduire la démarche atikamekw qui se base sur la famille, la communauté et le besoin de l’enfant, il a fallu aussi déconstruire des manières de faire.

Le plus gros défi, selon lui, est de rééduquer les gens, leur faire comprendre les différences entre les démarches atikamekw et occidentale, entre le droit autochtone et le droit des Autochtones. Il a aussi regretté le peu de finissants atikamekw se dirigeant vers le travail social, ce qui entraîne un manque de personnel. Avoir accès à l’éducation est donc de mise avec tout ce processus.

Constant Awashish a néanmoins soutenu : On a déjà commencé la décolonisation des pratiques dans la protection de la jeunesse.

Souvent, le système colonial ne nous écoute pas, ne nous consulte pas, a aussi déploré la directrice générale de l'organisation anichinabée Mino Obigiwasin, Peggie Jérôme. 

Elle gère le service de protection de la jeunesse de quatre communautés anichinabées qui ont commencé à offrir ces services depuis quelques mois grâce à une enquête avec le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT). Toutefois, elles restent sous la coupe de Québec. Une cinquième communauté devrait rejoindre l'organisation.

En guise d'exemple, Peggie Jérôme a relaté la publication récente d’une offre d’emploi concernant son service sans qu’on l’ait consultée. Ils vont rédiger des plans d’actions, des descriptions de tâches… ils ont du chemin à faire. Nous, on est nos propres spécialistes. On connaît nos gens!

Le professeur adjoint à Faculté de médecine de l'Université McGill et pédiatre urgentiste, Samir Shaheen-Hussain, a préconisé d'en finir avec le colonialisme médical. Dans la foulée, il a suggéré la réparation et la restitution, la décolonisation des soins, l'instauration du Principe de Joyce partout, la sécurisation culturelle et la reconnaissance de l'autodétermination des peuples autochtones sur la santé.

Les panélistes ont donc invité tout le monde, autant les Autochtones que les non-Autochtones, à décoloniser leurs esprits, à s’éduquer et à être plus sensibilisés, relevant tout de même une amélioration récente.

Même si chaque communauté ou nation peut avoir sa propre démarche, l’une peut influencer l’autre et tous ont indiqué, comme Nadine Vollant, l’importance de travailler main dans la main, car les enfants le méritent. On a un devoir envers eux, nous en sommes les gardiens.

Ayant en tête ce qu’ils vont léguer, car les enfants seront un jour les ancêtres, ils ont donc espoir d’être bientôt maîtres dans la protection de leur jeunesse avec la loi C-92. Toutefois, la contestation de Québec en cour reste en travers des gorges.

L’attitude de la province, c’est colonialiste au boutte, a dit Peggie Jérôme, préférant ne pas s’éterniser sur la question.

De 2002 à 2010, les enfants des Premières Nations au Québec étaient près de huit fois plus nombreux que les enfants non autochtones à être placés dans des foyers d'accueil, selon un rapport de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador.

Au début de mai, la présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, Régine Laurent, avait interpellé Québec sur l'urgence d'agir, rappelant que les Autochtones sont les mieux placés pour identifier les besoins de leurs enfants et y répondre.

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