•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Enquête publique sur le décès de Joyce Echaquan : des réponses sont attendues

Les audiences publiques débutent ce jeudi à Trois-Rivières avec notamment le témoignage du conjoint, Carol Dubé.

Une femme tient une photo de Joyce Echaquan.

La mort de Joyce Echaquan a provoqué une onde de choc dans la communauté autochtone ainsi qu'au Québec.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Une cinquantaine de personnes sont appelées à venir témoigner lors des audiences publiques visant à faire la lumière sur le décès tragique de Joyce Echaquan survenu il y a près de huit mois. Elles débutent jeudi au palais de justice de Trois-Rivières.

Le conjoint, la fille et la mère de Joyce Echaquan seront les premiers à témoigner, ainsi qu'un enquêteur, lors du début des audiences jeudi.

Cette femme atikamekw de 37 ans est décédée dans des circonstances troubles au Centre hospitalier régional de Lanaudière, le 28 septembre dernier, après avoir subi des insultes dégradantes de la part d’employées.

Peu avant son décès, la mère de famille avait filmé et publié en direct la scène sur Facebook. La vidéo, qui a largement circulé dans les médias sociaux, a déclenché une onde de choc et d’indignation.

Ça va raviver beaucoup d’émotions. Autant de la colère que de l’incompréhension et de la tristesse, appréhende le grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, Constant Awashish.

Pour cela, deux aînés de la communauté de Manawan seront présents pour accompagner et aider émotionnellement et psychologiquement Carol Dubé, le mari de Joyce Echaquan, et la famille de celle-ci.

La famille de Joyce Echaquan, dont son conjoint, ne souhaite pas parler aux médias pendant tout le processus.

Le Conseil de la Nation Atikamekw ainsi que le Conseil des Atikamekw de Manawan seront représentés par un même avocat lors des audiences. Le grand chef Constant Awashish espère que ces audiences fourniront quelques réponses pour apaiser un peu la famille et aider dans le deuil.

C’est un événement tragique, qui a bouleversé tout le monde et qui est venu marquer la société. Tout le monde cherche des réponses, indique Constant Awashish.

Parmi les personnes appelées à venir témoigner se trouvent d’ailleurs plusieurs membres du personnel de santé, dont des infirmières, des préposés aux bénéficiaires, des médecins, etc.

L’ancien PDG du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Lanaudière, Daniel Castonguay, démis de ses fonctions en décembre dernier à la suite de déclarations vivement critiquées dans l'affaire Joyce Echaquan, est aussi invité à témoigner, ainsi que l’actuelle PDG, Maryse Poupart.

Constant Awashish estime que l'enquête publique devrait permettre de voir ce qui aurait pu être évité. Il ajoute qu'il existe tout de même des réticences, voire un manque de confiance chez certains membres de la communauté atikamekw, car c’est une enquête publique mise en place par le gouvernement québécois.

Le grand chef va donc surveiller attentivement les recommandations qui, espère-t-il, iront dans le même sens que le Principe de Joyce. Élaboré par les communautés atikamekw l'automne dernier, il vise à faire valoir les droits des Autochtones en matière de services de santé et de services sociaux.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, la présidente de Femmes autochtones du Québec, Viviane Michel, le chirurgien innu Stanley Vollant ou encore l'urgentologue pédiatrique Samir Shaheen-Hussain vont aussi témoigner lors des audiences. Tous ont déjà élevé la voix pour dénoncer le racisme systémique dont sont victimes, selon eux, les Autochtones.

La directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Lanaudière, Jennifer Brazeau, espère d'ailleurs que les audiences se concentreront aussi sur les circonstances entourant ce décès, sur le racisme systémique et sur la façon dont les soins sont donnés.

Les personnes qui l’entouraient pendant ses derniers moments la traitaient horriblement. Il y avait un manque de dignité, rappelle-t-elle, indiquant que la famille et les membres de la communauté méritent d’avoir ces réponses, car c’est toujours un questionnement qu’ils ont. J’espère que le rapport sera hyper clair et va prendre plus large le contexte du décès.

Éclairer la famille et le public

La tenue de l’enquête publique a été ordonnée début octobre quelques jours après le décès de Joyce Echaquan par la coroner en chef du Québec, Pascale Descary.

L’objectif est de déterminer les causes et les circonstances du décès et, s’il y a lieu, de formuler des recommandations pour éviter que cela se reproduise. 

On veut comprendre ce qui s’est passé. Mais le but n’est pas non plus de trouver des coupables, on n’a pas à attribuer de responsabilité criminelle ou civile. Notre rôle est d’éclairer le public, la famille, explique Pascale Descary.

Sur 5500 dossiers du bureau du coroner chaque année, seuls cinq à dix sont traités en mode enquête publique, les autres sont investigués en privé.

On pense que la portée plus large des enjeux mérite ce traitement différent, qui se fait sous l’oeil du public, car les enjeux sont suffisamment larges pour intéresser un grand pan de la population, précise Pascale Descary. 

C’est une enquête importante qui cible des enjeux de société importants, sensibles

Une citation de :La coroner en chef du Québec, Pascale Descary

L’enquête sera présidée par la coroner et avocate Géhane Kamel, un choix opportun, selon le bureau du coroner du Québec, puisqu'elle est aussi responsable du Comité sur la mortalité dans les communautés autochtones et inuit, un comité multipartite mis sur pied par ce même bureau.

De plus, Mme Kamel s’occupe aussi des audiences portant sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans les CHSLD du Québec durant la première vague.

Elle sera appuyée par deux procureurs, Dave Kimpton et Julie Roberge. Et particulièrement pour les aspects médicaux, elle sera accompagnée du coroner et médecin Jacques Ramsay.

La très grande majorité des témoins seront présents au palais de justice et, de manière exceptionnelle, certains témoigneront virtuellement. Un interprète atikamekw-français sera sur place.

Le rapport d’autopsie a déjà été dévoilé au conjoint de Joyce Echaquan, Carol Dubé, début avril. Mais aucune information n’a filtré.

Les témoignages seront entendus jusqu’au 2 juin.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !