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Une jeune Innue sur les traces du Dr Stanley Vollant

Anaïs Malec.

La jeune Innue compte bien exercer la médecine dans sa communauté.

Photo : Anaïs Malec

Devenir médecin dans sa communauté de la Côte-Nord est le rêve de cette jeune Innue. Dans les pas du Dr Stanley Vollant, qu’elle voit comme un modèle, Anaïs Malec s’apprête à commencer sa première année de médecine à l’Université Laval. Loin des siens, pour mieux y retourner.

C’est une question à laquelle Anaïs a mis un peu de temps à répondre : pourquoi vouloir devenir médecin? Car dès son plus jeune âge, cette Innue d’Ekuanitshit (Mingan) rêve de travailler dans le domaine de la santé sans trop savoir pourquoi. En troisième année de secondaire, Anaïs rencontre le Dr Stanley Vollant.

Il nous a parlé d’à quel point c’est important d’avoir un rêve. L’idée de faire médecine me trottait dans la tête, mais je me disais que c’était inatteignable, raconte timidement la jeune fille.

Pas assez de confiance en soi. L’étiquette autochtone collée au front. Des freins dont elle a conscience.

On avait Stanley Vollant comme modèle, mais il n’y en avait pas beaucoup qui ont réussi, lance-t-elle de sa petite voix fluette. Mais Anaïs persévère et ne lâche pas son idée malgré tout.

Quatre personnes de la même famille.

Anaïs entourée de sa sœur jumelle et de ses parents.

Photo : Anaïs Malec

En quatrième année de secondaire, elle s’inscrit à une mini-école de médecine à Chicoutimi, pendant deux jours. Durant cette expérience, elle dissèque un cœur, apprend les techniques de réanimation, etc. Ça a vraiment allumé une flamme en moi, dit-elle.

À 16 ans, toujours aussi curieuse de découvrir le domaine de la médecine, l’Innue accompagne un médecin de Sept-Îles dans son quotidien. On a vu des patients à l’urgence. J’ai pu voir derrière, comment le système fonctionnait. Je pourrais parler longtemps de cette journée, confie-t-elle encore enthousiaste.

Une idée qui fait son chemin

Deux événements la confortent dans son choix de carrière lors de cette espèce de stage d'observation.

Le médecin m’a laissé aller voir le patient pour lui remettre sa prescription. Le patient m’a prise dans ses bras. J’ai vraiment vu l’impact qu’on pouvait avoir sur les gens, dit-elle.

Mais dans la même journée, elle voit aussi une petite fille innue qui présente des symptômes inquiétants. Les médecins pensent à une tumeur cérébrale. C’est un cas qui m’a montré que ce ne sera pas toujours rose en médecine et qu’il faut savoir gérer ses émotions et son stress, raconte-t-elle.

Des aptitudes qu’elle réalise avoir. Le rêve se rapproche donc pour Anaïs qui va commencer sa première année de médecine en septembre, à l’Université Laval. Mais pas question pour elle de rester à Québec pour y exercer. Anaïs veut servir sa communauté.

Anaïs Malec.

Anaïs a dû relire plusieurs fois sa lettre d'acceptation pour réaliser qu'à l'automne, elle va suivre les études de ses rêves.

Photo : Anaïs Malec

Servir la communauté

Un jour, ma grande tante avait besoin d’une ambulance et ça a pris 45 min pour qu’elle arrive. Ça m’a ouvert les yeux sur l’accès aux soins dans les communautés. Je me suis demandé : s’il y avait eu un médecin dans la communauté, est-ce que ça aurait changé de quoi? Est-ce que ça aurait pu aider les infirmières? dit-elle.

Du haut de ses 18 ans, Anaïs est déjà bien consciente du rapport compliqué entre les services de santé québécois et les Autochtones. Elle-même avoue ne pas toujours se sentir à l’aise lorsqu’elle va dans un hôpital, car je sais qu’il peut y avoir du racisme.

Quand tu reçois un patient, tu ne soignes pas que la maladie, mais aussi la personne. Alors c’est important d’avoir le portrait global de la personne, même d’un point de vue social. Souvent, les médecins ne connaissent pas vraiment quels sont tous les enjeux de santé liés à nos communautés, détaille-t-elle.

Le chirurgien, son bâton à la main, sourit à la caméra.

Stanley Vollant a beaucoup inspiré Anaïs, qui a tout fait pour poursuivre son rêve de devenir médecin.

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Elle se souvient de l’histoire d’une jeune fille de Mingan (le village à côté de sa communauté), qui est arrivée à l’hôpital avec une énorme bosse bleue. Elle avait quelque chose de grave, mais le médecin a plutôt appelé la DPJ, dit-elle.

La jeune Innue aime croire qu’un patient autochtone aurait justement moins peur de se confier à elle. Un sentiment que la mort de Joyce Echaquan n’a fait que confirmer.

Ce qui s’est passé à Joliette ne m’a pas étonnée. Je savais que ça se passait. Enfin les gens commencent à se rendre compte de ce qui se passe, explique-t-elle. Selon elle, les médecins n’ont pas de formation adéquate vis-à-vis des Premières Nations et de nombreux préjugés sont encore véhiculés.

Il n’y a qu’un Autochtone qui peut comprendre ce que c’est que d’aller dans un hôpital en étant Autochtone.

Une citation de :Anaïs Malec, future étudiante en médecine

Anaïs se donne l’objectif d’aider les Autochtones à obtenir de meilleurs soins, mais pour y arriver, elle devra rester à Québec, loin de sa famille, le temps de finir sa formation.

Elle y réside d'ailleurs depuis qu’elle est au cégep. Une réalité parfois difficile pour la jeune fille, qui semble très attachée à sa famille.

Ma communauté est à 10 heures de route des grands centres. Ces deux dernières années ont vraiment été les plus difficiles de ma vie, j’ai vécu un gros choc culturel, raconte la jeune Innue.

D’ailleurs, sans honte, elle explique combien elle a trouvé le cégep difficile, mais toujours, elle s’est accrochée à son rêve de devenir médecin. Elle explique aussi avoir été chanceuse de pouvoir compter sur ses parents, qui étaient là pour elle au besoin, 24 h sur 24.

Heureusement, à Québec, il y avait aussi Jade. Sa sœur jumelle.

Les deux filles sont très proches. Jade aussi voudrait devenir médecin, mais elle a décidé de tenter sa chance pour entrer à la faculté de médecine en 2022.

Anaïs, de son côté, est impatiente de commencer l'université. J’en dors pas la nuit. J’ai hâte de voir les cours. Mais c’est aussi stressant, car on dit souvent que les études en médecine sont difficiles, confie-t-elle.

D'ici là, Anaïs compte les jours.

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