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Parler de réconciliation en littérature jeunesse, un exercice délicat

Monique Gray Smith sur une plage.

D’origine mixte (crie, lakota et écossaise), Monique Gray Smith représente la force des peuples autochtones dans son œuvre littéraire. Elle a remporté le prix Burt de littérature des Premières Nations, Inuits et Métis en 2014.

Photo : Centric Photography

Maud Cucchi

Après le traumatisme des pensionnats autochtones et des politiques d’assimilation, quel discours tenir aux enfants? Le livre peut être l'objet idéal lorsqu’il laisse place à l'imagination et qu'il devient un support de discussion et d'échange, voire de guérison, propose l’auteure Monique Gray Smith.

Son album Tu es là pour moi, illustré par l’Ontarienne Danielle Daniel, vient tout juste de sortir en traduction française dans les éditions Orca Book. Comme son titre le laisse peut-être deviner, l’ouvrage se déploie comme une leçon de vie sur la solidarité, les valeurs humaines et le respect de l’autre, à destination des 3 à 9 ans.

À cet âge-là, je ne pense pas qu’il faille leur faire prendre conscience [des pensionnats], les familles et l’école s’en chargeront quand ils grandiront, affirme-t-elle. Ils ne sont pas là encore, on n’a pas à nommer ça explicitement.

L’auteure aux origines cries, lauréate du prix Burt de littérature des Premières Nations, Inuits et Métis avec son premier roman Tilly : A Story of Hope and Resilience (2014), défend plutôt le ton empathique. Limpides, ses textes évoquent la cohésion sociale et la communication au sein de la cellule familiale.

Monique Gray Smith parvient en peu de mots à exprimer l’essentiel, soit comment vivre ensemble dans une société plus civilisée, selon ses termes.

Cet album nous emmène sur la voie de la guérison et de la réconciliation. Je l’ai écrit pour nous rappeler notre humanité et la nécessité de nous soutenir mutuellement avec respect et dignité.

Une citation de :Monique Gray Smith, auteure

De courtes phrases s'égrènent au fil des pages — tu es là pour moi quand tu me consoles, quand tu m’écoutes, quand tu me respectes —, comme des mantras qui se découpent entre deux illustrations joyeusement colorées à la gouache, à l’acrylique et au crayon. Un univers réconfortant tout en rondeurs — vous pouvez jouer à dénicher les formes de cœur dans les illustrations, suggère-t-elle.

Une illustration du livre montrant deux fillettes autochtones souriantes dont les fronts se touchent.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'illustratrice Danielle Daniel peint et écrit dans son atelier de Sudbury, en Ontario.

Photo : Danielle Daniel

Écrire pour les enfants reste bien plus difficile qu’écrire un roman, prévient l’auteure de trois livres jeunesse, désormais établie sur le territoire des Lekwungen, à Victoria, en Colombie-Britannique.

Car nos mots peuvent aussi constituer une médecine, poursuit-elle, pour les professeurs comme pour les familles.

Pour une meilleure représentativité autochtone

Monique Gray Smith raconte que le texte de Tu es là pour moi, publié pour la première fois en 2017 en anglais, a même été choisi par des directeurs d’établissements secondaires lors de cérémonies de remises de diplômes.

L'idée initiale de l'album s’inspire du Programme d’aide préscolaire aux Autochtones, une aide au développement des jeunes enfants autochtones et de leurs familles habitant à l’extérieur des réserves et à laquelle l’auteure rend hommage.

[Ce programme] contribue vraiment à aider à la guérison après l’héritage des pensionnats autochtones, observe celle qui initialement ne pensait pas écrire un livre sur la réconciliation, dit-elle, mais plutôt à propos de la façon dont les individus peuvent être de bons citoyens les uns envers les autres.

Pour y contribuer, la littérature jeunesse doit ouvrir un nouveau chapitre plus représentatif des communautés, car moins de 1 % des livres jeunesse représente les communautés autochtones, déplore Monique Gray Smith.

C’est important que nos enfants puissent se voir dans leurs livres, mais également que les enfants non-Autochtones les voient aussi dans leurs lectures.

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