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Comment enseigner l’histoire des pensionnats aux enfants autochtones?

Faire appel à l'empathie des élèves, trouver les bons mots, les laisser exprimer leurs émotions... Voici ce que conseillent deux enseignantes autochtones.

Des enfants vêtus de couleur orange tiennent une carte du Canada et des pancartes en souvenir des enfants autochtones disparus.

Des élèves d'une école de Toronto revêtus de la couleur orange rendent hommage enfants victimes du système des pensionnats pour Autochtones, le 30 septembre 2020.

Photo : CBC/Martin Tailor

Comment aborder le sujet sensible de l’histoire des pensionnats pour Autochtones aux enfants des communautés? Deux enseignantes, l'une Mohawk et l'autre Crie, racontent comment elles s’y prennent et pourquoi elles estiment qu'il est important de le faire.

Cela ne fait qu’environ trois ans que Katsi Little-Bear Everstz raconte l’histoire des pensionnats pour Autochtones durant ses cours.

L’enseignante mohawk de l’école Kateri de Kahnawake s’occupe d’enfants de 7 à 9 ans qui ont des besoins spécifiques.

Elle explique que l’histoire des pensionnats n’a pas toujours fait partie du programme. On ne mettait pas l’emphase sur les pensionnats, on n’en discutait pas, dit-elle.

C’est finalement le témoignage dans les médias de la Crie Phyllis Webstad qui l’a poussée à aborder le sujet avec ses élèves. Cette dernière était justement allée dans un pensionnat.

Des souliers d'enfants et d'autres objets déposés à Queen's Park en mémoire des élèves morts au pensionnat pour Autochtones de Kamloops.

Partout au pays, les gens ont déposé des chaussures pour rendre hommage aux enfants morts au pensionnat de Kamloops.

Photo : CBC / Evan Mitsui

Carmen Faries, une enseignante crie, travaille à l’école de Wemindji, dans le territoire de la Baie-James. Ses classes sont en grande majorité composées d'élèves autochtones, mais aussi parfois d'élèves allochtones.

En 3e et 4e secondaire, je leur apprends ce qu’était le système des pensionnats. Je m’assure qu’ils sachent ce qui s’est passé pour les Autochtones au Canada. On parle de l’implantation des lois coloniales, de la création des communautés, de la Loi sur les Indiens et des pensionnats, indique-t-elle.

Des élèves sont assis à leur pupitre dans une salle de classe.

Selon Katsi Little-Bear Everstz, l'histoire des pensionnats peut être enseignée à tout âge.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Selon Mme Little-Bear Everstz, l’histoire des pensionnats peut se raconter à n’importe quel âge. Certains le font dès la garderie, en faisant très attention à la manière dont ils en parlent. Le but est surtout de faire en sorte que les enfants prennent conscience de ce qui a pu se passer. Ça leur donne aussi l’occasion de, plus tard, expliquer tout ce passé à leurs propres enfants, pour que cette histoire ne tombe pas dans l’oubli, explique-t-elle.

Choisir les mots

Cet enseignement doit toutefois se faire avec certaines précautions.

L’enseignante mohawk Katsi Little-Bear Everstz explique qu’elle met surtout l'accent sur la terminologie qui découle des pensionnats. Elle explique les mots. Je leur explique ce qu’est un abus mental, physique, verbal… mais je n’aborde pas les abus sexuels, car ils sont encore trop jeunes, détaille-t-elle.

Et surtout, elle essaye de pousser ses élèves à se mettre dans les souliers des anciens résidents de ces pensionnats.

Je mets en avant beaucoup de différences. Je leur demande comment ils réagiraient s’ils avaient un professeur agressif, si on ne les laissait pas rentrer dormir chez eux, s’ils ne pouvaient pas manger ce qu’ils aiment, s’ils n’étaient pas traités avec soin et compassion.

Une citation de :Katsi Little-Bear Everstz, enseignante

L’exercice suscite différentes réactions. Mme Little-Bear Everstz raconte que certains de ses élèves sont ensuite plutôt énervés ou curieux, tandis que d’autres ne semblent pas réaliser ce qu’elle vient de leur expliquer.

Un imposant édifice sur 4 niveaux avec au fond les montagnes.

Une vue du pensionnat St-Eugène de Kamloops (date inconnue).

Photo : Centre national pour la vérité et la réconciliation

Mme Faries observe elle aussi différentes réactions chez ses élèves. Certains en entendent parler pour la première fois, ils sont très surpris, ils se demandent pourquoi c’est arrivé. D’autres sont plus curieux et veulent parler à des gens qui ont vécu cette expérience, rapporte-t-elle.

Une chose est sûre, Mme Little-Bear Everstz met un point d’honneur à dire aux parents que les pensionnats seront un sujet de discussion durant l’année scolaire. L’idée est de les préparer à répondre aux questions que pourraient avoir leurs enfants sur leur famille, si l’un des membres a déjà été pensionnaire.

Selon Mme Faries, l’exercice pédagogique, quand on est soi-même membre d'une communauté, prend une tout autre dimension. Le fait que je suis moi-même crie rend ce que j’enseigne plus pertinent. Cela rend les choses plus réelles quand je partage mes expériences, dit-elle.

Une jeune fille.

Les enfants autochtones ont différentes réactions lorsqu'ils apprennent l'histoire des pensionnats. Certains sont curieux, d'autres en colère.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Aucune des deux enseignantes n’a fréquenté un pensionnat, mais toutes connaissent un ancien pensionnaire dans leur famille ou dans leur communauté. Elles sont donc proches de cette histoire encore vivante et peuvent en ressentir facilement les traumatismes.

Enseigner l’histoire des pensionnats, selon Mme Faries, permet aussi aux jeunes de comprendre les problématiques de société qui touchent les communautés actuellement.

Les deux femmes ont parlé des événements de Kamloops, en Colombie-Britannique, il y a quelques semaines. Comme toute la communauté, elles ont été sous le choc, mais ont malgré tout dû répondre aux questions de leurs élèves.

Beaucoup en avaient déjà entendu parler à la radio ou par leurs parents, témoigne Mme Little-Bear Everstz. Je leur ai donné un espace sécurisé pour exprimer leurs émotions.

Quant à Mme Faries, elle n’a pu aborder le sujet qu’en fin de journée. Mais elle aussi estime qu’il était très important d’expliquer les événements aux enfants. C’est un exemple qu’on a utilisé pour illustrer la réalité de ce qui s’est passé, dit-elle.

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