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Ouverture des registres, création d’un musée : la vision des Cris pour la réconciliation

L'ancien négociateur du gouvernement de la Nation crie Abel Bosum a été élu grand chef du Grand Conseil des Cris (GCC).

Abel Bosum, grand chef du Grand Conseil des Cris (GCC).

Photo : Youtube/Rupert Stream

Mathias Marchal

De la reconnaissance du génocide à l’ouverture des registres, en passant par l’instauration de centres de guérison locaux et la création d’un musée, des représentants de la Nation crie ont présenté sept actions prioritaires aux décideurs publics et religieux du Canada et du Québec afin de répondre aux séquelles causées par les pensionnats autochtones.

Tout comme le Musée de l'Holocauste de Montréal veille à ce qu'un chapitre sombre de l'histoire mondiale ne soit ni oublié ni répété, un établissement similaire est nécessaire pour les pensionnats autochtones au Québec, tout comme dans d'autres villes canadiennes, a écrit le Grand Conseil des Cris (Eeyou Istchee) dans un communiqué de presse publié lundi.

En conférence de presse, Sarah Pashagumskum, présidente de la Commission scolaire crie, a évoqué un sondage Ipsos (Nouvelle fenêtre) indiquant que 68 % des 1001 Canadiens interrogés au début du mois de juin n’avaient jamais entendu parler des pensionnats autochtones durant leur parcours scolaire.

Les tombes récemment découvertes, et celles qui suivront, ne représentent pas l’histoire des peuples autochtones, elles représentent la réalité actuelle.

Une citation de :Sarah Pashagumskum, présidente de la Commission scolaire crie

En effet, les politiques coloniales qui ont mené à ces fosses communes peuvent être mises sur le compte des taux d’incarcération élevés, des défis sociaux, des résultats scolaires médiocres et des taux de suicide élevés auxquels nos communautés sont confrontées aujourd’hui, a-t-elle ajouté lors d’une conférence de presse empreinte de gravité et d’émotion.

Avant elle, le grand chef Abel Bosum, lui-même survivant des pensionnats, a raconté la colère envers sa mère qui l’a longtemps habité en pensant qu'elle m'avait fait défaut, année après année, en me permettant d’être enlevé et maltraité pendant 11 mois de l’année.

Guérir les blessures avec plus que des promesses

Des années plus tard, quand je suis devenu parent et grand-père, j’ai commencé à comprendre l’intensité de la douleur et de la souffrance de la communauté tout entière chaque fois que nous étions enlevés.

Si le grand chef Bosum trouve encourageante l’annonce samedi, par Québec et Ottawa, de la création d’un guichet unique pour favoriser les recherches liées aux pensionnats, il se dit néanmoins prudent.

Des politiciens et un représentant autochtone lors d'une conférence de presse

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a annoncé la création d’un poste d’agent de liaison dont le mandat sera d’accompagner les communautés afin qu’elles retrouvent les disparus des pensionnats autochtones.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lefebvre

À ce moment de l’histoire, nous sommes nerveux et avons des doutes vis-à-vis de la sincérité de ces engagements. Au fur et à mesure que les corps d’autres enfants seront découverts, les paroles ne suffiront pas.

Une citation de :Dr Abel Bosum, grand chef de la Nation crie

Les Cris demandent aux autorités de reconnaître l’existence du génocide, du traumatisme intergénérationnel et du racisme systémique.

L'épineuse question des recherches

Alors que certaines communautés, notamment en Nouvelle-Écosse, ont entamé des démarches ou prévoient de le faire pour sonder les sous-sols des pensionnats sur leurs territoires, les Cris du Québec n’en sont pas encore là.

On a eu des discussions préliminaires, mais d'autres discussions doivent avoir lieu afin de décider quelles seront les prochaines étapes, a indiqué Daisy House, chef de la Nation crie de Chisabi, où se trouvait le pensionnat de Fort-George, dirigé par les oblats de 1930 à 1980.

Entamer de telles recherches n’est pas une décision qui se prend facilement. Il faut notamment consulter les communautés touchées aux quatre coins du Canada.

Car à l'image des autres pensionnats, celui de Fort George n’était pas occupé par les enfants cris voisins. Les enfants autochtones étaient généralement envoyés à des centaines de kilomètres de distance de chez eux, a rappelé en entrevue à RDI, Mélissa Saganash, directrice des relations Cris-Québec. Sa mère, par exemple, a été envoyée dans un pensionnat du Sud ontarien, à près de 1000 km de sa communauté.

Reste aussi la question des registres des pensionnats que les communautés religieuses refusent de transmettre, ou alors de façon parcimonieuse. Ils permettraient pourtant de faciliter les recherches.

Nous n’accepterons pas le refus de coopération sans réserve. Nous exigeons aussi la coopération des gouvernements pour s’assurer que les ordres religieux qu’ils ont mandatés pour gérer ces terribles institutions se conforment aux exigences.

Une citation de :Dr Abel Bosum, grand chef de la Nation crie

Toujours selon ce même sondage Ipsos, 87 % des Canadiens pensent que les autorités religieuses ayant administré les pensionnats doivent jouer un plus grand rôle, afin de contribuer à la réconciliation et à la création d'archives publiques qui servent à éclairer ce passage douloureux de l’histoire.

Des excuses à demi-mot

Si l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, a présenté vendredi, lors d'une messe, ses excuses personnelles aux communautés autochtones, il reste que l’Église catholique n’a pas encore présenté d’excuses formelles, de même que le pape François, qui a seulement exprimé sa douleur il y a une semaine.

C’est un cheminement propre à chacun. Reconnaître les torts, c’est la base indispensable pour pouvoir aller de l’avant. On est tous des êtres humains.

Une citation de :Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal
Christian Lépine, archevêque de Montréal

Monseigneur Christian Lépine, archevêque de Montréal

Photo : YouTube

Finalement, le Grand Conseil des Cris recommande d’investir dans le développement des capacités locales de soins de santé, en particulier les soins en santé mentale.

Grâce aux ententes signées avec les différents ordres de gouvernement, les Cris ont pu élaborer leurs propres programmes en matière de santé et de services sociaux. Mais les besoins sont encore criants.

Nous disposons d’un programme unique et d’un personnel spécialisé dans le traitement des traumatismes causés par les pensionnats autochtones. Or, les membres du personnel ne couvrent pas toutes les communautés et, bien qu’ils travaillent d’arrache-pied, ils sont trop peu nombreux, a mentionné en conférence de presse Bertie Wapachee, président du Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James.

Ce dernier a dressé une liste des nombreux obstacles qui se dressent sur sa route.

J’aurai non seulement besoin de l’aide de mes homologues du ministère de la Santé, mais aussi du Conseil scolaire cri et du ministère de l’Éducation, pour m’assurer que les divisions bureaucratiques et les normes d’accréditation inapplicables ne soient pas des obstacles au rétablissement de l’intégralité de nos communautés qui se sont effondrées avec l’arrivée des avions et des autobus qui ont emporté nos enfants, a-t-il conclu.

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