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ENFFADA : 2 ans plus tard, entre frustration, espoir et passage à l’action

Badge fait à base de perles rouges et en forme de robe.

La robe rouge est le symbole des femmes autochtones disparues et assassinées.

Photo : Radio-Canada

Prenez note que cet article publié en 2021 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Deux ans après la publication du rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), des organisations de femmes autochtones veulent passer à l’action.

Le 3 juin 2019, l’ENFFADA présentait son rapport qui concluait qu’au Canada les Autochtones sont victimes d’un génocide et ses conséquences sont exacerbées pour les femmes et les personnes issues de la diversité de genre.

Si cette conclusion a d'abord suscité un débat et créé un « malaise » au sein de la classe politique canadienne, le regard de la population sur le rapport change, selon Michèle Audette, ancienne commissaire pour l'Enquête nationale.

Il y a une mobilisation qu'on n'a jamais vue avant, constate-t-elle.

« Le rapport [de L'ENFFADA], la mobilisation grâce à Joyce [Echaquan], ce sont toutes des petites perles qui s'additionnent et c'est là que je vois la différence. On n'aurait jamais vu ça avant. »

— Une citation de  Michèle Audette, ancienne commissaire de l'ENFFADA

Joyce, avec son courage des dernières secondes, a ébranlé tout le monde et a élevé la voix de tous ceux et celles qui ont été cachés, dit Mme Audette.

Un plan d’action national

Les femmes continuent de disparaître, il y a du racisme systémique, la Loi sur les Indiens est discriminatoire, mais on fait quoi pour avancer?, se demande quant à elle Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ).

Après 3 ans de travaux et 2380 témoignages recueillis, l’ENFFADA avait formulé 231 recommandations, dont l’une était l'élaboration d'un plan d’action national par Ottawa.

Le gouvernement fédéral avait promis de présenter un plan pour le premier anniversaire du rapport, en 2020, ce qu’il n’a pas été en mesure de faire. À Ottawa, on explique ce retard par la pandémie de COVID-19.

Ça aurait dû être prêt, croit Shannon Hoskie, la directrice générale de Moon Voices, l’association qui représente les femmes autochtones du Manitoba. Je pense que certaines choses pouvaient être accomplies malgré la pandémie, ce n'est pas une bonne excuse.

Moon Voices est basée à Winnipeg, où l’urgence d’agir se fait particulièrement sentir.

Selon l’Association des femmes autochtones du Canada (AFAC), le Manitoba est la deuxième province au pays, derrière la Colombie-Britannique, avec le plus grand nombre de cas de femmes autochtones disparues et assassinées.

L’AFAC estime également que plus de 80 % de ces cas sont liés à des enquêtes pour meurtre.

En tant que femme autochtone, je sais que nous pouvons vivre des situations de violence ou de danger plus que d'autres femmes, souligne Shannon Hoskie.

« J'ai l'impression que même si les 231 recommandations existent et sont claires, les institutions et les organisations gouvernementales demeurent incertaines de ce qu'elles doivent faire. »

— Une citation de  Shannon Hoskie, directrice générale de Moon Voices

Les Autochtones ne peuvent plus être les seuls à accomplir ce travail, ajoute-t-elle. Nous faisons ce travail seuls depuis trop longtemps.

Des organisations ont cessé d’attendre le fédéral pour formuler des plans d’action.

L’AFAC dévoilait justement son plan mardi, citant l'approche fondamentalement incorrecte d'Ottawa.

Du côté de Femmes autochtones du Québec, les travaux pour l’élaboration d’un plan tirent à leur fin.

On attend de pouvoir organiser une rencontre en vrai pour rassembler les familles afin de voir leur vision d'un plan d'action. Il ne nous reste que cette partie-là pour compléter notre plan d'action, assure la présidente, Viviane Michel.

Michèle Audette a confiance dans le travail accompli pour le plan d'action national.

J'ai hâte de voir, dit-elle. À l'intérieur de cette machine-là, il y a des courageux et des courageuses qui ont continué de vouloir éduquer et d'influencer.

Viviane Michel, qui a pu consulter le plan d'Ottawa avant son dévoilement, trouve que celui-ci manque de vérité.

Le plan dit reconnaître toutes les formes de violences, mais n'aborde pas la question du génocide, dit-elle. Le plan manque de vérité.

Nous avons tout de même de grandes attentes pour la suite, ajoute-t-elle. C'est le sort des femmes et de leurs familles qui les cherchent toujours dont il est question.

J'espère que le plan pourra bénéficier à l'ensemble des communautés autochtones, dit, de son côté, Shannon Hoskie.

Des solutions systémiques pour des problèmes systémiques

Un véritable changement de paradigme est nécessaire pour abolir le colonialisme qui règne au sein de la société canadienne, peut-on lire dans le rapport final de l’ENFFADA. Les idéologies et les instruments du colonialisme, du racisme et de la misogynie, passés et présents, doivent être rejetés.

Beaucoup sont prêts à faire partie de cette façon de changer les choses, constate Michèle Audette. Mais pour l'instant, c'est le statu quo dans nos institutions et nos organisations. C'est plus lent et c'est plus difficile.

Pour Shannon Hoskie, le rapport répond à des problèmes systémiques qui nécessitent des solutions systémiques.

En raison des enjeux coloniaux et systémiques qui tachent nos activités quotidiennes et les législations, ça peut être difficile pour les organisations de changer leur manière de voir les choses. Il faut changer les manières de penser, explique Mme Hoskie.

La décolonisation est également un élément important, selon Viviane Michel.

Il faut tenir compte du contexte historique, social et politique particulier afin de reconnaître le caractère unique de l'expérience vécue [par les femmes autochtones], soutient-elle.

Il faut tenir compte de l'intersectionnalité des discriminations, ajoute-t-elle. La violence envers les femmes et les filles autochtones est différente de celles d'hommes de minorités raciales. Il y a une double discrimination quand on est femme et quand on est autochtone.

Le cas du Québec

L’ENFFADA avait également produit un rapport spécifique au Québec. Viviane Michel s’étonne donc que peu d’actions aient été entreprises par le gouvernement de la province depuis 2019.

C'est trop lent, affirme Mme Michel. Y a-t-il vraiment eu du travail de fait et des changements? On est encore loin.

Ce rapport sur le Québec recommandait notamment la création d'un poste de protecteur des citoyens autochtones et que l'État rende disponibles les informations qu'il dispose sur les enfants qui ont été enlevés suite à une admission dans un hôpital.

Québec a répondu à cette dernière recommandation en déposant le projet de loi 79.

Cependant, les violences envers les femmes demeurent encore une réalité, rappelle Viviane Michel.

Il y a eu 11 féminicides depuis le début de l'année au Québec [dont celui d'une femme inuk], souligne-t-elle. Les familles et les organisations autochtones ont encore besoin d'action.

« Tout ce qu’on veut, c’est un monde au sein duquel les familles inuit, métisses et des Premières Nations peuvent élever leurs enfants dans la même sécurité et les mêmes droits que les familles non autochtones. »

— Une citation de  Viviane Michel, présidente de FAQ

On ne le demande plus, on l’exige maintenant, précise Mme Michel.

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