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Affaire Echaquan : la préposée congédiée affirme avoir agi dans la bienveillance

L'admission de Joyce Echaquan en réanimation a été refusée à plusieurs reprises.

Des objets à l'effigie de Joyce Echaquan, comme une robe traditionnelle atikamekw, sont déposés sur la table d'une salle d'audiences du palais de Justice de Trois-Rivières.

Sur la table attitrée de la famille de Joyce Echaquan, des objets l'effigie de cette dernière ont été déposés.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Pour la motiver à se ressaisir. C’est la raison pour laquelle la préposée aux bénéficiaires a affirmé avoir lancé à Joyce Echaquan, peu avant son décès : « T’as fait de mauvais choix, ma belle. Qu’est-ce que tes enfants penseraient de te voir comme ça? ». Ce témoignage de la préposée, que l’on entend dans la vidéo filmée en direct par la femme atikamekw, a marqué la cinquième journée de l’enquête publique.

C’était un moment attendu car, tranquillement, depuis le début de la semaine, les témoignages du personnel soignant se rapprochaient de l’heure et des minutes avant le décès de Joyce Echaquan. Une heure et quart avant d'être emmenée en réanimation, elle s’est filmée en direct sur Facebook, appelant à l’aide et se disant surmédicamentée.

La témoin, qui a perdu son emploi depuis les événements et dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication, a répété à plusieurs reprises avoir agi et parlé avec bienveillance.

Ce n’est pas crédible, quand on entend la vidéo plus tard, c’est tout sauf de la bienveillance, a lancé la présidente de l’enquête Géhane Kamel, ordonnant dans la foulée que la vidéo soit jouée dans son intégralité. 

Dès les premières minutes, la famille de Joyce Echaquan s’est effondrée. Le chef de Manwan, Paul-Émile Ottawa, et le grand chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, se sont alors levés pour poser chacun une main sur les épaules de Carol Dubé, le conjoint de Joyce Echaquan, en sanglots.

La témoin a néanmoins réitéré qu’elle n’avait qu’essayé de raisonner la patiente et qu’elle cherchait une motivation pour elle. Selon cette préposée aux bénéficiaires, son intention était bonne. Si j’ai été maladroite, je suis vraiment désolée. Elle a admis toutefois avoir eu des propos infantilisants.

Ces propos, a-t-elle précisé, n’étaient pas teintés de préjugés racistes, mais étaient liés davantage au niveau de la consommation de Joyce Echaquan. Car deux infirmières lui ont dit qu’elle était en sevrage.

Depuis trois jours, la coroner continue de revenir sur ce point : On a étiqueté cette dame dès le début et ça s’est rendu jusqu’à vous, pour que vous lui disiez ça.

La témoin a aussi avoué que la patiente était traitée comme quelqu'un qui revenait souvent et faisait la comédie. Plusieurs témoins ont d'ailleurs affirmé que Joyce Echaquan était connue des membres du personnel et que certains prenaient à la légère la situation ce jour-là.

Des demandes en réanimation refusées

Une candidate à l'exercice de la profession d'infirmière a d'ailleurs affirmé avoir demandé plusieurs fois en dix minutes le transfert en réanimation de Joyce Echaquan. La femme atikamekw est restée sans surveillance étroite, malgré la contention, pendant au moins 40 minutes, ce qui est contraire à la règle.

L’excuse que me donnait [ma supérieure], c’est qu’il n’y avait pas de place en salle de réanimation pour y amener Mme Echaquan.

La témoin a dit s’être alors déplacée pour vérifier. Ils m’ont dit qu’ils étaient prêts, le temps de nettoyer une place.

Un délai de 10 minutes était nécessaire avant que le tout soit prêt pour accueillir la patiente.

Auparavant, Joyce Echaquan est restée seule pendant environ 40 minutes, malgré la contention qui lui a été faite parce qu'elle avait chuté deux fois de sa civière, une pratique très rare. Normalement, dès l’application de la contention, un patient doit être accompagné et surveillé étroitement.

La jeune femme, très émotive, a affirmé avoir demandé une telle surveillance et en avoir effectué une visuellement car elle était débordée. Sa collègue étant partie dîner, elle s'est retrouvée avec le double de patients, dont certains instables, pourtant une candidate à l'exercice de la profession d’infirmière (CEPI) ne peut pas avoir la charge d’un patient qui devient instable, a précisé la témoin.

Vers 11 h 30, la fille de Joyce Echaquan est arrivée.

Cinq minutes plus tard, l'infirmière qui terminait alors sa formation dit être allée voir Joyce Echaquan, qui avait les yeux fermés, un pouls perceptible et léger, mais qui ne répondait pas vraiment aux stimuli. Constatant cela, elle a redemandé une surveillance étroite, mais aussi l'admission en réanimation.

La coroner Géhane Kamel a déclaré à la jeune femme, en larmes : On vous a confié une patiente qui nécessitait des soins [...] vous débutez. Vous deviez être accompagnée et on vous a laissée seule.

L’avocat de la famille de Joyce Echaquan a tenu à lui faire savoir que ses clients ne lui en voulaient pas personnellement. Ils comprennent que vous avez été prise dans un contexte difficile sans le soutien adéquat.

L'état de Joyce Echaquan s'est détérioré rapidement

Un peu plus tôt dans la journée, une préposée aux bénéficiaires avait indiqué que l'état de Joyce Echaquan s'était détérioré rapidement. Elle était passée d'une personne qui collabore pour recevoir une injection, car elle était très agitée, à une patiente qu'elle retrouve presque inerte et qui est attachée à son lit. C'est ce bout-là que je n'ai pas.

Une infirmière aurait alors crié : Crisse, elle nous a filmées, j’ai effacé la vidéo. Ce qu'a confirmé une autre témoin.

La préposée dit avoir aussitôt averti sa supérieure que des collègues ont été filmées, puis avoir continué son travail avec d’autres patients. Elle a ensuite entendu une collègue lui dire qu'il fallait emmener Joyce Echaquan en réanimation.

Ça n’allait pas bien, la patiente ne respire plus, pense alors la préposée. La fille de Joyce Echaquan assiste à la scène. À ce moment, c’est le chaos à l’urgence, et les alarmes sonnent de partout, rapporte la préposée.

Elle dit s’être retrouvée seule et avoir dû prendre des décisions, puis avoir reçu des reproches de sa supérieure à la suite du décès de Joyce Echaquan, après 45 minutes de tentative de réanimation.

Elle m’aurait donné une claque dans la face que ça aurait été moins pire. Elle venait de me reprocher mon travail que je fais avec cœur et âme depuis 20 ans, a-t-elle affirmé.

La préposée aux bénéficiaires a aussi lancé un cri du cœur très émotif, indiquant que depuis les événements, le fossé qui existait déjà s'est encore plus creusé. Eux ont peur de nous, et nous, on a peur d’eux.

C’est désolant, ça a pris la mort de quelqu’un pour qu’il y ait quelque chose qui bouge, mais ça fait longtemps qu’on en parle, a-t-elle affirmé.

Le malaise créé par la barrière linguistique était, selon elle, connu depuis longtemps à l’hôpital de Joliette. Une autre témoin a rapporté avoir entendu des préjugés comme : Ce sont des alcooliques et il y a beaucoup de viols et de violence dans la communauté.

Ils ont besoin d’avoir des soins, pas d’avoir peur, a lancé une témoin.

L'enquête devrait entendre une cinquantaine de témoins au total d'ici le 2 juin.

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