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Des élèves d'un pensionnat autochtone à Inukjuak, au Québec, vers 1890

Des élèves du foyer fédéral de Port Harrison, à Inukjuak, au Québec.

Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Gabrielle Paul

Au Québec, il y a eu 12 pensionnats et foyers fédéraux ouverts entre 1937 et 1991 que devaient fréquenter les jeunes Autochtones. Leur existence et la manière dont y étaient traités les enfants inuit et des Premières Nations constituent, encore aujourd'hui, une réalité difficile à accepter pour la société québécoise.

Ces établissements pouvaient être catholiques et gérés par les Oblats, ou anglicans, ou gérés par le fédéral et n'étaient donc pas liés à une confession religieuse.

Les pensionnats et foyers fédéraux au Québec :

  • Pensionnat de La Tuque (ouvert de 1963 à 1978)
  • Pensionnat d'Amos, ou école St-Marc-de-Figuery (ouvert de 1955 à 1973)
  • Pensionnat de Sept-Îles (ouvert de 1952 à 1971)
  • Pensionnat de Pointe-Bleue (ouvert de 1960 à 1991)
  • Pensionnat catholique de Fort George (ouvert de 1937 à 1981)
  • Pensionnat anglican de Fort George (ouvert de 1933 à 1975)
  • Foyer fédéral de Mistassini (ouvert de 1971 à 1978)
  • Foyer fédéral de Poste-de-la-Baleine (ouvert de 1960 à 1970)
  • Foyer fédéral de George River (ouvert de 1959 à 1960)
  • Foyer fédéral de Fort George (ouvert de 1975 à 1978)
  • Foyer fédéral de Payne Bay (ouvert de 1960 à 1962)
  • Foyer fédéral de Port Harrison (ouvert de 1960 à 1971)

Par ailleurs, d'après le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation (CVR), paru en 2015, le premier pensionnat pour Autochtones du Canada a été ouvert au début du 17e siècle près du poste de traite français, à l’emplacement actuel de la ville de Québec à des fins d'évangélisation.

Si une distinction est souvent faite entre les régimes français et anglais, leurs motivations coloniales étaient les mêmes, explique Marie-Pierre Bousquet, professeure au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal.

En Nouvelle-France, le but des Français était quand même de franciser et d'assimiler, souligne-t-elle. Le but des Français était de faire des Autochtones des sujets du roi. [...] Ça a toujours été un but d'assimilation. Il y avait même des pensionnats en Nouvelle-France.

Donc, l'idée que les Français étaient plus gentils que les Anglais, ça ne tient pas quand on regarde les faits historiques, ajoute-t-elle.

Une question de territoire

Lorsque des pensionnats modernes commencent à ouvrir au Québec au 20e siècle, ils existent depuis déjà 100 ans environ dans l'Ouest du pays.

À partir des années 1950, la situation change au Québec, dit Mme Bousquet.

Il commence à y avoir un fort mouvement de récupération du territoire au Québec. Il commence à y avoir tout un grand projet pour sédentariser les Premières Nations et pour les sédentariser, on s'attaque aux enfants.

Une citation de :Marie-Pierre Bousquet

Il faut sédentariser les Autochtones parce qu'on pense déjà à l'industrialisation et au développement de l'agriculture et de l'industrie forestière. Là-dedans, les Autochtones gênent ces projets-là, poursuit-elle.

C'est extrêmement efficace d'envoyer les enfants à l'école. On se disait que les adultes étaient irrécupérables, donc on s'attaquait aux enfants. En plus, beaucoup de parents vont s'installer près de leurs enfants, pour ne pas être loin de l'école, explique Mme Bousquet.

Les questions d’occupation du territoire et de la sédentarisation des Autochtones sont donc essentielles pour comprendre l’existence des pensionnats, souligne Marie-Pierre Bousquet.

C'est pour ça que les pensionnats ont été créés ailleurs au Canada, dit-elle. Ils ont été créés pour sédentariser les Autochtones. Les pensionnats sont liés aux enjeux territoriaux.

Une histoire qui dérange

Il y a une prise de distance énorme des Québécois par rapport à l'histoire des pensionnats. Certains pensent carrément que ça ne les concerne pas, constate Marie-Pierre Bousquet, qui a notamment écrit un article sur le sujet paru en 2016 dans la revue Recherches amérindiennes au Québec.

Cette réalité des pensionnats demeure difficile à accepter au Québec, et ce, notamment en raison du récit national, selon Mme Bousquet.

Les Québécois ne se voient pas en colonisateurs, ils se voient en opprimés, dit-elle. Ils ne voient donc pas comment ils pourraient être oppresseurs. Ça bouscule complètement le mythe national. Il y a une impossibilité de se voir en colons.

Il faut arrêter de dire que c'est un problème du fédéral. Les relations avec les Autochtones au Québec, ce n'est pas tout rose. Il y a un partage des responsabilités, croit Mme Bousquet.

Nous ne sommes pas coupables parce que c'est pas nous qui avons créé les pensionnats et qui ont maltraité les enfants, mais nous sommes responsables si on continue d'avoir des mauvaises relations

Une citation de :Marie-Pierre Bousquet

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