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Éclipse annulaire : « on a un balcon unique pour observer ce spectacle »

Laurie Rousseau-Nepton

Laurie Rousseau-Nepton devant le télescope Canada-France-Hawaii sur le Mauna Kea à Hawaii.

Photo : Courtoisie Laurie Rousseau-Nepton

Un phénomène rarissime et un peu magique sera observable en partie au Québec et en Ontario le 10 juin : une éclipse annulaire. Une personne qui aurait aimé être aux premières loges pour l'observer, c’est Laurie Rousseau-Nepton, une astronome innue, originaire de la communauté de Mashteuiatsh, qui travaille actuellement dans un observatoire d’Hawaï.

Elle voulait tout comprendre des phénomènes naturels. Et elle a poussé cette curiosité jusqu’à faire un doctorat en physique, et plus spécifiquement en astrophysique, à l’Université Laval.

Laurie Rousseau-Nepton est une passionnée et elle sait donner envie de se lever tôt jeudi 10 juin pour observer l’éclipse annulaire qui attend une partie du monde.

C’est un alignement incroyable. On est une des seules planètes de laquelle on peut voir ce genre de phénomène, car la Lune a le bon diamètre et est à la bonne distance du Soleil. Si on était sur Mars, ce serait impossible de voir ce genre de phénomène, dit-elle.

On a un balcon unique pour regarder le spectacle de demain. Le prochain sera en 2024, mais on ne sait jamais comment sera la météo.

Une citation de :Laurie Rousseau-Nepton, astronome

Le phénomène s’explique par le fait que, le jeudi 10 juin, la Lune sera un peu plus loin sur son orbite, son diamètre apparent sera donc plus petit. La conséquence est que lorsque la Lune passera devant le Soleil, elle ne le couvrira pas totalement. C’est pour cela qu’on verra un anneau de feu autour de la Lune , précise Laurie Rousseau-Nepton.

La lune cache partiellement le soleil.

Ceux qui auront la chance de pouvoir pleinement observer l'éclipse annulaire du 10 juin devront voir un spectacle semblable à celui qu'ont pu voir les Indiens le 21 juin 2020.

Photo : afp via getty images / STR

L’éclipse complète annulaire sera visible du nord de l’Ontario, à l’île de Baffin, jusqu'en Russie, dit-elle encore.

Contes autochtones

Dans la culture autochtone, un tel phénomène a inspiré plusieurs histoires. L’astronome raconte celle de Tshakapesh, qui attrape le Soleil avec un collet qui correspond à l’anneau de feu d’une éclipse annulaire.

Alors tout devient sombre, les étoiles et les constellations qui forment des animaux apparaissent. Dans l’histoire, ces animaux aident Tshakapesh à libérer le Soleil, car il est trop chaud et il n’arrive plus à toucher à son collet, raconte Laurie Rousseau-Nepton.

Le guerrier innu vole au-dessus de la Terre

L'histoire de Tshakapesh fait référence au phénomène de l'éclipse annulaire.

Photo : Tshinanu inc.

D'une communauté à l'autre, ces animaux sont un castor, un rat musqué ou une souris. Dans ma communauté, c’est ce qui explique que les dents de castors sont dorées, explique l’Innue en souriant.

Laurie Rousseau-Nepton ne pourra malheureusement pas assister au spectacle puisqu’elle travaille actuellement sur le site de Mauna Kea, à Hawaï. Depuis quatre ans, elle analyse des données récoltées grâce à une caméra installée sur un télescope.

Elle observe notamment une quarantaine de galaxies proches de la nôtre pour y regarder les régions de formation d’étoiles. On regarde ce qui change les caractéristiques d’une étoile en fonction de l’endroit où elle naît. C’est un peu comme l’anthropologie stellaire, dit-elle.

Elle aide aussi des gens d’un peu partout dans le monde à utiliser le télescope qu’elle a aidé à construire lors de ses études au Québec, notamment sur le site de l’observatoire du Mont-Mégantic.

Contempler le ciel depuis l'observatoire du Mont-Mégantic

L'observatoire du Mont-Mégantic.

