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Pensionnats autochtones : retrouver les autres corps est essentiel pour le deuil

La foule lève un bras vers le ciel.

Pour les communautés autochtones, il est très important d'avoir des lieux de rassemblements pour pleurer les enfants qui ne sont jamais revenus des pensionnats. Un pas impératif dans leur deuil, selon une psychologue.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Trouver les autres dépouilles, mettre des noms sur les corps des enfants décédés dans les pensionnats, apposer des plaques commémoratives... Toutes ces étapes sont importantes dans le processus de deuil des communautés autochtones. Ces dernières réclament donc des actions concrètes de la part des gouvernements.

Les voix s’élèvent pour demander au gouvernement fédéral de passer à la vitesse supérieure afin de lancer de véritables investigations qui pourraient permettre de confirmer les témoignages des survivants des pensionnats.

Déjà, lors d’un rassemblement commémoratif qui s’est tenu à Montréal, Nakuset, la directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, exhortait le fédéral : Je veux que le gouvernement fasse quelque chose. Et maintenant, avait-elle lancé.

Nakuset, les bras croisés, debout dans la foule.

La directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset, était présente lundi au parc Jeanne-Mance de Montréal pour célébrer la mémoire des 215 enfants dont les corps ont été retrouvés dans une fosse commune à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Lors d’une entrevue, Ghislain Picard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, a souligné que le gouvernement se dit prêt à appuyer les démarches des communautés, mais la question est de savoir comment cela va se concrétiser.

« Il faut trouver une façon d’accélérer les processus, car sinon, on allonge le chemin de la guérison. »

— Une citation de  Ghislain Picard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador

Dans un communiqué de presse publié mardi, le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a exigé que tous les gouvernements s'engagent à soutenir les Premières Nations qui demandent des enquêtes approfondies sur les anciens sites des pensionnats et à prendre toutes les mesures possibles pour que les auteurs de ces crimes soient tenus responsables de leurs actes.

Perry Bellegarde

Perry Bellegarde, le chef de l'Assemblée des Premières Nations, veut que tous les gouvernements s'impliquent.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Même si la politique des pensionnats était une initiative fédérale, le chef Picard croit lui aussi que tous les paliers gouvernementaux doivent s’atteler à la tâche.

On ne peut pas se permettre de nous présenter encore une fois le carcan fédéral et provincial, car on parle de douleurs ici. Tous les gouvernements, de tous les niveaux, ont un rôle à jouer devant ce drame, a-t-il dit.

Il plaide d’ailleurs pour que la réalité des pensionnats soit ajoutée dans le projet de loi 79 qui prépare Québec et qui ne concerne pour le moment que les établissements de santé.

Les marches du Palais législatif de Regina, en Saskatchewan, avec 215 paires de souliers en l'honneur des corps des enfants retrouvés près du pensionnat autochtone de Kamloops.

Partout au pays, (ici, à Regina), des gens ont voulu rendre hommage aux 215 enfants décédés au pensionnat de Kamloops.

Photo : Radio-Canada / Cory Herperger

Mercredi, Carolyn Bennett, la ministre responsable des Relations entre la Couronne et les Autochtones, a indiqué qu’une subvention de 27 millions de dollars était offerte aux communautés autochtones qui souhaitent entamer des recherches. Ce montant a été voté au budget de 2019.

D'autres découvertes à prévoir

Dans une vidéo publiée sur son compte Facebook, l’ancien sénateur autochtone Murray Sinclair a évoqué lui aussi la découverte des corps à Kamloops.

Nous savons qu'il y a probablement plus d'endroits semblables à celui de Kamloops qui seront révélés à l'avenir. Nous devons nous y préparer, a dit celui qui a présidé la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Un besoin évident

La recherche d’autres corps qui pourraient se trouver dans des fosses communes près des pensionnats autochtones canadiens est importante, car cette étape est fondamentale dans le processus de deuil de toute la communauté, croit la professeure en psychologie Mélanie Vachon.

Murray Sinclair au Sénat.

Murray Sinclair croit que d'autres sites comme ceux de Kamloops existent au Canada.

Photo : The Canadian Press / Fred Chartrand

Le gouvernement actuel n’est pas personnellement responsable du passé, mais il est responsable du présent. Ce qui est nécessaire, c’est la reconnaissance pleine de ce qui s’est passé, indique Mme Vachon de l’UQAM.

« Il n’y a aucune ambiguïté sur la marche à suivre. Je suis persuadée que c’est aussi un bon move politique. »

— Une citation de  Mélanie Vachon, professeure au Département de psychologie de l'UQAM
Un monument honorant les survivants du pensionnat autochtone de Kamloops.

Il existe un monument honorant les survivants du pensionnat autochtone de Kamloops.

Photo : The Canadian Press / Andrew Snucins

Le rapport de la Commission de vérité et réconciliation, publié en 2015, indique clairement, dans son appel à l’action 75, qu’il faut élaborer et mettre en œuvre des stratégies et des procédures qui permettront de repérer, de documenter, d’entretenir, de commémorer et de protéger les cimetières des pensionnats ou d’autres sites où des enfants qui fréquentaient ces pensionnats ont été inhumés.

Dans une optique de réconciliation, on veut qu’il y ait une forme de justice réparatrice, qu’on puisse reconnaître qu’il y a eu une faute de la part des Blancs au pouvoir. En reconnaissant la faute, on franchit une première étape importante pour faciliter le processus de deuil à la fois de manière personnelle et de manière collective, indique Mme Vachon, de l’UQAM.

Selon elle, les pensionnats sont l'un des symboles les plus forts de la domination blanche sur les Autochtones au Canada.

Des élèves d'un pensionnat autochtone à Inukjuak, au Québec, vers 1890

Des élèves d'un pensionnat autochtone à Inukjuak, au Québec, vers 1890.

Photo : Bibliothèque et Archives Canada

Installer de véritables lieux de sépultures, des plaques commémoratives, serait aussi selon elle un bon exemple de reconnaissance de la part des autorités.

C’est aussi ce que croit le grand chef de Kanesatake, Serge Simon.

« Il faut faire des recherches dans un rayon d’un kilomètre autour des pensionnats, puis déterminer la cause de la mort de ces enfants, les enterrer proprement et les ramener là où ils n’auraient jamais dû être enlevés. »

— Une citation de  Grand chef Serge Simon

Affronter le passé

Murray Sinclair appelle le gouvernement à affronter les erreurs de passé et à arrêter de cacher des documents. Il souhaite aussi que le fédéral force les congrégations à divulguer les documents, pour qu’on puisse obtenir la vérité.

Un avis que partage Mélanie Vachon. Ce serait dramatique de se cacher de ça. Plus on évite, plus on banalise le problème. On se trompe complètement en évitant le problème, dit-elle encore.

Enfin, l’ancien sénateur Sinclair demande à ce que des programmes de guérison soient mis en place pour aider les survivants des pensionnats. Un peu comme les programmes qui existent pour les Vétérans, a-t-il précisé.

La Commission de vérité et réconciliation évoque la mort de 6000 enfants autochtones dans les pensionnats canadiens.

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