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Joyce Echaquan : « Ça aurait pu être évité », dit une infirmière

Le personnel soignant fournit des détails sur les heures précédant le décès.

Un homme porte un pendentif fait en perles arborant le visage de Joyce Echaquan et la mention « Justice pour Joyce ».

Carol Dubé arbore un pendentif en perles à l'effigie de sa conjointe Joyce Echaquan, lors de la deuxième semaine des audiences tenues dans le cadre de l'enquête publique sur la mort de celle-ci.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Joyce Echaquan « avait l’air morte » avant d’aller en réanimation, a indiqué une préposée aux bénéficiaires au quatrième jour des audiences publiques en lien avec le décès de la femme atikamekw. Une infirmière a de son côté affirmé que « ça aurait pu être évité ».

Au moment de partir pour la réanimation peu avant midi le 28 septembre, Joyce Echaquan avait l’air morte, selon une préposée aux bénéficiaires qui a affirmé l’avoir mentionné à voix haute à ses collègues à deux reprises.

La préposée se questionne sur ce qui s’était passé avant que Mme Echaquan soit amenée en réanimation, autour de 10 h 30 le 28 septembre 2020. Elle raconte avoir alors aidé une infirmière à faire l'injection d’un médicament utilisé pour contrer l'agitation, l'agressivité. Joyce Echaquan n’avait alors offert aucune résistance et [avait] collaboré.

Peu avant, elle avait toutefois été transférée dans une autre pièce, car elle criait beaucoup et faisait peur à des patients plus âgés, a dit la préposée aux bénéficiaires.

Lorsqu'elle a fait part de ses inquiétudes sur l’état de santé de Joyce Echaquan, on lui aurait répondu que son pouls était faible.

Les yeux étaient fixes, il n’y a rien qui bougeait, je ne sentais pas de souffle, a affirmé la préposée. Selon elle, la médecin aurait même mis un doigt dans l'œil pour vérifier les réflexes, mais il n’y en a pas eu

Les manœuvres de réanimation qui ont suivi ont duré 45 minutes. 

Une autre infirmière, qui a pris connaissance d’une vidéo tournée par la fille de Joyce Echaquan avant qu’elle aille en réanimation, a dit avoir eu l’impression de voir quelqu’un mourir en vrai, en live.

J’ai l’impression qu’elle est morte à ce moment-là, dans cette vidéo-là, a indiqué l’infirmière qui témoignait, très émotive, mardi après-midi. 

Selon elle, dans cette vidéo dont elle a dit garder un souvenir très précis, Joyce Echaquan ne respirait pas. C'est clair, ça se voyait.

Elle a ajouté : J'ai l'impression que ça aurait pu être évité.

À ces propos, Carol Dubé, le conjoint de Joyce Echaquan, a séché ses larmes de la main, en silence.

Le contenu de la vidéo est frappé d’un ordre de non-publication. Mais Marie Wasianna Echaquan Dubé en avait parlé la semaine dernière, lors de son deuxième témoignage.

La qualité des soins

La préposée aux bénéficiaires a aussi indiqué s’être préoccupée de l’état de santé de Joyce Echaquan dans la matinée, car cette dernière criait, ce à quoi elle se serait fait répondre que c’était normal, car elle était en sevrage. Plusieurs témoins ont dit avoir eu cette information de la part d'autres collègues. 

D'ailleurs, selon une infirmière, Joyce Echaquan aurait mentionné avoir consommé des médicaments de sa pharmacie, mais l’infirmière a dit ignorer le type de médicament et la dose. La témoin a reconnu qu’on avait présumé qu'il s'agissait de narcotiques.

De plus, la préposée aux bénéficiaires, qui l’a vue peu avant son décès, a mentionné son étonnement de ne pas avoir aperçu de moniteur pour suivre le cœur, puisque la patiente était connue pour des problèmes cardiaques. Joyce Echaquan portait un cardiostimulateur-défibrillateur.

Problèmes à l’hôpital de Joliette

Après insistance de la coroner, une infirmière a reconnu mardi qu’il y avait un réel problème à l’hôpital de Joliette avec la communauté [atikamekw].

