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Enquête publique Joyce Echaquan : appréhension et espoir pour le chef de Manawan

Les audiences publiques se tiennent du 13 mai au 2 juin à Trois-Rivières.

Le chef Ottawa se tient derrière la tribune où se trouvent des micros de différents médias.

Le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan, Paul-Émile Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan souhaite des recommandations claires et un changement organisationnel dans le milieu de la santé, à la veille du début des audiences publiques en lien avec le décès de Joyce Echaquan.

Malgré l’appréhension, Paul-Émile Ottawa dit avoir bon espoir, d’autant plus qu’un membre de la communauté, Guy Niquay, va entrer en fonction lundi comme adjoint à la PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière. Le chef Ottawa a accordé l'entrevue qui suit à Espaces autochtones.

EA : Comment se porte la famille à la veille des audiences publiques?

Paul-Émile Ottawa : La famille, surtout le conjoint de Joyce, appréhende [l'enquête publique] avec beaucoup d’émotions. Autant ils ont hâte de savoir enfin la vérité, autant ça leur faire peur d’entendre cette vérité qui pourrait faire encore plus mal à une cicatrice qui ne veut pas guérir.

Cela fait huit mois pour la société, mais pour eux, cela fait comme huit jours. C’est encore très très frais dans leurs cœurs et leurs souvenirs. Ils sont donc nerveux, mais comprennent parfaitement que c’est un passage obligé.

Ils vont se présenter pour écouter cette enquête du coroner avec beaucoup de courage. D'ailleurs, la famille a été rencontrée, préparée, et elle sera accompagnée. On a aussi essayé de démystifier le fonctionnement d’une enquête du coroner. Ce n’est pas un tribunal, mais plutôt une tribune pour permettre aux gens d’expliquer comment ça s’est passé, ce qui s’est passé dans la tête d’une personne comme l’infirmière qui était présente au moment des faits. Qu’est-ce qui a pu se passer dans sa tête alors que son rôle est de sauver, de donner des soins et d’être empathique, pourquoi elle s’est comportée de la sorte. On veut que les choses soient clairement identifiées pour qu'elles ne se reproduisent plus jamais dans le réseau.

Comment appréhendez-vous, ainsi que la communauté, les témoignages du personnel soignant?

Carol Dubé, le conjoint, fait montre de beaucoup de sagesse depuis les événements malheureux du 28 septembre [2020]. C’est un homme de respect et de paix. C’est sûr que ça va être difficile d’entendre, de faire face à ce qu’ils appellent les bourreaux de Joyce.

Mais ils ont été préparés. Pour ma part, je ne peux être présent tous les jours aux audiences à cause des obligations liées à mon travail, mais lors des dépositions de l’infirmière et des autres membres du personnel qui étaient présents, je compte être là. Je veux mettre un nom et un visage sur ce personnage. J’ai hâte d'entendre [l'infirmière] et j’espère qu’elle va exprimer certains regrets.

Avez-vous prévu du soutien pour la communauté, car la vidéo de Joyce Echaquan juste avant son décès avait largement circulé sur les réseaux sociaux et créé une onde de choc et d’indignation?

L’équipe d’intervention en situation d’urgence est déjà mobilisée pour soutenir les membres de la communauté, car ce qui est arrivé est terrible. Lors des versions des infirmières, des médecins, il va y avoir de l’émotivité dans l’air, mais nous avons ces équipes déjà en place pour ceux qui pourraient être plus gravement perturbés par les témoignages et le compte rendu de l’enquête du coroner qui sera fait par les médias.

Connaissez-vous déjà les causes du décès?

La famille a été rencontrée le 5 avril dernier pour expliquer les causes du décès, mais une consigne de garder la confidentialité a été donnée. Moi, en tant que chef, je n’ai pas eu accès à cette information. Je vais l’apprendre aussi pendant les audiences.

Quelles sont vos attentes par rapport à cette enquête publique?

Elles sont importantes. Une des premières attentes est que les Atikamekw, les Autochtones soient crus lorsqu’ils parlent de racisme, lorsqu’ils déposent des plaintes, car il y a eu tellement de plaintes pour l’hôpital de Joliette, et aucune n’a été retenue. On voudrait donc qu’on soit crus et considérés dans toutes les sphères : santé, justice, relations avec la police, écoles.

Et nous souhaitons bien sûr connaître les causes et le déroulement des actes commis par le personnel pour mettre le doigt sur ce qui ne doit plus être fait et changer les habitudes du personnel soignant face aux Premières Nations. J’aimerai aussi savoir quelles sont les enquêtes en cours, si le Collège des médecins en a lancé une comme l'a fait l'Ordre des infirmières.

Nous espérons aussi que ces audiences mèneront à des recommandations claires et précises qui mettront en lumière que le Principe de Joyce devrait être une évidence à tous les niveaux, car ça bloque à un niveau, à Québec qui refuse de le reconnaître ainsi que le racisme systémique.

Au terme de ces audiences, je veux donc que des recommandations soient clairement formulées afin de mettre fin au racisme. Le Dr Stanley Vollant a clairement mentionné que le réseau de la santé au Québec devait une fois pour toutes éliminer le racisme qui existe.

J’espère aussi que ce processus va contribuer à amorcer le processus de guérison pour la famille de Joyce. Les enfants n’ont pas encore entamé leur deuil. Ils sont très affectés, tristes et voient leur papa pleurer. Il ne se passe pas une journée sans que Carol [Dubé] ne parle de Joyce. Tout le monde parle de Joyce, tous les jours.

Différentes commissions dont la commission Viens ont déjà relevé cette situation à l’hôpital de Joliette, pensez-vous que ces audiences vont permettre un changement?

Déjà, des mesures, notamment de sécurisation culturelle, sont en action. L’organisation est aussi dans un processus de transformation culturelle et on espère qu’elle va continuer son changement organisationnel.

De plus, Guy Niquay, ancien directeur d’école pendant 19 ans, un Atikamekw de Manawan, va entrer en fonction lundi comme adjoint à la PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière. Ses parcours académique et professionnel le préparent adéquatement à relever ce défi avec brio.

Je compte d’ailleurs être présent lorsque témoignera à l’enquête publique la nouvelle PDG, Maryse Poupart. C’est une dame avec beaucoup d’expérience, empreinte d’humanisme et d’ouverture. On s’est rencontrés dès sa nomination et je l’ai rencontrée vendredi dernier en présentiel, c’est une femme d’action et d’engagement. J’ai un bon feeling en ce qui concerne l’avenir.

Avec la participation d'Amélie Desmarais.

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