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« Je m’en voudrai toute ma vie de ne pas l’avoir détachée »

La fille de Joyce Echaquan se demande si l'âme de sa mère n'est pas prisonnière de l'hôpital de Joliette.

Un homme et sa fille s'enlacent lors d'un moment difficile.

Carol Dubé et sa fille Marie Wasianna Echaquan Dubé, en marge des audiences publiques sur la mort de Joyce Echaquan, respectivement leur conjointe et mère

Photo : Radio-Canada / Capture d'écran

La famille et les proches de Joyce Echaquan ont demandé des réponses et lancé des appels à un changement de mentalité à travers leurs témoignages livrés lors des deux premiers jours des audiences publiques sur la mort de la femme atikamekw.

La journée de vendredi a été marquée par le retour à la barre de Marie Wasianna Echaquan Dubé, la fille de Joyce Echaquan.

Je m’en voudrai toute ma vie de ne pas l’avoir détachée moi-même. […] Au fond de moi, je savais qu’elle n’était plus là, a lancé la jeune femme de 20 ans.

Elle a poursuivi en se demandant si, à cause de cela, l’âme de sa mère n’était pas prisonnière de l’hôpital de Joliette, là où elle est décédée le 28 septembre dernier.

Car la jeune fille dit être arrivée rapidement après avoir découvert la vidéo Facebook qu’a faite Joyce Echaquan avant son décès, des images devenues virales qui ont créé une onde de choc et d'indignation.

La jeune femme, qui était enceinte de 37 semaines au moment du décès, a raconté ne pas avoir senti le souffle de sa mère. Elle dit avoir vu un membre du personnel prendre les signes vitaux à deux reprises, puis lui dire de ne pas s’inquiéter, avant de la prévenir qu'elle allait être emmenée en réanimation.

Le personnel aurait tenté des manœuvres de réanimation sur elle pendant 45 minutes, et son cœur serait reparti un court instant, selon ce qui a été dit à Marie Wasianna Echaquan Dubé ce jour-là.

Le père de Joyce Echaquan, qui n’a pas témoigné, s’est alors mis à sangloter pendant que sa femme le réconfortait d’un geste de la main dans le dos.

Un homme dans un palais de Justice.

Le père de Joyce Echaquan, lors de la première journée des audiences publiques sur la mort de cette femme

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Avant de témoigner, une vidéo de 10 minutes filmée par Marie Wasianna Echaquan Dubé au moment de son arrivée à l’hôpital a été diffusée. Son grand-père est alors sorti de la salle, ne souhaitant jamais voir les vidéos liées au décès de sa fille.

Tous égaux

Plus tôt, le frère et une amie de Joyce Echaquan ont fait part de leur volonté que les traitements soient égaux pour tous.

Que l'on soit Autochtone ou allochtone, personne ne mérite d’être traité ainsi. Tout le monde est égal, a indiqué une amie, Évangéline Bellemare.

Dans un élan du cœur, le frère de la défunte, Stéphane Echaquan, a lancé : On est tous de la chair et des os, ultimement; il n’y a pas de raisons de mourir dans une situation comme celle de Joyce.

Le frère de Joyce Echaquan a fait part de l’intimidation subie par ses enfants à l’école quelques jours après le décès de sa sœur. Un de mes enfants s’est fait dire : "Viens, on va te tuer comme ta tante".

Stéphane Echaquan a, à plusieurs reprises, exprimé ses questionnements sur l’attitude et le mépris réservés aux Autochtones.

Un appel à la bienveillance

En ouverture, la présidente de l'enquête, la coroner Géhane Kamel, avait justement lancé un appel à la population : Je vous demande une seule chose; la bienveillance.

Elle a raconté avoir été invectivée dans la rue en venant au palais de justice, vendredi matin, et avoir répondu à la personne : Moi aussi, je vous aime, Monsieur.

J'ai une seule certitude : j'ai le même sang qui coule que tous les êtres humains de la planète. S'il vous plaît, essayez de maintenir vos propos, de garder votre calme.

Une citation de :La coroner Géhane Kamel
Un homme attend pour témoigner lors d'une enquête publique.

Stéphane Echaquan, le frère de Joyce Echaquan, lors des audiences publiques sur la mort de celle-ci

Photo : Radio-Canada / Amélie Desmarais

Pendant les deux jours, les témoins ont tous indiqué que Joyce Echaquan avait peur d’aller à l’hôpital de Joliette, qu'elle était encore attachée après son décès et que son corps était couvert d’ecchymoses. Ils ont aussi dit craindre d'aller dans cet hôpital.

Outre la peur, les proches de la femme ont relaté que Joyce Echaquan avait déjà, selon eux, entendu des propos méprisants et vécu des événements difficiles, notamment des avortements. Elle devait y aller régulièrement pour des problèmes de santé.

Ils ont aussi indiqué avoir eu beaucoup de difficultés à obtenir de l'information sur l'état de santé de la femme après avoir pris connaissance de la vidéo où elle subissait des insultes dégradantes de la part d'employées et disait avoir été surmédicamentée.

J'espère que la quantité de larmes qui ont coulé permettront de nettoyer et désinfecter les plaies béantes laissées par le décès de Joyce Echaquan, a lancé jeudi soir, à l'issue de la première journée des audiences publiques, le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa.

Les nombreux détails qui sont ressortis des témoignages ont été difficiles à écouter, a avoué le grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish. C'était bouleversant, a-t-il résumé.

Début des audiences publiques sur la mort de Joyce Echaquan.

Début des audiences publiques sur la mort de Joyce Echaquan.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Carol Dubé était en effet accompagné par certains de ses enfants, des chefs Ottawa et Awashish ainsi que des membres de la famille et de la communauté atikamekw qui ont écouté, en silence, les témoignages.

Un des témoignages qui est venu me chercher vraiment, c'est celui de la fille de Joyce qui a dit : je viens répondre à l'infirmière. C'était profond, c'est venu chercher beaucoup de gens, a dit Constant Awashish.

Marie Wasianna Echaquan Dubé, en effet, a tenu à expliquer jeudi pourquoi elle était à la barre. C'était pour répondre à un propos entendu dans la vidéo : une question posée avec violence et haine, selon elle, et qui était qu'est-ce que tes enfants diraient s'ils te voyaient comme ça?

La réponse se résume par ces quelques mots de la femme de 20 ans qui ne pourra plus, a-t-elle dit, avoir de cadeaux, de câlins, ni de bisous de sa mère : Les personnes qui ont fait ça nous ont enlevé une partie de nous. Un trou énorme est apparu au cœur de notre famille.

À partir de lundi, le personnel soignant se présentera devant la coroner Géhane Kamel.

Une cinquantaine de personnes témoigneront jusqu'au 2 juin.

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