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Enquête Echaquan : l’ancien PDG du CISSS ignorait qu'il y avait du racisme à l'hôpital

Des gens assistent à des audiences dans un palais de justice.

Des parents comme des connaissances de la famille Echaquan ont assisté aux différents moments de l'audience.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Prenez note que cet article publié en 2021 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L’ancien PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière Daniel Castonguay a réitéré qu'il n'a pas eu connaissance de problèmes de racisme à l’hôpital de Joliette avec la communauté atikamekw avant le décès de Joyce Echaquan, fin septembre 2020. Il était le dernier témoin pour le volet factuel de ces audiences publiques.

Plusieurs fois, Daniel Castonguay a maintenu qu’aucune situation problématique n’avait été portée à son attention. Toutefois, il ose croire qu’il y avait [du racisme], car lorsque des gens ont des attitudes comme cela, du racisme individuel... Et cela a été exacerbé par des problèmes d’attitude.

Daniel Castonguay a surtout témoigné d’un long historique de problèmes relationnels, d’incivilité et de gros problèmes de respect entre employés, mais aussi envers les patients de l’établissement. Selon lui, il y avait une minorité de gens qui ont pris trop de place et qui ont créé un climat toxique.

Son défi majeur était alors de changer cette culture et d’implanter une culture caring – de bienveillance –, ce à quoi il dit s’être attelé.

Mais cela n’avait rien à voir avec la peur témoignée par les Atikamekw d’aller au centre hospitalier régional de Lanaudière, car il ne pouvait, dit-il, déceler qu’il y avait un problème.

Selon lui, les plaintes déposées étaient anonymes, et c’est après le décès de Joyce Echaquan qu’il a demandé à ce qu’on relève les plaintes provenant d’Autochtones.

Je n’ai pas de choses à me reprocher, mais il y a des choses que j’aurais pu faire différemment [si j'avais su], a lancé Daniel Castonguay.

Commission Viens

Il a aussi précisé n’avoir pas été mis au courant de faits par Maryse Olivier, qui était directrice de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de Lanaudière lorsqu’elle a participé à la commission Viens.

À l'occasion de cette commission, une vingtaine d’Atikamekw étaient venus raconter les problèmes qu’ils rencontraient à l’hôpital de Joliette. Maryse Olivier avait alors affirmé qu’elle comptait en informer ses collègues et que des actions seraient posées, ce qu’elle a assuré avoir fait à plusieurs reprises à Daniel Castonguay. Or, celui-ci a dit ne pas en avoir de souvenir.

Le rapport du juge à la retraite Jacques Viens indiquait que les Autochtones sont fréquemment victimes de discrimination systémique lorsqu'ils reçoivent des services chapeautés par l'État québécois.

Daniel Castonguay a parcouru ce rapport en entier, mais il n’a pas lu les témoignages accablants des Atikamekw contre son hôpital.

En rétrospective, lorsqu’on a pris connaissance des témoignages, j’aurais beaucoup apprécié les connaître en temps réel; j’aurai agi différemment, dit-il.

Pourtant, selon lui, une porte était ouverte dès le début 2020 pour que la communauté lui fasse part des problèmes. Il avait en effet prévu tenir à la mi-mars 2020 un forum avec la population à Saint-Michel-des-Saints, où la communauté atikamekw était invitée à venir s’exprimer.

À cause de la pandémie, le forum a été annulé, mais Daniel Castonguay a affirmé qu'il avait indiqué au chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa, de lui faire part d'enjeux ou d’interrogations s’il en avait. M. Castonguay a précisé n’avoir reçu aucune réponse du chef ni même l'avoir rencontré.

La coroner a fait part de son étonnement que ce forum ne soit pas proposé dans la communauté.

Enfin, Daniel Castonguay a dit avoir répondu à plusieurs recommandations de la commission Viens. Il a ajouté avoir réglé le défi le plus criant quand il est entré en poste en 2015 : une ambulance à Manawan.

Par ailleurs, en 2019, Barbara Flamand, une agente de sécurisation culturelle, a été embauchée, mais Daniel Castonguay ne l’a jamais rencontrée. Il ignorait aussi toutes les difficultés qu’elle avait à faire sa place dans l’établissement, par exemple les embûches qu'elle a rencontrées pour obtenir un bureau.

Daniel Castonguay s'est aussi dit incapable de savoir si son organisme était l’employeur de Mme Flamand, ou si c’était plutôt Manawan.

Plus tôt, la coordonnatrice du personnel infirmier, Nancy Pellerin, avait lancé que deux semaines après le décès de Joyce Echaquan, le bureau de Mme Flamand n’était en fait qu’un téléphone par terre.

À la suite du décès de Joyce Echaquan, Daniel Castonguay a assuré avoir pris plusieurs mesures, notamment des rencontres avec les employés, ainsi que le lancement d’une enquête administrative et d’une autre sur les pratiques infirmières.

Débat autour du rôle d'une candidate infirmière

La question de l'utilisation des candidates et candidats à l'exercice de la profession infirmière (CEPI) a été au cœur du témoignage de celle qui était coordonnatrice du personnel infirmier à l'hôpital de Joliette au moment du décès de Joyce Echaquan.

Quand on a pris la décision de remettre les CEPI, c’était pour que les patients aient des soins, que les infirmiers soient satisfaits. Si ça a nui aux soins de Mme Echaquan, j’en suis sincèrement désolée, a dit Nancy Pellerin à la mère de Joyce Echaquan en la regardant.

Nancy Pellerin a fait des démarches pour réintroduire les CEPI, qui n’étaient plus présents à l’urgence, à la suite d’une crise du personnel. Pourtant, un règlement interne à l’hôpital ainsi que l’Ordre des infirmières mentionnent clairement qu’une CEPI de niveau collégial ne peut pas s’occuper seule de patients instables ou nécessitant des ajustements fréquents.

Or, Joyce Echaquan est restée seule pendant au moins 40 minutes peu avant son décès. Elle n'était surveillée, à travers une vitre, que par une CEPI de niveau collégial, dont la formation devait être menée à terme.

Beaucoup de témoins ont indiqué que cette aspirante au titre d’infirmière semblait justement débordée.

Après deux appels à l’Ordre des infirmières, la coordonnatrice des services infirmiers a compris qu’elle pouvait placer les candidates au poste d’infirmière où elle le voulait.

La coordonnatrice dit avoir convaincu son directeur de reprendre les CEPI à l’urgence.

Je prends le blâme [pour la décision], a-t-elle lancé.

De plus, Nancy Pellerin a reconnu que des mesures auraient pu être prises pour combattre les préjugés envers les Atikamekw, relatant des propos discriminatoires qu’elle a entendus de la part d’une infirmière.

Cependant, elle a expliqué qu’elle ignorait les conclusions de la commission Viens, pourtant déposées un an avant le décès de Joyce Echaquan. Mme Pellerin n'a pris connaissance du rapport qu’après la mort de la femme atikamekw.

Jeudi, le Dr Alain Vadeboncœur a affirmé qu'une surveillance accrue, la présence de personnel d’expérience et une réaction plus rapide auraient pu éviter le décès de Joyce Echaquan.

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