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La réconciliation, un concept large aux définitions variables

Premier d'une série d'articles sur la Journée nationale des peuples autochtones célébrée le 21 juin. Le thème choisi par Espaces autochtones cette année : la réconciliation.

Charles Norman Shay, un membre de la nation autochtone Penobscot (Panawahpskek) aux États-Unis et vétéran de la Seconde Guerre mondiale.

La réconciliation de demeure taillée à la volonté politique, selon des leaders autochtones.

Photo : Reuters / Christian Hartmann

Gabrielle Paul

La réconciliation s’est imposée comme le mot d’ordre du gouvernement Trudeau quant à ses relations avec les peuples autochtones, au cours de ses six années au pouvoir. Chez des leaders des Premières Nations, si on reconnaît que des progrès ont été faits, on constate cependant que la vision de ce qu'est la réconciliation diverge entre les Autochtones et les gouvernements.

Sur son site web, le gouvernement du Canada définit la réconciliation comme un renouvellement de la relation avec les Autochtones, une relation fondée sur la reconnaissance, le respect, la coopération et le partenariat.

Ça a un sens très, très, large et c’est peut-être là que le problème se situe, dit Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL). Et on a droit à différentes interprétations selon le gouvernement qu’on a en face de nous.

Gros plan du chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Il y a une définition de la réconciliation qui est taillée à la volonté politique, c’est vrai pour le Canada, c’est vrai pour le Québec aussi, poursuit-il. En quelque sorte, les gouvernements continuent d’imposer leurs politiques.

Le colonialisme n'est pas quelque chose du passé, souligne Lynne Groulx, directrice générale de l’Association des Femmes autochtones du Canada (AFAC). Pour aller de l'avant, ceci doit être reconnu, ce qui n'est pas nécessairement le cas en ce moment.

La Loi sur les Indiens existe toujours et c'est une pièce de législation coloniale, illustre Mme Groulx.

Mon impression, c'est comme si on était toujours en train de quémander, dit de son côté Viviane Michel, la présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ). Mais on n'est pas en train de quémander, on est en train de vouloir obtenir justice et améliorer les conditions de vie des gens.

Ça devient trop administratif, constate-t-elle. Il y a un manque de volonté pour apporter un changement social.

Pourquoi moi je devrais me réconcilier?

Le terme réconciliation ne crée pas, par ailleurs, de consensus au sujet de sa définition.

La cheffe de la communauté de Lac-Simon, Adrienne Jérôme, s’en montre critique et déplore notamment le fait que l’utilisation de ce mot suppose que chaque camp à des torts à se faire pardonner.

Pourquoi moi je devrais me réconcilier?, se demande-t-elle en entrevue téléphonique. C'est nous qui avons été bafoués. On nous a tout enlevé, on nous a enlevé notre dignité.

Mme Jérôme regarde la caméra devant le 100, rue Wellington, à Ottawa.

La cheffe du conseil de la Nation Anishnabe du Lac Simon, Adrienne Jérôme

Photo : Radio-Canada / Lorian Bélanger

Je ne comprends pas le mot, ajoute Mme Jérôme. [Les gouvernements] veulent se réconcilier, mais ils devraient nous redonner ce qu'ils nous ont enlevé. On veut se rebâtir d'abord.

Ce n'est peut-être pas le bon mot. Quand tu es dépossédé, as-tu envie de te réconcilier?

Une citation de :Adrienne Jérôme, cheffe de Lac-Simon

Viviane Michel se montre elle aussi critique du concept de réconciliation.

Moi, personnellement, je ne crois pas qu'on soit rendus à la réconciliation, affirme-t-elle.

Tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas de réparations, il n'y aura pas de réconciliation.

Une citation de :Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec

Oui, il y a eu des excuses, des commissions d'enquête, mais nos réalités n'ont pas vraiment changé, ajoute-t-elle.

Je pense que le gouvernement du Canada a peut-être décidé d'employer ce mot pour calmer les gens, mais je reconnais que ce gouvernement actuel a quand même été bon pour nous comparé à l'ancien gouvernement de [Stephen] Harper qui nous a complétement ignorés, dit Mme Michel.

Oui, nous avons eu l'Enquête nationale sur les femmes et les filles disparues et assassinées mais, selon moi, lorsqu'est venu le temps de mettre en œuvre les recommandations, ça a été décevant. Nous avons du bon et du mauvais, constate quant à elle Lynne Groulx de l'AFAC.

Pas possible sans autodétermination et décolonisation

Pour Ghislain Picard, les questions de la gouvernance, de l'autonomie et des territoires doivent être au cœur de la réconciliation.

C’est là qu’on a de la difficulté à engager les gouvernements et c'est de là que surgit une définition plus réductrice de la réconciliation, dit-il.

Si on veut vivre un peu plus en harmonie, c’est clair qu’il faut décoloniser nos façons de faire, déclare également le chef Picard.

La décolonisation, c'est instaurer, au niveau institutionnel, une plus grande place aux réalités [autochtones] qu’on voulait voir assimilées par le passé.

Une citation de :Ghislain Picard, chef de l'APQNL

La décolonisation est immanquable, dit elle aussi Viviane Michel. L'éducation est un outil pour la décolonisation et avec la décolonisation va venir la réconciliation. Mais avec le concept de réconciliation que nous proposent les gouvernements, on est encore loin de ça.

Une femme en gros plan tient un micro.

Viviane Michel, présidente de l'organisme Femmes autochtones du Québec

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

Tant que la Loi sur les Indiens va exister, ça ne sera pas possible, estime, pour sa part, la cheffe Adrienne Jérôme.

L’importance de l’éducation

L'éducation de la population canadienne sur les réalités autochtones apparaît, pour plusieurs, comme capitale à un processus de réconciliation.

L’histoire à toujours été racontée par les conquérants. On nous a raconté l’histoire de manière à favoriser les colonisateurs, déplore entre autres Ghislain Picard.

Pour moi, [la réconciliation] c’est : comment fait-on pour arrêter d’avoir peur de l’autre et favoriser les initiatives de rapprochements?

Une citation de :Ghislain Picard, chef de l'APQNL

L'éducation populaire, ça fait partie de la réconciliation informelle avec la population canadienne et québécoise, mais aussi nous, les Autochtones, puisse qu'on doit se réapproprier notre histoire, souligne elle aussi Vivianne Michel.

Une idée que partage Lynne Groulx, directrice générale de l’AFAC.

La vraie réconciliation pourra survenir lorsqu'il y aura un réel changement dans l'esprit et le cœur des gens

Une citation de :Lynne Groulx, directrice générale de l'Association des Femmes autochtones du Canada
Mme Groulx est debout au milieu de nombreuses grandes enveloppes.

Lynne Groulx, directrice générale de l’Association des Femmes autochtones du Canada (AFAC).

Photo : Association des femmes autochtones du Canada

Avec tout ce qui se passe, je vois la compassion et l'ouverture des gens envers nous et ça, c'est vraiment essentiel, dit Mme Groulx.

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