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Joyce Echaquan : cinq moments forts des audiences publiques

Un homme de dos, avec le mot JOYCE inscrit au rasoir dans la chevelure.

Lors de la première journée des audiences sur la mort de Joyce Echaquan, son conjoint Carol Dubé arborait son nom dans sa chevelure au-dessus de la nuque.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

« Joyce, sache que mon rapport ne sera pas complaisant, mais honnête. J’espère qu’il sera la fondation d’un pacte social qui nous amènera à dire : ''Plus jamais!'' » Par ces mots, aux allures de manifeste, la coroner Géhane Kamel a clos des audiences publiques qui auront été marquantes à plusieurs égards. Une cinquantaine de témoins ont défilé : voici cinq moments à retenir.

1 - Je m’en voudrai toute ma vie de ne pas l’avoir détachée moi-même

Le conjoint de Joyce Echaquan, Carol Dubé, a tenu bon durant les audiences. Concentré, prenant toujours des notes, comme le reste de la famille, il a rarement laissé ses émotions le submerger. Mais au moment de raconter quelle mère sa conjointe était, exceptionnelle, aimante, l’émotion a étranglé sa voix. Il s’est effondré. Idem quand il a revu la vidéo prise en direct par sa femme à l’hôpital et celle prise par sa fille où les témoins racontent que Joyce Echaquan semble morte.

Un homme et sa fille s'enlacent lors d'un moment difficile.

Carol Dubé et sa fille Maria Wasianna Echaquan Dubé, en marge des audiences publiques sur la mort de Joyce Echaquan.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

Il a aussi évoqué la peur que sa conjointe ressentait lorsqu’elle allait à l’hôpital. Elle disait y avoir été attachée à plusieurs reprises et avoir souffert de propos désobligeants à son égard. Quand elle y allait seule, elle me racontait souvent qu’elles [les infirmières] étaient déplaisantes envers elle, pis qu’elle n’était pas bien traitée, a-t-il raconté.

Les mots de Marie Wasianna Echaquan-Dubé, sa fille, ont aussi résonné longtemps : Je m’en voudrai toute ma vie de ne pas l’avoir détachée moi-même. […] Au fond de moi, je savais qu’elle n’était plus là. La jeune femme, âgée de 20 ans, est arrivée rapidement à l’hôpital de Joliette après avoir visionné la vidéo Facebook qu'a diffusée Joyce Echaquan durant son agonie. La famille assure que la patiente était encore attachée après son décès, ce que démentent certains membres du personnel soignant. Marie Wasianna Echaquan-Dubé s’est demandé ensuite si l’âme de sa mère n’était pas depuis prisonnière de l’hôpital.

2 - Des propos bienveillants de la préposée aux bénéficiaires

T’as fait des mauvais choix, ma belle! Qu’est-ce qu’ils penseraient, tes enfants, de te voir comme ça? Parmi les paroles entendues dans la vidéo de Joyce, ces mots glaçants lancés par la préposée aux bénéficiaires alors que Joyce Echaquan semblait au plus mal, ont frappé les esprits.

Des gens assistent à des audiences lors d'une enquête publique dans un palais de justice.

Les audiences ont vu défiler une cinquantaine de témoins.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

L’employée, qui a été congédiée depuis, a affirmé les avoir lancés pour l’aider à se remotiver et soutient que c’était de la bienveillance. La coroner Géhane Kamel a alors rétorqué : Vous sentez que c’est plein d’amour? C’est plein de jugement, ça! La préposée a prétexté la maladresse et a affirmé que son congédiement était politique.

Quant à l’infirmière, congédiée aussi depuis, qui a lancé à Joyce Echaquan : Ben meilleur pour fourrer qu’autre chose, surtout que c’est nous autres qui paient pour ça et qu’elle était épaisse en câlisse, elle a d’abord mis ses propos sur le coup de la fatigue, de la pression et de la paperasse.

Puis s’est excusée, en sanglots, à la famille, qui a demandé à ce que soit diffusée devant elle la vidéo prise en direct par Joyce Echaquan et dans laquelle on entend ces insultes. L’infirmière a assuré que c’est un événement circonscrit, que jamais avant ni après cette vidéo, elle n’a tenu de tels propos.

D’ailleurs, a-t-elle affirmé : J’aurais pu dire la même chose à quelqu’un de blanc, par exemple une madame sur le BS [l’aide sociale] qui a six-sept enfants, qui consomme, qui est inadéquate. Et elle a évoqué encore, comme circonstances atténuantes, la fatigue. Je sais que j’ai été super méchante et je m’excuse. J’étais à bout, je m’excuse à sa famille… Je ne l’ai pas fait exprès. Je ne voulais pas faire ça. Quand je l’écoute, ce n’est pas moi!

Coller une étiquette à un patient et parfois donc lui accorder une attention différente, a été un des points mis en lumière par ces audiences tout comme une loi du silence, les conditions de travail, un travail en silo et des employés qui ne se parlaient pas et ne semblaient pas connaître les tâches de leurs collègues.

