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Hôpital de Joliette : plusieurs plaintes déposées par des Autochtones depuis 2015

L’ancienne agente de liaison autochtone de l'hôpital de Joliette n’avait d’ailleurs ni de bureau ni reçu de formation sur le processus pour remplir une plainte d’un patient.

L'entrée principale de l'hôpital de Joliette, devant laquelle se trouve un stationnement. Un drapeau du Québec flotte au-dessus du stationnement.

Le Centre hospitalier régional de Lanaudière, à Joliette, est la cible de critiques depuis la mort de Joyce Echaquan.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Anaïs Brasier

Un document déposé mardi après-midi aux audiences publiques sur la mort de Joyce Echaquan et obtenu par Radio-Canada révèle que le commissariat aux plaintes et à la qualité des services du CISSS de Lanaudière a reçu au moins 11 demandes d'Autochtones entre le 1er avril 2015 et le 12 mai 2021.

Le commissaire aux plaintes et à la qualité des services du Centre intégré de santé et de services sociaux de Lanaudière a répertorié toutes les demandes déposées par des Autochtones depuis le 1er avril 2015. Sur les 20 demandes, 11 visent le Centre hospitalier régional de Lanaudière, aussi connu comme l'hôpital de Joliette, où est morte Joyce Echaquan en septembre dernier.

Les autres plaintes concernent soit la Direction de la protection de la jeunesse, le siège social CJL, le CLSC de Joliette ou le Centre d’hébergement Sylvie-L'espérance.

En janvier, le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa, affirmait déjà qu’une cinquantaine de plaintes avaient été déposées au cours des dernières années. Mais elles avaient été rejetées, a-t-il indiqué. C’est pour ça que les gens [de la communauté] n'ont plus confiance.

Voici les plaintes ou les demandes d'intervention visant l'hôpital de Joliette :

  • 10 novembre 2015 : Plainte pour relations interpersonnelles / discrimination-racisme / commentaires discriminatoires
  • 22 février 2018 : Plainte médicale pour jugement professionnel
  • 3 mai 2019 : Plainte pour relations interpersonnelles / discrimination-racisme / gestes offensants
  • 29 mai 2019 : Plainte pour relations interpersonnelles / discrimination-racisme / autre
  • 9 octobre 2020 : Plainte pour relations interpersonnelles / communication / attitude / manque d'empathie / organisation du milieu et ressources matérielles / règles et procédures du milieu / présence de règles et procédures
  • 13 octobre 2020 : Plainte médicale pour évaluation et jugement professionnels (soins inadéquats)
  • 18 mars 2021 : Intervention pour maltraitance (loi) / par un proche ou un tiers / maltraitance physique / violence
  • 22 mars 2021 : Intervention pour organisation du milieu et ressources matérielles / règles et procédures du milieu / connaissance des règles / droits particuliers / droit à l'information / sur l'état de santé
  • 24 mars 2021 : Plainte médicale pour soins et services dispensés / décision clinique / évaluation et jugement professionnels / relations interpersonnelles / communication / attitude / commentaires inappropriés
  • 25 mars 2021 : Intervention pour droits particuliers / droit de recours
  • 31 mars 2021 : Plainte médicale pour soins et services dispensés / décision clinique / évaluation et jugement professionnels

Une agente de liaison comme bibelot, sans bureau ni formation

Mardi, Barbara Flamand, l'ancienne agente de liaison autochtone de l'hôpital de Joliette, a aussi confirmé dans son témoignage pour l’enquête publique que les patients qu’elle accompagnait se plaignaient.

« Il n’y en a pas un qui m’a dit qu’il était bien traité. Chaque personne que j’ai accompagnée, il y avait toujours des plaintes. »

— Une citation de  Barbara Flamand, ancienne agente de liaison autochtone de l'hôpital de Joliette

Elle assure n'avoir jamais déposé de plainte pour un patient ni n’avoir rempli de formulaire. Même lorsqu'elle essayait, elle n'arrivait pas à terminer le processus.

Le problème, explique Barbara Flamand, est qu’elle n’avait pas de bureau durant une partie des deux années passées à l’hôpital de Joliette et cela lui compliquait la tâche pour travailler et écrire des plaintes. Elle n’a, par ailleurs, jamais reçu de formation sur le processus de plainte, ni n’a été présentée aux membres du personnel soignant à son arrivée en poste.

Elle devait flâner dans l’hôpital pour trouver des patients atikamekw, car elle était très peu interpellée.

Plusieurs membres du personnel soignant ont d’ailleurs indiqué lors de leur témoignage aux audiences publiques sur la mort de Joyce Echaquan ne pas connaître Mme Flamand ou, s’ils la connaissaient, ne jamais avoir fait appel à l’agente de liaison. Une infirmière a précisé avoir tenté de la contacter, mais Mme Flamand était, selon elle, difficilement joignable.

Le coroner et médecin Jacques Ramsay, qui accompagne la présidente de l’enquête publique, a exprimé avoir retenu de son témoignage qu’elle avait été mise là comme une espèce de trophée mais dans le fond, il n’y avait aucun leadership pour que son travail soit véritablement efficace.

Pour Géhane Kamel, c’est un rendez-vous manqué, car (elle avait) un poste en or pour établir les ponts, mais dans ces conditions, c’était difficile. Elle a même indiqué que Mme Flamand était comme un bibelot, mais avec un cœur qui sort du marbre.

Après la mort troublante de Joyce Echaquan, celui qui était alors PDG du CISSS de Lanaudière a affirmé être consterné par les faits. Daniel Castonguay a dit ignorer les problèmes de mauvais traitements et de propos racistes envers les membres de la communauté de Manawan dans les services publics au Québec, plus précisément à l’hôpital de Joliette. Il a toutefois été licencié depuis.

Mme Flamand a aussi relaté ne pas se sentir la bienvenue quand elle accompagnait les patients et qu'on lui demandait même parfois de sortir de la salle. Le jour du décès de Joyce Echaquan, on lui aurait interdit l’accès et elle a dit avoir dû se faufiler par une porte quand une infirmière sortait pour pouvoir aller voir ce qui se passait.

Ce document a été déposé mardi après-midi, lors de la troisième semaine des audiences publiques visant à faire la lumière sur la mort de Joyce Echaquan. La jeune femme atikamekw de Manawan est décédée le 28 septembre 2020 à l'hôpital de Joliette, après avoir diffusé une vidéo en direct dans laquelle on peut entendre des membres du personnel soignant l'insulter.

Lors de la seconde semaine de ces audiences, des infirmières et des médecins ont nié avoir entendu des propos désobligeants à l'égard des patients autochtones à l'hôpital de Joliette, où Mme Echaquan a passé ses derniers jours; ce à quoi la coroner a répondu : Je ne crois pas ça.

Des infirmières les ont d'ailleurs contredits mardi, confirmant avoir déjà entendu des préjugés sur les Atikamekw à l'hôpital de Joliette.

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