La quatrième infirmière à venir témoigner, nerveuse et parfois la voix tremblante, a répondu par l’affirmative aux questions de la coroner portant sur l'existence d'une perception des Autochtones, à l’hôpital, selon laquelle ils abusaient du système, qu'ils étaient des alcooliques et qu’ils avaient des problèmes de toxicomanie.

Elle a précisé : Oui, on entend beaucoup de commentaires dire ça.

En tout, dix membres du personnel soignant, essentiellement des infirmières, sont venus témoigner et, outre cette infirmière, tous ont affirmé n’avoir jamais entendu de commentaires désobligeants ni vu de comportements déplacés. 

Une femme assise dans une salle d'un palais de Justice.

La présidente de l'enquête publique sur la mort de Joyce Echaquan, la coroner Géhane Kamel, lors de la première journée des audiences.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Ce qui n’a cessé d’étonner la présidente de l’enquête, Géhane Kamel, puisque, depuis l’évènement, une formation sur les réalités de la communauté atikamekw est obligatoire et que les membres de la communauté, dont la famille, ont déjà exprimé leurs craintes de se rendre à l’hôpital de Joliette. 

Le jour où on va être capable de reconnaître qu'on a des biais, on va pouvoir avancer un pas à la fois, a observé Géhane Kamel, qui a rappelé que l’enquête n’avait pas pour but de trouver un coupable, mais de trouver des réponses. 

Une autre infirmière, après une longue pause, a finalement concédé qu’il n’y avait pas plus de commentaires que sur d’autres communautés ou origines. Elle s’est dite néanmoins étonnée qu’une formation ne soit apparue que maintenant, car ça aurait dû arriver avant

De l’avis de presque tous les témoins, cette formation n’est pas très utile. Ils souhaiteraient qu’elle soit davantage ciblée sur la manière d’offrir des soins plus appropriés aux Autochtones. 

Un homme s'adresse à une journaliste.

Le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa, lors des audiences publiques sur la mort de Joyce Echaquan.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En milieu de journée, le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa, s'est dit vraiment déçu. Je m'attendais à une plus grande transparence de la part des témoins. Je m'interroge, soit ils ne connaissent pas ces attitudes ou ne reconnaissent pas les comportements qu'on a décrits dans cet hôpital. On semble en nier l'existence.

Il se demande si une omerta s'est installée.

Dans un message envoyé à Espaces autochtones, la Fédération interprofessionnelle de la santé a indiqué qu’il serait prématuré de faire des commentaires à ce stade de l’enquête, puisque la FIQ a un statut de personne intéressée. Mais que ce statut permettra à la FIQ d’appuyer la coroner dans la recherche de la vérité sur cet évènement et de suggérer des recommandations à mettre en place pour garantir les soins et les services sécuritaires, dignes et exempts de racisme.

Tous les membres du personnel soignant ont aussi témoigné d’une surcharge de travail qui s’est considérablement aggravée ces dernières années. Une infirmière a même dénoncé un travail en vase clos à l’hôpital de Joliette et a réclamé un changement de la méthode de travail. Ça ne fonctionne pas. On ne travaille pas en équipe, tout le monde est individuel, a-t-elle martelé.

Plusieurs membres du personnel médical ont réfuté avoir reçu une consigne de la part de gestionnaires de ne pas parler de cette affaire depuis les évènements, contrairement à ce qu’avait affirmé une collègue la veille.

Les gens n’en parlent pas, car c’est une souffrance tout simplement, a précisé une infirmière, avant d’éclater en sanglots.

J’ai beaucoup de peine, je pars le cœur lourd, a-t-elle dit pour conclure son témoignage. 

Plusieurs témoins ont mentionné leur choc après avoir vu la vidéo en direct prise par Joyce Echaquan. Une a ajouté s'être remise en question en se demandant si elle avait bien fait les choses, compte tenu de l’état de la patiente.

Une autre infirmière s’est dite anéantie après avoir vu la vidéo en direct de Joyce Echaquan sur Facebook. Ce qui a été dit était hyper inapproprié, j’ai trouvé ça épouvantable.

Une cinquantaine de personnes doivent se présenter lors de ces audiences publiques qui se tiennent jusqu’au 2 juin au palais de justice de Trois-Rivières.

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