Au cours de l’audience, la coroner Géhane Kamel n’a d’ailleurs eu de cesse de relever les contradictions des différents employés de l’hôpital qui ont témoigné. Notamment à propos du refus d’envoyer Joyce Echaquan en réanimation, ou sur l’existence de préjugés ou de biais.

Après les témoignages de ces employés de la santé, la famille de Joyce Echaquan a évoqué des mots qui vont parfois à contresens de leurs expériences vécues et disait s’attendre à plus d’honnêteté.

3 - Me Géhane Kamel - la coroner sur le grill

Une femme assise dans une salle d'un palais de justice.

La présidente de l'enquête publique sur la mort de Joyce Echaquan, la coroner Géhane Kamel, lors de la première journée des audiences.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Après une semaine d’audiences, la coroner Me Géhane Kamel a fait face aux critiques lui reprochant son manque d’impartialité. Avec un style coloré, tranchant, n’hésitant pas à remettre en cause la crédibilité de plusieurs témoignages de personnel soignant, elle en a poussé certains dans leurs retranchements, ce qui a permis, parfois, d’avoir des corrections dans les versions. L’avocat de l’infirmière congédiée a dit craindre que sa manière de faire ne risque d'entacher la crédibilité du rapport.

Ces reproches ont amené Me Géhane Kamel à faire une mise au point sur son rôle, au début de la troisième semaine des audiences. Elle a rappelé l’importance de soupeser et de décortiquer les faits et a insisté sur l’importance pour elle de ne pas se contenter de réponses évasives ou opaques, qui nuisent à cette quête de vérité. Tout en s’excusant du fait que ses propos aient pu en indisposer certains.

4. Je pense qu’on aurait pu éviter le décès - le Dr Alain Vadeboncœur

Un homme et une femme sourient à la caméra.

Carol Dubé en compagnie de Joyce Echaquan.

Photo : Facebook

Le Dr Alain Vadeboncœur l’a dit sans l’ombre d’un doute. La réponse simple est : je pense qu’on aurait pu éviter le décès. Selon lui, tout médecin, infirmière ou préposée aurait dû réagir rapidement, activer le code d’urgence, afin que le cas de Joyce Echaquan devienne la priorité de l’urgence.

D’après lui, son transfert en réanimation a été bien trop tardif et elle aurait dû faire l’objet d’une surveillance accrue à partir du moment où, devenue très agitée, elle a été mise sous contention physique et chimique.

Comme bon nombre du personnel soignant pensait qu’elle était en sevrage, elle a reçu des sédatifs et n’a pas été surveillée étroitement. Elle s’est même retrouvée sans surveillance autre que visuelle pendant 40 minutes par la candidate à l’exercice de la profession infirmière (CEPI), ce qui n’aurait jamais dû arriver, selon les règlements.

5. Accepterais-tu de raconter cette histoire à ton enfant?

Un homme reste songeur après s'être adressé aux médias.

Carol Dubé s'est adressé aux médias en marge des audiences publiques sur la mort de sa conjointe Joyce Echaquan.

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

« Ce que vous m’avez laissé comme histoire à raconter à mes enfants sur la façon dont leur maman nous a quittés, c’est une histoire basée sur du mensonge, des cauchemars. Et toi qui m’écoutes, accepterais-tu de raconter cette histoire à ton enfant? »

— Une citation de  Carol Dubé, conjoint de Joyce Echaquan

Carol Dubé est revenu témoigner en dernier pour livrer des recommandations à la coroner. Ses mots ont été suivis d’un lourd silence. La question qu’il a posée à l’audience se voulait aussi un message d’espoir pour que l’histoire de Joyce ne se reproduise plus et qu’une réelle prise de conscience survienne enfin.

Carol Dubé souffle un vent d’espoir porté aussi par les chefs atikamekw Paul-Émile Ottawa et Constant Awashish. Mais pour cela, ils souhaitent que Québec adopte enfin le Principe de Joyce et reconnaissent le racisme systémique.

« J’espère que nos cœurs vont s’apaiser, et que les vôtres vont s’ouvrir pour nous aider à guérir et stopper la transmission de nos traumas aux prochaines générations. »

— Une citation de  Paul-Émile Ottawa, Chef du Conseil des Atikamekw de Manawan
Une fillette dont le bas du visage est marqué par une main rouge peinturée regarde la caméra.

Une fillette, comme des dizaines d'autres enfants, a participé à la marche de solidarité.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Une marée humaine violette, couleur liée à Joyce Echaquan, est venue cueillir les chefs et la famille de la défunte pour marcher à Trois-Rivières, mercredi.

Peu après, Carol Dubé a déposé un poème-hommage sur sa page Facebook qui commence par : Quand ils ont fermé tes yeux, tu nous as ouvert les nôtres. Ensemble on a marché […] pour nous guérir.

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