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Québec refuse la récolte de données sur le racisme en santé

Manon Massé.

Manon Massé, cheffe parlementaire de Québec solidaire, a défendu une motion qui a été rejetée par le gouvernement.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé souhaitait, mercredi, avec l’appui des deux autres partis d’opposition, faire adopter une motion qui aurait, selon elle, pu donner des clés d’action au gouvernement afin de lutter contre le racisme systémique dans les établissements de santé québécois notamment. Le gouvernement a toutefois refusé cette motion.

Dans sa motion, Manon Massé souhaitait que le gouvernement intègre la collecte de données ethnoculturelles au fonctionnement, à la reddition de comptes et à la prise de décisions des organisations du secteur public.

Cette motion était importante pour les Autochtones puisqu’elle répond à la recommandation numéro 4 du rapport de la Commission Viens (voir plus bas, NDLR). Dans les faits, si on n’a pas d’informations, comment agir pour contrer les situations de discrimination?, dit-elle lors d’une entrevue téléphonique.

L’appel à l’action numéro 4 de la Commission Viens préconise de fournir aux organisations du secteur public des normes et des directives pour la collecte de données en contexte de soins et services.

Une femme innue masquée porte une pancarte de Joyce Echaquan.

La motion a été proposée la veille de l'ouverture de l'enquête publique concernant la mort de Joyce Echaquan.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Selon la députée, il ne suffit plus de dénoncer les situations que peuvent parfois vivre les Autochtones au sein des établissements publics, il faut se donner les moyens, notamment grâce à des données probantes, d’agir concrètement.

Le ministre dénonce, mais en même temps, il n’est pas prêt à se donner les moyens pour avoir une bonne information qui lui permettrait de poser les bons gestes. Quand on connaît les réalités vécues par les Autochtones lorsqu’ils entrent dans le système de santé, on se dit que ce n’est pas un geste qui coûte cher, ajoute-t-elle.

Soutien du reste de l'opposition

Contacté par Radio-Canada, le député péquiste, Martin Ouellet, porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière d’affaires autochtones, croit pourtant que ce sont justement les exigences que peut requérir la mise en place de l’action numéro 4 qui ont pu pousser le gouvernement à refuser la motion.

C’est sûr qu’elle est exigeante, car elle peut représenter une réorganisation du travail à l’intérieur des différents organismes, le délai était peut-être trop court, mais après ce qu’il s’est passé avec Joyce Echaquan, il ne faut pas avoir peur de prendre le problème à bras-le-corps, indique-t-il.

Martin Ouellet regarde au loin, l'air d'écouter quelqu'un qui parle hors-champ.

Martin Ouellet, du Parti québécois, appuyait la motion proposée par Manon Massé.

Photo : gracieuseté Assemblée nationale

Lors d'une entrevue téléphonique, le député libéral et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’affaires autochtones, Gregory Kelley, pense que soutenir cette motion, c'était le minimum que l'Assemblée nationale pouvait faire après tout ce qu'on a lu et entendu concernant les expériences des peuples autochtones. C'est important de passer un message fort. Je suis déçu que le gouvernement l'ait refusé.

Documenter le problème pour le résoudre

De son côté, Mme Massé assure que les organisations québécoises ont déjà des normes concernant la collecte de données. On demande donc qu’elles incluent des motifs ethnoculturels. Il y a actuellement des CIUSSS qui sont capables de récolter ce genre d’informations, ajoute-t-elle.

Le Parti québécois ainsi que le Parti libéral du Québec ont soutenu la motion de Québec solidaire. Martin Ouellet estime qu’elle est constructive, car pour connaître le problème, il faut le documenter. Il est difficile de quantifier les préjudices subis quand on n’en connaît pas le nombre exact.

Selon les deux députés, le message qu’envoie le gouvernement avec ce refus n’est pas positif. On ne comprend pas trop pourquoi le gouvernement l’a refusée (la motion, NDLR). C’est un drôle de message qu’on envoie aujourd’hui, dit M. Ouellet.

Quand on demande à M. Kelley s'il a une idée de ce qui pourrait expliquer le refus du gouvernement d'adopter la motion, il indique : Je soupçonne que si on a plus de données et pas juste des histoires, le gouvernement sera obligé de reconnaître qu’il y a du racisme systémique au Québec.

Encore une fois, on a le sentiment que le gouvernement ne veut pas avoir d’informations concernant les Premières Nations qui sont dans notre système, appuie Mme Massé.

Le ministère responsable des Affaires autochtones a répondu à notre demande d'entrevue par courriel.

Nous sommes déjà en action afin de garantir aux Autochtones un droit d’accès équitable aux services de santé et de services sociaux. C’est la base du respect et de la dignité humaine. La cueillette de données est importante et est une solution parmi plusieurs, écrit-on au ministère de Ian Lafrenière.

APPEL À L’ACTION no 4 de la Commission Viens :

Intégrer la collecte de données ethnoculturelles au fonctionnement, à la reddition de comptes et à la prise de décision des organisations du secteur public. Cela suppose concrètement qu’il faut :

  • Fournir aux organisations du secteur public des normes et des directives pour la collecte de données en contexte de soins et services. Ces normes et directives devront définir les motifs pour lesquels de telles collectes peuvent être effectuées et les moyens devant être mis en place pour assurer la protection des renseignements recueillis. Elles devront être élaborées en collaboration avec les autorités autochtones, dans le respect des lignes directrices et des protocoles de recherche existants, afin de tenir compte de leurs particularités culturelles.
  • Fournir les outils technologiques nécessaires aux organisations du secteur du public pour qu’elles puissent effectuer la collecte de données ethnoculturelles.
  • Confier à la Commission d’accès à l’information du Québec la responsabilité d’encadrer les pratiques des organismes publics en matière de collecte de données ethnoculturelles.
  • Ajouter aux exigences des organisations du secteur public l’obligation de dresser annuellement un portrait ethnoculturel des personnes desservies et de le rendre public.
  • Produire, tous les cinq ans, une analyse des données recueillies afin de documenter les pratiques et les biais discriminatoires, de mesurer l’évolution de la situation et de guider les orientations et les actions à prendre, et ce, en collaboration avec les Autochtones et des experts indépendants.

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