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Enquête sur la mort de Joyce Echaquan : « Ben non, c’est elle qui m’a dit ça! »

Des témoins continuent de se contredire lors de l'enquête publique sur Joyce Echaquan.

Un homme prend des notes.

Carol Dubé, le conjoint de Joyce Echaquan, prend des notes lors de la troisième semaine de l'enquête publique sur la mort de la femme atikamekw.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Après huit jours d’audiences publiques sur la mort de Joyce Echaquan et le témoignage de 24 membres du personnel de l’hôpital de Joliette, les témoins continuent de se contredire, et l'objectif de faire la lumière sur le décès de cette femme atikamekw en septembre 2020 semble loin d'être atteint.

Moi, ce qui me bouleverse, c’est que si on n’avait pas eu cette vidéo, est-ce qu’on aurait cru la famille, a lancé la présidente de l’enquête, la coroner Géhane Kamel, après avoir relevé une nouvelle contradiction entre des témoignages. 

En effet, la cheffe de service des urgences à l'hôpital de Joliette au moment des faits, Josée Roch, est venue affirmer que l’infirmière congédiée a, à deux reprises, soutenu n’avoir rien à se reprocher. 

Lors de son témoignage la semaine passée, cette infirmière, qui a tenu des propos dégradants entendus dans la vidéo en direct de Joyce Echaquan peu avant son décès avait dit avoir rencontré sa supérieure, mais que celle-ci lui aurait indiqué, après le décès, de ne pas s’inquiéter, car on ne la reconnaissait pas. 

Apprenant cela, Josée Roch s’est montrée offusquée à la barre et a affirmé : Ben non, c’est elle qui m’a dit ça!.

Son témoignage doit reprendre jeudi.

Plus tôt dans la journée, le coroner médecin Jacques Ramsay, qui accompagne Géhane Kamel, a lui aussi fait part du même sentiment.

On essaie, nous autres, de comprendre. On a trois histoires et ce n’est pas simple.

Une citation de :Le coroner médecin Jacques Ramsay

En effet, en raison de son témoignage décousu et confus, l'assistante de Josée Roch, une infirmière qui porte le titre d'assistante du supérieur immédiat (ASI), a été talonnée pendant trois heures, notamment par Jacques Ramsay. En matinée, un infirmier avait affirmé avoir parlé directement à la cheffe de service plutôt que de passer par son assistante.

Une témoin avait déjà mis en cause l'ASI pour avoir refusé d’envoyer Joyce Echaquan en réanimation dès 10 h du matin.

L'ASI s’est justifiée en disant ne pas avoir eu, à ce moment, le portrait complet de l’état de Mme Echaquan, notamment ne pas avoir été au courant de ses deux chutes ni de l’administration de 5 mg d’Haldol, un médicament contre l’agitation. De plus, elle était certaine que Joyce Echaquan était sous moniteur.

Elle a affirmé que si elle avait eu ces éléments d'information, elle aurait envoyé la patiente directement en réanimation en raison des risques de chute de pression liés à l’Haldol. 

Mais, à la place, elle a maintenu que la réponse à la situation au moment des événements était de trouver une personne qui pouvait s'occuper exclusivement de surveiller la patiente à son chevet.

Elle dit avoir cherché une préposée aux bénéficiaires pour le faire. Celle qui était sur le plancher avait refusé, puisque débordée avec 50 patients pour elle toute seule.

L’ASI s’est même demandé pourquoi l’infirmière jumelée avec une candidate à l'exercice de la profession infirmière (CEPI) n’a pas pris la décision d’envoyer Joyce Echaquan en réanimation tout de suite. Selon elle, n’importe quelle infirmière aurait pu le faire. 

L'ASI a aussi affirmé que cette infirmière, qui est celle qui a été congédiée, s’est investie beaucoup dans cette situation, mais qu'une fois qu’elle était en faute, elle s’est libérée et a abandonné la CEPI

Contradictions sur la charge de travail

Des contradictions ont aussi été relevées à propos de la journée du 28 septembre 2020. Plusieurs témoins ont dit qu'ils étaient en surcharge de travail, mais l'ASI a affirmé qu'il n'y avait pas de manque de personnel et qu'ils n'étaient donc pas débordés.