Photo : Courtoisie / Rémi Boucher/Parc national du Mont-Mégantic

Un télescope qui dérange

À Hawaï, un projet de télescope fait encore débat et irrite les Autochtones de la région. La construction de ce télescope est prévue sur le Mauna Kea, un volcan considéré comme sacré par des Autochtones d’Hawaï, les Kanaka Maoli.

Ils avaient d’ailleurs bloqué la route qui mène au Mauna Kea pendant plusieurs semaines, en 2019. Laurie est au courant de ce problème et se dit sensible à leur cause, d’autant que, selon elle, les Hawaïens ne sont pas reconnus comme une nation par les États-Unis.

Je comprends la situation, car on veut prendre des décisions sur leur territoire sans les consulter. Mais j’ai aussi envie de participer à vulgariser notre travail auprès des gens de la communauté, faire des activités avec les plus jeunes pour nous expliquer ce que nous faisons, avance-t-elle.

Des manifestants bloquent une route au pied de la plus haute montagne d’Hawaï, le Mauna Kea.

Des Kanaka Maoli ont bloqué la route qui mène au Mauna Kea dans l'espoir d'empêcher la construction d'un télescope géant en partie canadien.

Photo : The Associated Press / Caleb Jones

Elle souhaite que les travaux de recherche en astronomie se poursuivent à Hawaï et espère surtout qu’un jour des astronomes d’Hawaï participeront à ces projets.

Un parcours semé d'embûches

Laurie Rousseau-Nepton est aussi consciente du fait que peu de femmes autochtones parviennent à son niveau d’études.

Il y a plein d’embûches, mais je suis privilégiée, car ma famille m’a toujours poussée. La valorisation des études n’est pas quelque chose d’évident dans les communautés, selon l’astronome.

Il y a des communautés autochtones isolées, rappelle la jeune femme de 36 ans, alors on ne va pas forcément valoriser quelqu’un qui va partir de là pour faire de longues études.

Elle poursuit : Il y a des choses qui nous découragent, mais il faut être persévérant. Souvent, si les gens abandonnent, ce n’est pas par manque de capacité, c’est plus à cause de leur entourage, de l’ambiance.

Un homme regarde le soleil avec un masque sur le visage et des lunettes de protection.

Il est impératif d'utiliser des lunettes spéciales pour observer l'éclipse.

Photo : Getty Images / Kevin Frayer

Elle se souvient d’une personne qui un jour lui a dit que son projet était vraiment intéressant. Sans que ce soit forcément quelqu’un de très proche, ça fait toute une différence et ça te permet de continuer pendant des mois, assure-t-elle.

C’est la société qui nous aide à faire ces carrières-là et quand on est dans un milieu éloigné, on n’a pas forcément le privilège d’avoir de tels supports proches de soi.

Le fait de travailler avec une femme l’a aussi beaucoup aidée dans sa carrière. Cette femme était la seule professeure de sexe féminin dans le département d’astrophysique. Je me sentais à l’aise avec elle. Je n’ai pas senti cette aisance lorsque je travaillais avec des hommes, surtout étant une jeune femme dans le domaine, dit-elle.

Laurie ne pourra pas observer l’éclipse, mais conseille à tous les curieux de se lever aux aurores pour observer le phénomène. Sans oublier de porter des lunettes appropriées pour l’événement évidemment.

Pour voir l'éclipse :

  • Selon le Planétarium de Montréal, l’éclipse débutera à Montréal à 4 h 43 min 16 s, heure avancée de l’Est, avant le lever du Soleil prévu à 5 h 10.
  • Lorsque celui-ci émergera au-dessus de l’horizon, l’éclipse aura donc déjà commencé.
  • L’éclipse partielle atteindra son maximum à 5 h 39 min 10 sec : 78,9 % de la surface du Soleil sera alors cachée, avec le Soleil à seulement 7 degrés au-dessus de l’horizon est-nord-est.
  • Le phénomène se terminera à 6 h 38 min 58 s.

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