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Les dernières heures de la vie de Joyce Echaquan, selon les témoignages

ATTENTION : ce résumé chronologique est approximatif et basé sur les témoignages offerts jusqu’à présent durant les deux semaines d'audiences publiques sur la mort de Joyce Echaquan. D’autres témoins doivent se présenter jusqu’au 3 juin.

Une vigile s'organise en mémoire de Joyce Echaquan, décédée lundi dans un centre hospitalier de Joliette.

Joyce Echaquan est décédée sous les insultes racistes du personnel médical, le 28 septembre 2020, au centre hospitalier de Joliette.

Photo : Image tirée de Facebook

Six jours d’audiences, 26 témoins, dont 18 sont des membres du personnel de l’hôpital de Joliette, où est décédée Joyce Echaquan le 28 septembre dernier. Et pourtant, beaucoup de zones d’ombres persistent et de la confusion, voire plusieurs contradictions, ont été relevées lors de cette enquête publique menée par la coroner Géhane Kamel. Voici un retour chronologique des événements selon ces témoignages.

Le 26 septembre 2020, Joyce Echaquan part en ambulance, après plusieurs semaines de douleur au ventre, vers le centre hospitalier régional de Lanaudière.

Ce n’est pas son premier séjour à l’hôpital de Joliette. Elle y va régulièrement, même si elle en a peur, selon ses proches. Elle souffre d'insuffisance cardiaque et porte un pacemaker-défibrillateur, également d’anémie, d’un trouble de la personnalité limite, et elle a un antécédent d’accident vasculaire cérébral.

Le 27 septembre, la veille de sa mort, Joyce Echaquan passe la journée à l'hôpital, avec, toujours, sa douleur au ventre. Lorsque le gastro-entérologue Jean-Philippe Blais l'évalue une première fois, elle est calme.

En début d'après-midi, la candidate à l'exercice de la profession infirmière (candidate à l'exercice de la profession infirmière) se fait dire qu’elle est présente pour un sevrage (aucun médecin n’a alors conclu à ce diagnostic). Joyce Echaquan lui aurait dit consommer du pot. Elle est toujours calme, mais son état varie et elle devient agitée.

À tel point que l'état clinique de la patiente rappelle au Dr Blais un état de sevrage, un manque de médicaments. Joyce Echaquan aurait dit avoir pris de la médication. Dans la journée, il lui prescrit morphine et Ativan et demande à ce qu'elle subisse une coloscopie pour le lendemain. Une consultation avec le Centre de réadaptation en dépendance est aussi demandée.

Les témoignages diffèrent sur l’interprétation par le personnel de l’agitation de la patiente, à savoir si c’est réel, simulé ou amplifié. Néanmoins, elle est mise sous contention, à sa demande, selon une infirmière, pendant une heure en fin de journée.

À 22 h 10, elle est cependant calme, alerte et réveillée.

28 septembre 2020 entre minuit et 9 h : une nuit tranquille

La nuit se passe bien, la patiente est très calme, selon deux infirmières. Au petit matin, elle est même détendue, joviale.

Vers 8 h 30, la Dre Jasmine Thanh rencontre la patiente, qui est toujours calme. Elle lui aurait dit qu’elle a elle-même demandé les contentions, parce qu’elle se met à crier et à s’agiter lorsqu’elle est en sevrage et qu’elle ne se sent plus elle-même. La relation est cordiale, selon les souvenirs de la docteure.

La stagiaire en gastro-entérologie, la Dre Jasmine Grégoire-Slight, voit aussi Joyce Echaquan, qui a des tremblements, mais ils ne lui semblent pas forcément crédibles.

La belle-soeur de Joyce Echaquan, Jemima Dubé, assure toutefois qu’elle l’appelle pour lui demander de venir la sortir de là, qu’elle a peur.

Le personnel prend alors le poids de la patiente. Elle fait 92,2 kg, ce qui étonne l’avocat de la famille puisque, la veille, elle faisait 87,09 kg. Elle aurait pris 5,2 kg en quelques heures. La Dre Thanh a justifié cette erreur par un poids de référence et donc non réel inscrit la veille. Les deux coroners sont sceptiques sur ce point, car le poids est mentionné avec précision.

Le Centre hospitalier régional de Lanaudière (CHRDL).

