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Budget et Autochtones : les partis d’opposition restent sur leur faim

Ian Lafrenière à la table de presse.

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

Photo : Radio-Canada

Gabrielle Paul

Les partis d’opposition à Québec ressortent plutôt insatisfaits de l'étude des crédits budgétaires des affaires autochtones, pendant laquelle le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, répondait à leurs questions concernant le dernier budget provincial.

Cette rencontre, tenue mercredi après-midi, était attendue après la déception créée lors de l'annonce du budget, en mars.

Les discussions ont notamment porté sur le suivi des recommandations de la commission Viens sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec et sur l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA).

Le ministre Ian Lafrenière a établi, à plusieurs reprises, son plan J'ai espoir comme étant le plan d'action du gouvernement pour répondre à ces recommandations. Ce sont 200 millions de dollars qui ont été prévus pour ce plan, divisé en trois phases.

Le ministre a signalé ne pas vouloir évaluer la réussite des recommandations en matière de chiffres.

Ce sont plus de 500 recommandations, au total, que nous devons mettre en place, mais j'ai un malaise avec les pourcentages, a-t-il affirmé lors de la rencontre. Pour quelqu'un de la nation atikamekw, qu'on lui dise que la recommandation 4 est complétée à 75 %, je ne pense pas que c'est rassurant et que c'est porteur pour lui.

Gregory Kelley, le porte-parole du Parti libéral en matière d’affaires autochtones, déplore toutefois l'absence d'un mécanisme de transparence, prévu dans les recommandations des commissions et qui permettrait de suivre la progression des mesures proposées par le gouvernement.

Ça prend une force externe pour nous aider, nous les partis d’opposition, et assurer que le gouvernement est imputable, affirme le député de Jacques-Cartier, en entrevue téléphonique.

On regarde actuellement pour mettre en place ce genre de mécanisme, a répondu le ministre Lafrenière lorsque M. Kelley a soulevé cette question lors de l'étude des crédits. Cette possibilité, on la regarde, mais aujourd'hui je ne suis pas prêt à m'y commettre.

Le député libéral Gregory Kelley.

Le député libéral Gregory Kelley.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Martin Ouellet, le porte-parole du Parti québécois en matière d’affaires autochtones et de finances, aurait aussi voulu avoir plus d'explications du ministre concernant ses objectifs par rapport aux recommandations de la commission Viens.

Sans établir ses objectifs précis, Ian Lafrenière a souligné attendre le déploiement de la troisième phase de son plan qu'il décrit comme une carte blanche qui servira à désigner les mesures prioritaires avec les leaders des Premières Nations.

En tant que ministre, les attentes ne peuvent pas être juste par rapport au processus, soutient par contre M. Ouellet, au bout du fil.

Du côté de Québec solidaire, la co-porte-parole Manon Massé ne se dit pas satisfaite à 100 % des réponses du ministre, mais accueille favorablement l'approche qu'il souhaite mettre de l'avant.

Que le ministre veuille construire les priorités avec les premiers peuples, je suis tout à fait d’accord avec ça, souligne Mme Massé, également en entrevue téléphonique. Par contre, un tiers de 200 millions de dollars, ce ne sera pas suffisant, il va manquer d’argent au bout.

Le logement

Les députés d'opposition ont cherché à savoir si des logements seraient réservés aux Autochtones parmi les 500 unités de logements sociaux prévues au budget.

Dans les prochains jours, on aura un chiffre pour voir le nombre de logis qui vont être spécialement réservés aux Premières Nations, a soutenu le ministre Lafrenière.

10 435 unités sont encore nécessaires pour répondre aux besoins, selon les chiffres de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, a-t-il par contre souligné.

J'ai été rassurée de savoir que des unités seraient réservées aux Autochtones, même si nous n'avons pas eu le nombre exact, mentionne Manon Massé.

Manon Massé en point de presse.

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Le ministre n'a pas pu répondre par rapport à quel montant sera réservé pour les Premières Nations et les Inuit, dit, de son côté, M. Kelley. Alors qu'on sait qu'il y a des besoins criants de logement, dans le Nord entre autres.

Les conditions dans le système carcéral

Manon Massé a soulevé les enjeux liés au système carcéral, où les communautés autochtones, notamment inuit, sont surreprésentées et où les conditions de vie sont difficiles.

Elle a notamment mentionné le cas de la prison Leclerc de Laval, où une femme inuk s’est enlevé la vie, il y a quelques jours, comme le rapportait Le Devoir.

L'isolement de certaines femmes autochtones incarcérées est grave, a énoncé Mme Massé devant le ministre Ian Lafrenière. [...] Ce sont des humains ces gens-là.

Le ministre, pour sa part, assure vouloir miser sur la prévention par l'embauche de conseillers parajudiciaires et d'interprètes. Il faut prendre en compte le cheminent d'un individu avant l'incarcération, a-t-il ajouté. Entre l'arrestation et l'incarcération, il y a une partie. Pour la détention, on n'a pas fait d'annonce.

Je ne suis pas du tout satisfaite de la réponse, martèle Mme Massé au téléphone. Il évitait la question ou il ne voulait pas répondre. Il parlait de prévention, alors qu'il était question des conditions de vie en milieu carcéral.

Elle espère que le ministre Lafrenière fera pression sur la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault en ce sens.

L'amélioration des conditions de détention fait l’objet d’une recommandation de la commission Viens, rappelle la députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques.

Des bons coups

Les trois députés se réjouissent cependant de certains montants et de certaines mesures prévues au budget.

Martin Ouellet se dit ravi de la somme de 2 millions de dollars prévue sur deux ans qui vise à accompagner et à soutenir dans leurs recherches les familles d'enfants autochtones disparus à la suite d'une admission dans un établissement de santé et de services sociaux.

C'est bien que nous sachions que les moyens seront là pour ça, dit-il.

Martin Ouellet en mêlée de presse à l'Assemblée nationale.

Le porte-parole péquiste en matière d’affaires autochtones et de finances, Martin Ouellet.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Gregory Kelley, de son côté, est content de voir que 1,4 million de dollars sont réservés à la mise sur pied d'une campagne nationale de sensibilisation sur le racisme vécu par les Autochtones.

Enfin, Manon Massé salue les montants alloués pour le plan de réalisation des recommandations de l’ENFFADA et de la commission Viens ainsi que la forme de la troisième phase de ce plan prévu par le ministre.

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