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Autochtones et allochtones luttent ensemble contre la rage au Nunavik

Un chien type husky couché sur le sol.

Le risque de transmission de la rage est beaucoup plus élevé au-delà du 55e parallèle.

Photo : Caroline Fortin

Les habitants du Nunavik sont bien plus exposés à la rage que les Québécois du sud. Les Inuit et des chercheurs de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal ont donc uni leurs forces pour lutter contre ce phénomène. Un exercice d’équilibre entre les besoins de la culture inuit et un enjeu de santé publique.

La place des chiens dans la culture inuit est désormais connue de tous. Le chien était jusqu’à récemment le seul compagnon de transport et de chasse. Sans lui, les Inuit n’auraient pu se déplacer sur le territoire. Aujourd’hui, même si le chien n’occupe plus cette place, il demeure important. Il est toujours compagnon de chasse, car il accompagne toujours les Inuit sur le territoire, explique Francis Lévesque, anthropologue à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue.

Allen Gorden, un guide touristique inuit, le confirme : Les attelages de chiens sont très liés à la culture inuit. Ils ont permis aux Inuit de faire le tour des régions arctiques et de protéger les familles des ours polaires, de trouver des phoques pour se nourrir et de transporter de lourdes charges. Ils ont toujours fait partie intégrante du mode de vie des Inuit.

Un chien allongé sur le sol.

La place du chien dans la culture inuit est encore très importante.

Photo : Caroline Fortin

Le problème, c'est que ces chiens sont fréquemment en contact avec des animaux sauvages infectés par la rage, notamment le renard arctique et le renard roux.

Comme l’explique Cécile Aenishaenslin, professeure à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, cela s’explique notamment par la destruction de l’habitat du renard et du réchauffement climatique. Les chiens deviennent une interface entre la nature et les humains, ajoute-t-elle.  

Les enfants subissent aussi le plus de morsures, notamment ceux âgés de moins de 10 ans.

Selon Cécile Aenishaenslin, c’est plutôt un  problème de contrôle de la population  qui est en cause.

Les Inuit reçoivent quatre fois plus de traitements antirabiques que les Québécois du sud de la province. Pourtant, des risques liés à la présence de chauves-souris et de ratons laveurs existent au sud du Québec, poursuit la vétérinaire.

Deux chiens attelés dans la neige.

Depuis l'automne 2020, une vétérinaire à temps plein est installée à Kuujjuaq.

Photo : Beyond Expeditions

Le danger est d’autant plus grand que la fréquence des attaques et des morsures de chiens est relativement élevée au Nunavik, les enfants représentant le groupe le plus à risque, selon des études menées par la Dre Aenishaenslin.

Entre 2000 et 2017, 62 renards morts de la rage ont été enregistrés. Parmi ces bêtes, les deux tiers provenaient du Nunavik, où la maladie est endémique, tandis que les 20 autres ont été trouvés en Abitibi-Témiscamingue et sur la Côte-Nord, selon une publication de la Faculté vétérinaire de l’Université de Montréal (UdM).

Par ailleurs, selon la Dre Aenishaenslin, tous les propriétaires de chiens ne consentent pas à attacher leur animal, ce qui leur laisse la possibilité de s’éloigner des villes. Ils comprennent le concept, mais ce n’est pas dans leurs habitudes traditionnelles. Ils pensent parfois même que c’est moins bon pour la santé du chien, poursuit la vétérinaire qui s’est rendue sur place.

Dans une récente étude, près de 80 % des personnes interrogées dans le village de Kuujjuaq ont déclaré qu’elles laissaient de temps en temps leur chien dehors en liberté.

Un renard arctique.

Les renards arctiques peuvent être porteurs de la rage.

Photo : Radio-Canada / Carl Boivin

M. Gordon est plus dubitatif. La majorité des bons propriétaires attachent leurs chiens. D'aussi loin que je me souvienne, ma mère a toujours eu des chiens et elle s'est toujours assurée qu'ils étaient attachés. J'ai 16 chiens de traîneau, à environ 5 kilomètres du village et ils sont tous attachés, pour leur bien et la sécurité de tous, dit-il.

La Dre Aenishaenslin a participé à la création d’un projet en santé animale et en santé publique pour aider les habitants du Nunavik à prévenir les infections. En 2018, la Faculté de médecine vétérinaire de l’UdM et les établissements locaux ont élaboré des stratégies pour réduire les problèmes liés à la rage. Il s’agissait d’une approche participative qui alliait les savoirs autochtones et la science occidentale.

Mélange de savoirs

L’un des principaux défis était de s’adapter à la réalité du Nord. On ne voulait pas imposer des manières de faire du Sud, indique la Dre Aenishaenslin.

L’équipe a également réalisé qu’il y avait un manque cruel d’expertise vétérinaire dans la région. Depuis l’automne dernier, la vétérinaire Nadeige Giguère est installée à temps plein à Kuujjuaq. Elle n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue.

Le village nordique de Kuujjuaq, au Nunavik, dans le Nord du Québec.

Le village nordique de Kuujjuaq, au Nunavik, dans le Nord du Québec.

Photo : Radio-Canada / Regard sur l’Arctique‏/Eilís Quinn

Les chercheurs ont aussi travaillé en partenariat avec les communautés inuit de Kuujjuarapik, les communautés crie de Whapmagoostui, innue de Matimekush-Lac John et naskapie de Kawawachikamach. Ils ont pu élaborer un programme de protection de santé animale pour lutter contre la rage, en organisant notamment des séances d’information dans les écoles.

Des vaccinateurs locaux devraient aussi être formés par l’équipe de chercheurs à Kuujjuaq.

De plus, pour mieux contrôler les populations de canidés, il faut que les propriétaires puissent facilement faire stériliser leurs chiens.

Les réseaux sociaux sont aussi utilisés pour rejoindre les habitants et les propriétaires de chiens. La page Facebook de Kuujjuamiut, par exemple, est une page où gens peuvent trouver des informations et exprimer leurs préoccupations.

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