Le Centre hospitalier régional de Lanaudière, à Joliette, dans lequel Joyce Echaquan a passé les dernières heures de sa vie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

De 9 h à 10 h 25 : de plus en plus agitée

Vers 9 h 15, il semble que la patiente veuille quitter l’hôpital. Elle envoie notamment un message où elle indique pour la deuxième fois ce matin-là, selon la retranscription de la Sûreté du Québec (SQ), avoir été attachée parce qu’elle a dit être en sevrage.

S'ensuit un enchaînement confus. Vers 9 h 50, Joyce Echaquan devient agitée, crie et gémit. La justification du sevrage est encore mentionnée.

Peu après, Joyce Echaquan fait une première chute, qu’une témoin qualifie d’intentionnelle, mais se ravise; la chute aurait finalement pu être accidentelle. Plusieurs témoins ont avoué que des collègues pensaient qu’elle jouait la comédie à certains moments de la matinée.

À 10 h 16, la patiente crie toujours, mais ne se débat pas et ça s’est calmé un peu, dit une témoin. La Dre Thanh dit être prévenue de cris d’agitation – non de douleur – et que la patiente demande à être mise sous contention. La médecin prescrit alors une contention chimique avec 5 mg d’Haldol et, si nécessaire, une contention physique avec une surveillance étroite.

10 h 25 à 11 h 15 : contentions chimique et physique et vidéo virale

Joyce Echaquan, faisant peur aux patients plus âgés, selon des témoins, est transférée peu après 10 h 25 dans une pièce vitrée. La cousine de Mme Echaquan, Paméla Dubé, aussi hospitalisée, dit entendre Joyce Echaquan crier le nom de son conjoint et appeler à l’aide. Selon Mme Dubé, le personnel aussi demande de l’aide. Puis elle n’entend plus sa cousine, car elle est transférée.

Juste avant le transfert, l’attitude de Mme Echaquan varie, selon les témoins. Elle ne semble pas là. Pour l’une, elle se cogne la tête sur le mur, pas assez fort pour se blesser, mais pour dire qu’elle avait une détresse. Pour l’autre, elle est assise les jambes croisées dans son lit et se berce. Joyce aurait demandé son cellulaire, ne crie plus, mais est toujours agitée.

Vient alors le moment de l’injection d’Haldol, un médicament contre l’agitation. L’heure exacte n’est pas claire, entre 10 h 20 et 10 h 30. Mme Echaquan est calme et présente même sa fesse pour recevoir l’injection.

L’Haldol ne fait pas effet immédiatement. Selon une infirmière, l’installation d’un moniteur aurait été nécessaire. Là encore, les avis divergent sur ce point. Tout comme ils divergent sur les effets de l’Haldol sur les personnes qui ont des problèmes cardiaques.

À 10 h 27, Joyce Echaquan commence sa vidéo en direct sur Facebook, selon la SQ.

Une femme dans un lit d'hôpital.

Joyce Echaquan s'est filmée avec son téléphone cellulaire et a lancé des appels à l'aide, en direct sur Facebook.

Photo : Facebook

Segments de la transcription de la vidéo faite par le sergent-enquêteur Martin Pichette

*Attention, certains propos et termes utilisés de la transcription pourraient choquer les lecteurs.

  • Ni cta ni akohikon : Ça me fait mal

  • Carol pe ntamici : Carol, viens me voir

  • Ni taci sa micta mackikikatakoiin : Ils sont en train de me surdoser de médicament

  • Wipatc tca : Faites ça vite

(...)

  • 3 min 59 : On va la laisser à terre un peu, hein.

  • 4 min 21 : On va s’occuper de toi. Je pense que tu as de la misère à t’occuper de toi là. Faque on va le faire à ta place, OK?

  • Asti d’épaisse de tabarnouche..

  • Ça là, c’est mieux mort ça.

(...)

  • 5 min 25 : patiente se met à gémir fort. 

  • T’as-tu fini de niaiser là! T’as-tu fini là… Câlisse.

  • Joyce : Si tu étais à ma place là.

  • Heille t’es épaisse en câlisse

  • Joyce : J’aime pas ça qu’on me dise que je niaise là-dessus.

  • Ben t’as fait des mauvais choix, ma belle

  • Qu’est-ce qu’ils penseraient, tes enfants, te voir comme ça? 
  •  Joyce : C’est pour ça que je suis venue hier.

  • Ben meilleur pour fourrer que d’autres choses ça… hein

  • Surtout que c’est nous autres qui paient pour ça..

