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La mort de Joyce Echaquan aurait pu être évitée, selon le Dr Alain Vadeboncœur

On aurait dû la prendre plus au sérieux, a avoué l'infirmière-chef de l'urgence au moment des faits.

Un homme se tient debout lors d'audiences publiques dans un palais de Justice.

Carol Dubé, le conjoint de Joyce Echaquan, lors de la troisième semaine de l'enquête publique sur la mort de la femme atikamekw.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Joyce Echaquan est décédée d’un œdème pulmonaire et d’un choc cardiogénique, une défaillance aiguë de la pompe cardiaque, selon l'autopsie, mais sa mort était évitable, a affirmé l'urgentiste et témoin expert Alain Vadeboncœur.

La réponse simple est : je pense qu'on aurait pu éviter le décès.

Une citation de :Dr Alain Vadeboncœur, témoin expert

Le rapport d'expertise de 26 pages de l'urgentiste conclut que la maladie rare et grave du muscle cardiaque de Joyce Echaquan a contribué à l'apparition d'un œdème pulmonaire, donc de l'eau dans les poumons, et à un choc cardiogénique, similaire à celui qu'elle avait déjà eu en 2014.

L’autopsie a, en fait, détecté une cardiopathie rhumatismale chronique active, une maladie très rare causée par un streptocoque mal traité dans l'enfance. Le Dr Richard Fraser, qui a pratiqué l’autopsie, dit d'ailleurs n’en avoir jamais vu sur plus de 3000 examens post mortem réalisés.

Le dossier médical de Joyce Echaquan était aussi assez complexe, puisqu'elle souffrait entre autres de diabète et d'anémie. Toutefois, son état était stable et elle pouvait faire ses activités courantes, a souligné le Dr Vadeboncœur.

D'ailleurs, son état était relativement stable au cours des premières 36 heures de son hospitalisation à l'urgence de Joliette. Mais, selon lui, tout s'est joué à partir de 10 h 10 le 28 septembre 2020.

Quand elle est devenue très agitée, la cloche aurait dû sonner dans la tête du membre du personnel soignant car, a expliqué le témoin expert, cela pouvait être dû à une baisse d'oxygène et à une baisse de sucre. Joyce Echaquan était effectivement en hypoglycémie sévère.

Mais comme bon nombre du personnel soignant pensait qu'elle était en sevrage, ce qui reste une possibilité, selon Alain Vadeboncœur, Joyce Echaquan a reçu des sédatifs. Cependant, elle aurait dû être surveillée étroitement et mise sous moniteur malgré sa maladie cardiaque.

Les témoignages ont montré que cela n'avait pas été le cas. Joyce Echaquan s'est même retrouvée sans surveillance autre que visuelle, à travers des vitres, pendant 40 minutes par une candidate à l'exercice de la profession infirmière sans expérience.

C'est surtout ce qui s'est passé après 11 h 30 qui a laissé perplexe le Dr Vadeboncœur, puisqu'une stagiaire en gastro-entérologie est venue faire un examen physique de Joyce Echaquan. Cette dernière était calme, selon les notes de la professionnelle, mais difficile à éveiller.

Or, pour le Dr Vadeboncœur, elle était dans un coma profond. En effet, la fille de Joyce Echaquan a tourné une vidéo, qui est frappée d'une ordonnance de non-publication, mais dans laquelle, selon les témoins qui l'ont visionnée, dont Alain Vadeboncœur, Joyce Echaquan semble morte.

Je pensais honnêtement que la patiente était décédée dans cette vidéo.

Une citation de :Dr Alain Vadeboncœur

Et pour lui, tout médecin, infirmière ou préposée avec de l'expérience aurait dû réagir aussitôt, activer le code d'urgence, et Joyce Echaquan aurait dû devenir la priorité de l'urgence. Or, son transfert en réanimation n'est arrivé que 11 minutes plus tard, et là, c'était déjà trop tard, selon le Dr Vadeboncœur.

D'ailleurs, il n'avait rien à redire sur la qualité des soins lors de la réanimation.

Le médecin est catégorique : une surveillance accrue, à cause des nombreux sédatifs prescrits, aurait permis une reconnaissance précoce de l'état critique. De plus, il aurait fallu vérifier si Joyce Echaquan prenait bien ses médicaments régulièrement.

Enfin, la présence d'une agente de sécurisation culturelle aurait pu permettre de calmer l'anxiété de la patiente.

Alain Vadeboncœur au micro de Catherine Perrin

Alain Vadeboncœur

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

La prendre plus au sérieux

D'ailleurs, plus tôt dans la journée, l'infirmière-chef à l’urgence de l’hôpital de Joliette au moment des faits a avoué qu'on aurait dû prendre Joyce Echaquan plus au sérieux.

Josée Roch a reconnu que l’épisode de la vidéo faite en direct par Joyce Echaquan peu avant son décès peut avoir entraîné une banalisation de ce que vivait la patiente. Dans la vidéo qui a largement circulé sur les réseaux sociaux, on l’entendait appeler à l’aide, se disant surmédicamentée et recevant une pluie d’insultes.

Est-ce que c’est possible qu’on ait pu négliger ce qu’elle vivait? […] Autrement, est-ce qu’on aurait dû prendre Mme Echaquan plus au sérieux?, a questionné le médecin et coroner Jacques Ramsay, qui accompagne la présidente de l’enquête publique.

L'infirmière a répondu par l’affirmative.

Selon Josée Roch, il y a bel et bien confusion quant aux rôles de chacun à l’hôpital de Joliette, et un manque de communication.

Alain Vadeboncœur a d'ailleurs précisé que l'infirmière qui poursuivait sa formation et qui était au chevet de Joyce Echaquan au moment critique n'avait pas vraisemblablement l'expérience pour reconnaître ce qui se passait.

Selon le chimiste et toxicologue judiciaire qui a effectué des analyses pour le bureau du coroner, Joyce Echaquan était fortement médicamentée. Mais Anthony Gélinas a précisé, lors de son témoignage, que selon les résultats d’analyses après le décès, elle n’était pas narcodépendante. La majorité des substances étaient dans sa liste de médicaments et dans des concentrations thérapeutiques.

La majorité des témoins avaient pourtant dit avoir pris des décisions et fait les soins en ayant à l'esprit qu'elle était possiblement en sevrage.

Le gastro-entérologue avait d'ailleurs conclu que l'état clinique de la patiente rappelait un tel état de privation.

Une formation en sécurisation culturelle peu fréquentée

En avril 2019, seulement entre cinq et sept personnes sur environ 180 infirmières et infirmiers de l’hôpital de Joliette ont assisté à une formation donnée par un infirmier de Manawan sur la sécurisation culturelle. Ce qui aurait dû mettre la puce à l'oreille de l'infirmière-chef de l'époque que quelque chose clochait.

À peu près tous les témoins qui se sont présentés à la barre lors des audiences publiques sur le décès de Joyce Echaquan ont réclamé vouloir davantage de formation en sécurisation culturelle.

Or, en 2019, à peine 3 % des participants conviés y ont assisté, dont Josée Roch, l’infirmière-chef aux urgences en poste au moment de la mort de Mme Echaquan.

Les participants étaient pourtant payés pour suivre la formation.

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