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Son rêve : enseigner le cri au primaire

Adonis Rabbitskin-Bullfrog transmet sa passion aux élèves du primaire de Chisasibi par la chaleur humaine, le cœur, les sourires et l’apprentissage en douceur.

Un homme tient un alphabet dans les mains devant des élèves.

Adonis Rabbitskin-Bullfrog a toujours rêvé d'être professeur de cri.

Photo : Radio-Canada

À 29 ans, Adonis Rabbitskin-Bullfrog a déjà réalisé le rêve qu’il nourrit depuis la maternelle : enseigner le cri aux enfants.

Dans la classe de l’école primaire Waapiinichikush de Chisasibi, Adonis Rabbitskin-Bullfrog montre des symboles de l'écriture syllabique de la langue crie en prononçant le son correspondant, puis il fait répéter les élèves. L’un d'eux le questionne en anglais.

Le jeune enseignant le reprend en faisant une blague. Il aime taquiner ses élèves, mais pas question de répondre en anglais. Il résiste, car il a constaté que les plus jeunes perdent la langue crie à cause de la technologie, YouTube, la télévision, les réseaux sociaux, TikTok…

Une élève lui demande justement, à la vue du micro, s’il va être sur TikTok. Non, c’est pour Radio-Canada.

Oh, tu vas être célèbre, explosent de rire les enfants avec Adonis, qui conclut sa troisième année d’enseignement. Nul doute, les élèves l'adorent.

C’est ainsi qu'il transmet son amour pour sa langue : par la chaleur humaine, le cœur, les sourires et l’apprentissage en douceur.

Parfois, c’est difficile. Ils commencent lentement. Certains ne comprennent pas du tout la langue, même s’ils sont Cris. Alors, des fois, je demande à mes meilleurs élèves de traduire, parce que je veux éviter de parler anglais, précise Adonis Rabbitskin-Bullfrog.

Lui n’a jamais eu ce problème. Le cri, il le parle, le comprend, l’écrit. Et cela remonte à sa plus tendre enfance.

C’est juste qui je suis, j’aime tellement ma langue et je la respecte vraiment!

Une citation de :Adonis Rabbitskin-Bullfrog

Petit, à la maternelle, à la question si souvent posée « Que veux-tu faire plus tard? », il n'avait pas hésité une seconde : enseignant de cri au primaire.

Sa langue a toujours été parlée à la maison et ses journées étaient bercées par la radio allumée en permanence. Et lui, très jeune, avait l’oreille collée sur le poste.

C’est là que j’ai appris davantage la langue, en écoutant les émissions pour enfants le samedi où on chantait et lisait en cri. Et ma mère écoutait mon oncle Roderick qui aimait aussi beaucoup notre langue, explique Adonis.

Son oncle, Roderick Rabbitskin, était un populaire animateur radio (Nouvelle fenêtre) de CBC North qui a accompagné les Cris d'Eeyou Istchee dans leurs maisons, leurs voitures et aux campements de chasse.

Le professeur pose dans sa salle de classe.

Le professeur de cri au primaire Adonis Rabbitskin-Bullfrog

Photo : Radio-Canada

Son amour pour sa langue ne s’est pas tari. Adolescent, Adonis Rabbitskin-Bullfrog adorait, raconte-t-il, ses cours de langue crie et admirait le travail de ses enseignants; il se demandait comment ils faisaient, comment se préparait un cours.

Car il l’a vite constaté : En anglais ou en français, c’est si facile, vous pouvez simplement aller sur Internet chercher de la matière pour le cours alors que nous, on doit tout nous approprier, tout faire.

La preuve : l’alphabet qu’il a rédigé à la main ou les devoirs sur les animaux qu’il donne aux enfants.

Je veux être cette personne qui aide mon peuple, les enfants, ou même ma génération avec leur langue, pour la garder forte.

Une citation de :Adonis Rabbitskin-Bullfrog

Afin d’être le meilleur enseignant possible, Adonis Rabbitskin-Bullfrog poursuit lui-même ses études à distance, une fois la classe finie. Il a obtenu un certificat en enseignement de la langue et de la littératie autochtones de l’Université McGill avec mention. Actuellement, il étudie pour obtenir un autre diplôme d’enseignement de la même université.

Un homme écrit sur un tableau.

Adonis Rabbitskin-Bullfrog répond à un élève en écrivant sur le tableau la bonne réponse en cri.

Photo : Radio-Canada

Un enfant lui demande de redire des mots en cri. Cette fois, il les écrit au tableau. Parfois, il va sur le territoire avec ses élèves faire des activités traditionnelles. L’école de près de 800 élèves a un projet-pilote d’apprentissage basé sur le territoire.

Notre langue est vraiment forte quand nous sommes sur le territoire. Nous allons parler aux enfants en cri et ils apprennent tellement quand nous sommes là-bas, raconte le professeur.

Lui-même le vit : Il y a beaucoup de mots que vous apprenez lorsque vous essayez de connaître votre culture, votre tradition. Même moi, enseignant, j’apprends encore des mots que je n’ai jamais entendus. Dans ces moments, il se tourne vers ses personnes-ressources : les aînés.

C’est d’ailleurs à ses deux principales inspirations qu’il a pensées quand il a reçu fin mars le prix de la langue crie de l’année remis dans le cadre de l’événement Inspirer l’espoir du Conseil des jeunes de la Nation crie.

J’étais émotif, heureux, dans la joie. Mais j’ai eu des larmes parce que je me souvenais de mes mentors : mes défuntes grands-mères Joséphine et tante Charlotte. Elles m’ont beaucoup encouragé et ont toujours répondu à mes questions, confie-t-il.

Ce prix s’ajoute à son livre des réalisations, car Adonis Rabbitskin-Bullfrog est aussi un homme très engagé dans sa communauté, comme l'a souligné l'organisme qui lui a remis le prix. Il est très généreux. C'est quelqu'un avec un grand cœur, qui est fort, compréhensif et aimant, peut-on lire dans la description allant avec son prix.

Il a même eu une nomination pour acte de courage, il y a quelques années, pour avoir sauvé la vie de son frère. Mais il ne veut pas en parler.

J’aime aider, se contente-t-il de dire. Et particulièrement coordonner des évènements pour les jeunes dans la communauté, renchérit celui qui en est à son quatrième mandat au sein du Conseil des jeunes de Chisasibi.

Son rêve, il le vit, répète-t-il.

Il aimerait à la rigueur une classe juste à lui où il pourrait accrocher toutes ses affiches aux murs pour mieux outiller les enfants. Car, faute de place, il navigue de classe en classe. En attendant, il conseille à ses élèves de faire comme lui : écouter la radio et parler cri, le plus souvent possible.

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