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Projet de loi 96 : « C’est comme si on n’existait pas », dit une Autochtone

Un tableau noir où est écrit Bienvenue en plusieurs langues autochtones.

Les Autochtones estiment que leurs langues ont été totalement oubliées dans le projet de loi 96.

Photo : Radio-Canada

Plusieurs voix autochtones s’élèvent pour critiquer le projet de loi 96 qui a pour but de modifier la Loi constitutionnelle de 1867 afin d’y reconnaître la « nation » québécoise dont la langue « officielle » et « commune » est le français. Les leaders autochtones déplorent le fait que leurs langues soient oubliées.

Laisser les Autochtones de côté dans ce projet de loi n’est rien d’autre qu’une deuxième colonisation des peuples autochtones du Québec. Le grand chef Serge Simon ne mâche pas ses mots dans une vidéo publiée en anglais et en français sur YouTube, le 4 juin.

Nancy Wiscutie-Crépeau, candidate au doctorat en éducation à l’Université d’Ottawa et membre des Nations crie et anichinabée est du même avis. Il [Serge Otsi Simon, NDLR] dit les choses telles qu’elles le sont, laisse-t-elle tomber.

Constant Awashish, le grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw comprend la réaction de Serge Otsi Simon. Il faut que le Québec prenne en compte les Premières Nations dans sa stratégie. Encore une fois, les élus ne réalisent pas la valeur que pourraient apporter les Autochtones à la nation québécoise, dit-il.

« C'est comme si les élus avaient une crainte de voir les Premières Nations s'épanouir. »

— Une citation de  Constant Awashish, grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw
La Charte canadienne des droits et libertés rédigée en langue autochtone

Beaucoup de langues autochtones sont en voie de disparaître si rien n'est fait pour les sauver.

Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

Mme Wiscutie-Crépeau ajoute : le fait de privilégier seulement la langue française, notamment dans le système d’éducation, fait en sorte que toutes les normes scolaires qui sont valorisées et privilégiées sont les normes du colonisateur.

« C’est une preuve tangible que l'on continue encore et encore à vouloir reproduire des relations de pouvoir dans les écoles. »

— Une citation de  Nancy Wiscutie-Crépeau

Elle déplore le fait que l’on continue d’évaluer les compétences des élèves autochtones seulement dans les langues coloniales.

Tout en reconnaissant comprendre les aspirations du gouvernement du Québec à faire reconnaître la province comme nation, le grand chef Simon rappelle que la langue et la culture, pour certaines communautés, est en voie de disparition.

Surtout, il se questionne : Quel territoire le Québec va assermenter comme étant son territoire? En haute majorité, c’est le territoire non cédé des Autochtones. [Et il veut le faire, NDLR ], sans même nous parler.

Un avis que partage Richard Kistabish, un Anichinabé membre du Groupe de travail mondial de l’UNESCO pour la décennie d’action 2022-2032 pour les langues autochtones.

Richard Kistabish dans une rue de Val-d'Or.

Richard Kistabish souhaite que les langues autochtones soient mieux reconnues au Québec.

Photo : Radio-Canada

Celui qui se présente comme le représentant de la langue anichinabée explique lui aussi que c’est un territoire anichinabé non cédé dans lequel l’imposition de la loi 96 va s’installer.

Il explique que cette nouvelle annonce n’est pas une insulte aux Autochtones, mais une continuation des insultes. Chaque peuple a les mêmes droits.

« Le peuple québécois a des droits dans sa langue, le peuple anichinabé aussi. On demande un minimum de reconnaissance. »

— Une citation de  Richard Kistabish

Nancy Wiscutie-Crépeau et Richard Kistabish soulignent de leur côté qu’aucune mention sur les langues autochtones n’est faite dans le projet de loi de Québec.

Mme Wiscutie-Crépeau se dit déçue par cet oubli. C’est comme si on n’existait pas dans cette province, lâche-t-elle.

Un homme s'apprête à allumer une cigarette et regarde directement la caméra.

Le grand chef du Conseil mohawk de Kanesatake, Serge Otsi Simon, a publié une vidéo sur YouTube pour exprimer son opinion sur le projet de loi 96.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Avec Richard Kistabish et Suzy Basile, professeure à l’École d’études autochtones à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, elle a d'ailleurs signé une lettre ouverte à ce sujet.

M. Kistabish aurait souhaité que les Anichinabés puissent eux aussi déclarer une loi sur la protection de langue anichinabée. Ce serait une certaine façon d’exprimer notre position vis-à-vis l’imposition des lois qui existent dans ce pays, dit-il.

Il demande que la langue anichinabée fasse partie du territoire de l’Abitibi-Témiscamingue et que ce soit une langue officielle.

Enfin, Serge Otsi Simon pense qu’il y aurait possibilité pour les Autochtones de s’adresser aux Nations unies sur ce sujet.

On ne peut pas, comme Premières Nations, accepter cette évolution sans qu’on ait notre mot à dire, croit-il, tout en invitant les Québécois à travailler ensemble pour le bien-être de nos futures générations.

Contacté par Radio-Canada, le ministère de la Justice du Québec estime que les enjeux soulevés par Serge Otsi Simon sont distincts des enjeux du projet de loi 96 qui respecte par ailleurs l'esprit de la loi 101.

En ce sens, tout comme la Charte actuelle, le PL96 ne mine d'aucune façon le droit inaliénable des Premières Nations et des Inuit d'assurer le développement des langues et des cultures traditionnelles, nous dit le ministère.

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