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L’artiste algonquine Nadia Myre transpose ses questionnements identitaires sur scène

A Casual Reconstruction + STRIKE/THRU de Johanna Nutter et Nadia Myre est à l'affiche du MAI (Montréal, arts interculturels) du 3 au 5 juin.

Des participants placés en cercle, avec chacun un micro, lisant la pièce.

Une première version du spectacle a été présentée au Festival Phénoména, à Montréal, en 2018.

Photo : Caroline Hayeur

Maud Cucchi

Après deux décennies à explorer les possibilités de l’art visuel, Nadia Myre se tourne vers celles du théâtre. L’artiste algonquine de la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg propose un spectacle sur « les sentiments inconfortables liés au fait d'être Autochtone et/ou non-Autochtone », créé à quatre mains avec l’autrice et interprète allochtone, Johanna Nutter.

La matière première du spectacle provient de questions posées à un groupe de participants mi’kmaq rencontrés à la faveur d’une résidence artistique en Gaspésie, raconte Nadia Myre, qui les enregistre alors et décide de retranscrire leur discussion pour la transposer en pièce de théâtre... un genre vers lequel elle ne s’était encore jamais aventurée.

Il y est question de la transmission de la langue entre les générations, explique à son tour Johanna Nutter en rappelant que les gouvernements séparaient les familles selon les lignes linguistiques. Mais aussi du sentiment d’appartenance aux communautés, des défis auxquels chacune d'elles est confrontée pour être et appartenir au Québec.

S’il y a bien un thème prédominant dans l’œuvre de l'artiste contemporaine algonquine, lauréate du Prix Sobey pour les arts, c’est bien celui des rapports identitaires, l’identité d’autrui et sa propre identité qui est mixte (canadienne-française du côté paternel et algonquine chez sa mère).

Cette hybridité se transpose aussi formellement dans la volonté de proposer un spectacle interdisciplinaire où se mélangent théâtre, conte et arts visuels, avec un fort penchant pour l’interactivité.

Stimuler l'écoute

À chaque représentation, des participants volontaires non autochtones lisent (et découvrent aussi) le script des échanges informels recueillis en Gaspésie.

L’artiste multidisciplinaire algonquine Nadia Myre.

Les œuvres de l’artiste multidisciplinaire algonquine Nadia Myre sont notamment exposées au Musée des beaux-arts de Montréal, au Musée des beaux-arts du Canada, au Musée national des beaux-arts du Québec, au Musée canadien de l’histoire et au Musée des civilisations de la Ville de Québec.

Photo : Courtoisie de Nadia Myre

Cette situation d’improvisation et de mise en danger face au public stimule l’écoute, défend Nadia Myre. Chaque représentation reste ainsi unique, se réjouit l’artiste contemporaine dont les œuvres ont séduit les principaux musées nationaux et québécois.

Après quatre années de répétitions, le spectacle se déploie en deux parties complémentaires, A Casual Reconstruction + STRIKE/THR , présentées l’une à la suite de l’autre sur la scène du MAI, (Montréal, arts interculturels).

Conciliation, mais pas réconciliation

En seconde partie, STRIKE/THRU met en scène les deux conceptrices du spectacle et propose une enquête ludique sur la politique de décolonisation et sur ce à quoi pourrait ressembler un véritable acte de conciliation.

Nadia Myre préfère d'ailleurs parler de conciliation plutôt que de réconciliation, indique-t-elle, pour éviter tout euphémisme déplacé.

« La réconciliation, cela signifie que la situation allait bien au départ et s’est détériorée, puis on se réconcilie et tout va bien de nouveau. Mais je ne pense pas que ça corresponde vraiment à l’Histoire. Ce n’est pas comme si les deux parties se sont considérées à égalité, au départ. »

— Une citation de  Nadia Myre, artiste multidisciplinaire

Dans cette deuxième partie du spectacle, Johanna Nutter explique incarner la perspective du colonisateur. La force oppressive qui prend beaucoup de place sans s’en rendre compte, celle qui fait semblant d’écouter, qui essaie toujours de se replacer au centre de l’histoire.

L’interprète et autrice établie à Montréal raconte avoir été sensibilisée aux questions autochtones grâce à l’engagement militant de sa mère, une environnementaliste très active, prête à s’enchaîner à un arbre ou à faire barrage pour réclamer plus de justice.

Il y a un moment de ma vie où j’ai voulu faire plus que mettre des petits bonshommes like sur Facebook, confie-t-elle.

Les représentations sont prévues du 3 au 5 juin, ainsi qu'en webdiffusion, les quelques places en salle ayant déjà trouvé preneur.

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