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Un premier projet de serre permanente à Inukjuak, dans le Nunavik

Un certain nombre de règles s'imposent pour que le projet réponde vraiment aux besoins des communautés locales.

Un homme qui tient une salade verte dans ses mains. Il se trouve dans une serre.

Une serre existe déjà à Kuujjuaq, comme ici, dans un conteneur. Celle d'Inukjuak devrait être fonctionnelle toute l'année.

Photo : Radio-Canada / Fournie par la Société du Plan Nord

Les projets de serres visant à répondre aux problèmes d’insécurité alimentaire dans le nord du Canada se multiplient, mais l'un d'eux, à Inukjuak, au Nunavik, se démarque des autres. D’ici mars 2023, une serre communautaire capable d'approvisionner la population locale de certains produits frais toute l'année devrait sortir de terre, une première dans les territoires éloignés au nord du Canada.

Le projet lancé à Inukjuak a été baptisé Pirursiivik, qui signifie un endroit pour grandir en inuktitut. Issu d’une collaboration entre la fondation One Drop et la Société Makivik, ce projet prévoit la création d’un centre communautaire d’alimentation avec la collaboration du centre d'alimentation Sirivik et la mise sur pied d'une serre fonctionnelle 12 mois sur 12.

Des femmes récoltent des légumes dans une plate-bande collée contre un bâtiment au Nunavik.

Les résidents d'Inukjuak font déjà pousser des légumes dans des « boîtes froides », qui permettent la culture de légumes pendant les mois les plus chauds de l’année.

Photo : Courtoisie du projet Pirursiivik

Ces initiatives ont pour but de lutter contre l’insécurité alimentaire et de favoriser une alimentation saine, explique Karin Kettler, cheffe de projet à la Société Makivik, rappelant combien le prix des fruits et légumes frais est très élevé dans le nord du Québec, alors que beaucoup de ses habitants vivent avec peu de revenus.

Nous dépendons beaucoup du sud. Ce serait mieux que l’on devienne plus autonomes, explique-t-elle en entrevue.

Reprendre le contrôle

Selon Annie Lamalice, qui a mené un projet de recherche sur les serres communautaires au Nunavik avec l’Université de Montréal, ce genre de projet peut permettre aux Inuit de reprendre le contrôle sur un système alimentaire mis à mal par les politiques coloniales.

Mais il y a, d’après elle, plusieurs règles à observer pour que de tels projets soient pertinents et pour qu'ils répondent vraiment aux besoins des populations locales.

Avant tout, il faut que les résidents locaux soient consultés. Cela a été le cas pour le projet d’Inukjuak, assure Mme Kettler. Nous avons lancé ce projet en 2017 et on a fait plusieurs consultations. Nous voulons répondre aux besoins de la communauté, c’est la raison pour laquelle nous leur avons demandé ce qu’ils veulent manger, ce qu’ils veulent faire pousser, dit-elle.

Une dame tient un panier de fruits et légumes dans une épicerie.

Au Nunavik, les légumes – entre autres – sont très chers.

Photo : iStock

Marion Macé, coordonnatrice du projet et employée de la Société Makivik, affirme que 250 membres de la communauté ont été consultés à ce sujet en 2018, puis en 2020, 277 ménages ont répondu à un sondage.

Cela représente 53 % de la communauté, dit-elle. Alors oui, on n’aura jamais la certitude que le projet convient à 100 % des gens, mais nous avons un soutien significatif. En effet, 65 % des répondants ont entendu parler de la serre et soutiennent le projet.

Karin Kettler explique justement que c’est après avoir consulté les premiers concernés que des plants de laitue, de chou kale et de qungulit (une espèce de légume à feuilles vertes qui ressemble à l’oseille des montagnes) ont été choisis pour être cultivés dans la ferme hydroponique, un projet qui existe depuis peu. Les aînés sont très heureux d’avoir ce genre de culture, précise Mme Kettler.

De telles consultations seront donc aussi menées pour le projet de serre.

Un panneau sur lequel des indications de compostage sont inscrites.

Plusieurs ateliers sont mis en place pour expliquer aux locaux comment jardiner et faire du compost.

Photo : Courtoisie Makivik

Le sondage de 2020 a aussi révélé que 92 % des répondants achèteraient des fruits et légumes cultivés localement, principalement pour leur fraîcheur.

On peut se demander si les Inuit, ce peuple de chasseurs, sont vraiment intéressés à cultiver des tomates, des concombres et de la salade, ces ingrédients qui historiquement ne figurent pas vraiment dans leurs régimes.

On ne veut pas remplacer notre culture de chasseurs mais la compléter, puisqu’aujourd’hui nous ne sommes plus un peuple de nomades, répond Mme Kettler.

Mme Lamalice indique qu’il est impératif d'amener les populations locales à participer à la gestion des infrastructures. On doit leur expliquer d’où viennent les légumes, comment ils poussent, comment les maraîchers du sud travaillent, etc. Ce sont des apprentissages très appréciés par les Inuit, car ils n’ont que peu de contacts avec les gens du sud, explique-t-elle.

Une femme devant des étages sur lesquelles poussent des laitues.

Le projet de serre à l'année fait partie d'un plus large projet qui comprend aussi une ferme hydroponique.

Photo : Courtoisie Makivik

Le projet d’Inukjuak va dans ce sens, puisque depuis quelques années, des ateliers de sensibilisation sur la culture des fruits et légumes sont organisés. Nous organisons aussi des concours. On distribue des kits de départ pour cultiver des plants, puis on voit qui a réussi à obtenir la plus grosse récolte de tomates par exemple, précise Mme Macé.

Depuis 2019, un projet de compostage a aussi été lancé. Et toujours dans l’idée d’informer la population, on va bientôt leur distribuer des petits livrets – en anglais et en inuktitut – sur les plantes traditionnelles d’Inukjuak.

Un investissement de 5 M$

Pour le projet de serre tout au long de l’année, plusieurs études de faisabilité ont été menées entre 2018 et 2020. L’investissement est évalué à 5 millions de dollars pour l’ensemble du centre communautaire d’alimentation et les partenaires réfléchissent en ce moment à une stratégie de collecte de fonds pour réunir cette somme.

La réalisation des plans a été confiée au cabinet d’architecture EVOQ, qui travaille entre autres avec une entreprise de construction implantée dans le nord, Kautaq Construction, et dont 100 % des intérêts appartiennent à la Société Makivik.

Une bonne partie de la serre comprendra aussi un jardin communautaire dans lequel les gens pourront choisir ce qu’ils veulent faire pousser dans le lot qui leur sera attribué.

Annie Lamalice souligne aussi qu’il est important d’utiliser des technologies simples, pour là encore éviter de dépendre de l’aide et de la maintenance du sud.

Si ces projets de serre sont souvent porteurs d’espoir pour la sécurité alimentaire des communautés du nord, la chercheuse rappelle toutefois qu’il convient de ne pas trop s’emballer. Elle souligne que, parfois, les attentes sont un peu trop élevées, notamment en matière de production. Les populations locales doivent donc s'y préparer.

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