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Un Mois national de l'histoire autochtone consacré aux enfants

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec-Labrador nous a fait parvenir cette lettre ouverte au premier jour du mois de l'histoire des Autochtones

Gros plan de Ghislain Picard.

Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL).

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Lettre ouverte

Un texte de Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL)

L’APNQL propose de consacrer ce mois de juin, Mois national de l’histoire autochtone, aux enfants, aux erreurs historiques dont ils ont été les victimes, aux leçons de l’histoire qui n’ont pas été retenues, à une histoire qui risque de se répéter.

Enlever les enfants à leurs parents. Enlever aux enfants l’amour et l’attention de leurs communautés, de leurs familles. Enlever aux enfants leur langue, leur culture, le mode de vie de leurs ancêtres, le lien avec la nature, avec le monde qui les entoure. Enlever aux parents leur dignité de parents. L’histoire de tous ces enlèvements est maintenant bien connue, et le bilan ne cesse de s’alourdir.

C’est celle des pensionnats autochtones, des écoles de jour, de la rafle des années 60, des histoires récentes, des histoires qui laissent encore bien des séquelles et qui se perpétuent à travers le système de protection de la jeunesse.

Nous avons eu droit à des rapports très tardifs, mais très révélateurs. Nous avons même eu droit à des excuses officielles. C’était le passé, c’est loin de nous, ça ne se reproduira jamais. Et pourtant…

Il importe de saisir l’occasion de ce mois de juin pour réfléchir, collectivement, sur ce qui s’est vraiment passé. Derrière tous ces enlèvements, disparitions et décès, ces gestes posés, il y avait des intentions claires, des intentions justifiées par ceux qui les ont posés, ceux qui ont pris ces décisions, par une hiérarchie de valeurs. Il fallait remplacer les valeurs, les façons de faire de sociétés dominées par celles de la société dominante, sans prendre la peine de comprendre les systèmes de gouvernance et structures bien établies des nations.

On peut remonter dans le temps et reprendre l’histoire du colonialisme, sous toutes ses formes, mais ici, il ne s’agit pas de remonter très loin. Il est question d’une histoire très récente. Il est surtout question de voir si des traces de cette suprématie, de cette prétendue supériorité d’une société sur une autre, ne seraient pas encore présentes.

Les enfants sont ceux qui ont payé le plus durement le prix des erreurs commises. Il est plus que temps de se questionner collectivement alors que jusqu’à maintenant, un gouvernement tient absolument à imposer ses propres façons de faire en matière de protection de la jeunesse, nie et s’objecte devant les tribunaux de la capacité des Premières Nations d’établir leurs propres lois, leurs propres pratiques, encadrant nos services pour nos enfants.

Il contrevient à la Déclaration sur les droits des enfants des Premières Nations, adoptée en 2014 par les chefs de l’APNQL et appuyée par de nombreuses institutions. Celle-ci est claire : le traitement des enfants et leur bien-être relèvent de la responsabilité de l’ensemble de la communauté et de la nation.

Imposer sa hiérarchie de valeurs est le signal d’un colonialisme pernicieux qui se cache sous le couvert de l’ouverture, de l’engagement et des conversations. Une telle hypocrisie est devenue intolérable.

L’imposition de valeurs qui a fait et continue de faire tant de dégâts continue. Quoi qu’il en soit, une chose est claire : les enfants n’ont pas à en payer le prix. Il relève de notre responsabilité de persister et croire qu’un jour, la hiérarchie sera remplacée par une véritable démocratie de valeurs.

En l’honneur et en mémoire de nos enfants, de ceux qui sont partis, de ceux qui sont et de ceux qui s’en viennent, que le Mois des enfants autochtones commence.

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