  • 6 min 09 : Joyce gémit fort.

  • Son esti de cell là.

Vers 10 h 45, selon des témoins, la patiente chute une seconde fois en se rendant à la salle de bain. Les témoins se contredisent. Certains la disent agitée, d’autres, calme.

On ne sait pas exactement à quelle heure l’infirmière découvre avoir été filmée, mais elle prend le téléphone, arrête puis efface l’enregistrement.

L’infirmière et la préposée aux bénéficiaires entendues dans la vidéo disent procéder à la contention physique entre 10 h 50 et 11 h. Là encore, les témoignages divergent.

Selon les versions, Joyce résiste beaucoup ou se laisse faire, mais se pince le ventre de douleur.

Selon une préposée, l’infirmière paniquait un peu et a dit avoir effacé la vidéo. Mme Echaquan ne se débat pas et marmonne doucement.

L’infirmière part ensuite dîner. La candidate à l’exercice de la profession infirmière (candidate à l'exercice de la profession infirmière) se retrouve seule avec une dizaine de patients, soit le double de ce qu'elle avait plus tôt. Personne n’assure étroitement la surveillance de Joyce Echaquan, toujours sous contention chimique et physique, contrairement à la procédure. Au moins trois patients instables sont sous la responsabilité de la candidate à l'exercice de la profession infirmière.

Quelques minutes plus tard, elle voit à travers la porte la patiente avec la contention, le faciès détendu, qui est calme.

De 11 h 15 à 12 h 45 : le décès de Joyce Echaquan

Entre 10 h 50 et 11 h 30, heure à laquelle la fille de Joyce Echaquan arrive, sa mère est toujours seule, sous contention.

Marie Wasianna Echaquan Dubé constate qu’elle est froide et ne sent pas son souffle quand elle s’approche.

Entre 11 h 30 et 11 h 35, la stagiaire en gastro-entérologie, la Dre Jasmine Grégoire-Slight, veut faire signer à la patiente un document de refus de traitement, ce qu’elle ne fait finalement pas, puisque Joyce Echaquan est sous contentions physique et chimique, une information qu’on ne lui aurait pas mentionnée.

La Dre Grégoire-Slight fait alors un examen physique, dit sentir sa respiration, son pouls et sa chaleur, mais qu’elle est difficilement éveillable. Elle attribue cela au médicament.

Ensuite, c’est la confusion quant à la réanimation : qui la demande et quand?

La candidate à l'exercice de la profession infirmière affirme s’être fait refuser plusieurs fois pendant dix minutes le transfert en réanimation de la patiente, sa supérieure mentionnant un manque de place. Elle s’y rend elle-même pour vérifier et découvre qu’ils sont prêts, mais qu'ils doivent nettoyer la place.

Il est environ 11 h 45.

Une préposée voit la civière partir pour la réanimation vers 11 h 55. Elle affirme avoir dit deux fois, à voix haute : Elle a l’air morte.

La Dre Thanh confirme recevoir un appel et ordonner l’envoi en réanimation.

Elle dit avoir eu le temps de traverser, à la course, une partie de l’hôpital et arriver en réanimation avant la patiente.

Les manœuvres débutent autour de midi et il y a confusion à savoir si les contentions ont bel et bien été enlevées. La famille affirme que ce n’est pas le cas, contrairement à la Dre Thanh.

Environ 45 minutes plus tard, la Dre Thanh arrête les manœuvres et annonce le décès de Joyce Echaquan à sa famille.

Selon l’infirmière congédiée, vers 12 h 45, sa supérieure lui demande si c’est elle qui a tenu les propos dans la vidéo.

La supérieure l’aurait rassurée en lui disant qu’on ne la reconnaissait pas et aurait affirmé que ce n’était pas de sa faute, car Mme Echaquan avait une fraction d’éjection de 10 % (une maladie cardiaque). L’infirmière aurait répondu : Ça aurait été le fun que je le sache.

Suite des audiences

Difficile donc, pour l’instant, de connaître avec exactitude le déroulement des événements et de saisir dans quel état d’esprit était réellement Joyce Echaquan durant les dernières heures de sa vie. Les audiences reprennent mardi, et de nombreux autres témoins sont appelés à raconter leur version des faits, afin d’aider la coroner Géhane Kamel à comprendre de quoi est morte la mère de sept enfants.

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