Pourtant un infirmier qui a témoigné le matin a indiqué que le décès de Joyce Echaquan pourrait être attribuable à une forme de rupture de services à cause du manque de personnel, d'une urgence bondée et d'une candidate à l'exercice de la profession infirmière débordée et peu expérimentée.

Le rôle de la CEPI et la supervision dont elle faisait l'objet ont d'ailleurs longtemps été abordés. En effet, la CEPI, quasiment sans expérience, s’est retrouvée seule responsable de Joyce Echaquan, alors que normalement elle ne pouvait pas s’occuper de patients instables. Il semble aussi que, selon un règlement interne à l'hôpital de Joliette, elle n'aurait même pas été autorisée à travailler à l'urgence.

L’ASI a rejeté la faute sur plusieurs personnes et a même dit avoir appris plusieurs informations sur le rôle du CEPI lors de son témoignage à l’enquête publique. La cheffe de service, Josée Roch, a aussi commencé à être questionnée sur la présence de la CEPI lors des événements.

Les mots ne tuent pas, dit un infirmier

Face à la situation et à une CEPI débordée à qui on refusait la surveillance de Joyce Echaquan, un infirmier a expliqué être passé outre l'ASI pour intervenir directement auprès de la cheffe infirmière, car il était mécontent de la situation.

Venu à la barre avec son uniforme de travail vert pour marquer sa fierté pour son emploi, l'infirmier, qui travaille aux urgences de l’hôpital de Joliette depuis une vingtaine d’années, a précisé que lorsqu'il passe outre une supérieure, c'est pour sauver une vie.

La cheffe de service, Josée Roch, lui aurait répondu de ne pas s’inquiéter, car elle était au courant de la vidéo prise par Joyce Echaquan en direct peu avant son décès et dans laquelle elle se fait insulter. Mais cette réponse ne lui a pas suffi et il a répliqué que la patiente n'était pas, selon lui, à la bonne place.

Sa supérieure lui aurait alors demandé : Qu’est-ce que tu veux que je fasse? Elle a démissionné de son poste peu après le décès de Joyce Echaquan.

Ça ne prend pas une débutante, ça prend une infirmière.

Une citation de :L’infirmier à propos de la CEPI qui s’est retrouvée en charge de Joyce Echaquan

L’infirmier a été submergé par l’émotion quand il a parlé de l’infirmière congédiée qui a tenu des propos insultants dans la vidéo.

Selon lui, son amie s’excuse tout le temps, est démunie et même à ramasser à la petite cuillère. Il a affirmé qu’elle a sauvé des dizaines et des dizaines de vies dans sa carrière.

Néanmoins, en entendant les propos dans la vidéo, l’infirmier s’est dit découragé et en désaccord avec les mots entendus. Pour lui, ce sont des propos inadmissibles et une personne qui les prononce devrait être retirée de son milieu de travail.

Mais je sais que des mots, ça ne tue pas les gens!, a-t-il affirmé. 

Mais ça tue la confiance? lui a demandé la procureure Julie Roberge. Ce à quoi le témoin a répondu par l'affirmative.

L’infirmier a aussi résumé, comme quasiment tous les autres témoins faisant partie du personnel soignant, les problèmes de manque d’effectifs, de surcharge et de conditions de travail dans les hôpitaux, en comparant le centre hospitalier à une chaîne de production. Il faut que ça roule!

L’année dernière, on a soigné 66 000 personnes, on n’a pas eu 66 000 problèmes par la suite. Je suis fier de mon travail, je suis fier de mes collègues, a-t-il lancé, expliquant que des collègues sont victimes de stigmatisation sur les réseaux sociaux, y compris par d’autres membres du personnel soignant.

Toutefois, il a affirmé qu'un cas similaire à celui de Joyce Echaquan survenu un ou deux mois auparavant aurait été rapporté par une collègue.

Depuis les événements, absolument rien n’a été mis en place pour qu’une telle situation ne se reproduise plus, selon l’infirmier.

Avant de quitter la barre, il a transmis à la coroner une liste de 25 recommandations.

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