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Commission Laurent : « urgence d’agir » pour le bien-être des enfants autochtones

Régine Laurent lors d'une conférence de presse à la BAnQ.

Régine Laurent, présidente de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Gabrielle Paul

Le rapport final de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse (CSDEPJ), dévoilé lundi, consacre un chapitre aux enjeux concernant les enfants autochtones et souligne que ceux-ci doivent faire l’objet d’une « attention particulière ».

Le rapport recommande notamment la nomination d’un commissaire adjoint consacré au bien-être et aux droits des enfants autochtones, et que les peuples autochtones soient soutenus dans leurs efforts vers leur autodétermination en matière de protection de la jeunesse.

Les Autochtones sont les mieux placés pour identifier les besoins de leurs enfants et y répondre, a déclaré la présidente de la CSDEPJ, Régine Laurent, lors d'une conférence de presse lundi après-midi.

Le rapport final de la Commission Laurent fait valoir qu'il est urgent d'agir et que l'heure est venue de passer à l'action et de mettre en œuvre les solutions proposées par de précédentes commissions d'enquête, en ce qui a trait aux jeunes Autochtones, surreprésentés dans le système de protection de la jeunesse.

Le rapport réitère entre autres les recommandations formulées par l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) et par la commission Viens sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec.

Lorsque nous avons rencontré les gens des communautés autochtones, ils nous ont demandé de ne pas refaire le travail de consultation parce qu'il est maintenant tant d'agir. Nous sommes d'accord avec ça, a affirmé, en conférence de presse, le vice-président de la Commission, André Lebon.

Un commissaire adjoint pour les enfants autochtones

Le rapport recommande la création du poste de commissaire pour promouvoir le bien-être des enfants et que ce commissaire ait un adjoint consacré au bien-être et aux droits des enfants autochtones.

Cet adjoint devra cependant être nommé après des consultations avec les représentants autochtones.

Ce commissaire adjoint pourra se concentrer sur les enjeux touchant les jeunes Autochtones jusqu’au moment où les nations autochtones choisiront de se doter elles-mêmes d’une telle institution.

Cette avenue nous apparaît la plus propice à porter la voix de tous les enfants du Québec de façon inclusive, sans toutefois réduire la consultation et l’écoute des enfants autochtones, peut-on lire dans le rapport.

Application discriminatoire de la Loi sur la protection de la jeunesse

La Commission recommande que la sécurisation culturelle soit mise en place dans les interventions en protection de la jeunesse et que les intervenants suivent des formations obligatoires sur les réalités autochtones.

En ce sens, le rapport établit que la manière dont est appliquée la Loi sur la protection de la jeunesse engendre des effets discriminatoires qui contribuent à la surreprésentations des enfants autochtones dans le système de protection de la jeunesse.

Cette application discriminatoire de la Loi découlerait notamment du manque de connaissance des intervenants allochtones concernant les pratiques parentales éducatives autochtones.

L'histoire coloniale teinte toujours les relations avec les Autochtones. Le système de protection de la jeunesse est perçu comme un prolongement des pensionnats.

Une citation de :Extrait du rapport final de la CSDEPJ

Par ailleurs, le placement des enfants autochtones hors de leur communauté génère des conséquences négatives : une perte d'identité culturelle, une vision négative d'eux-mêmes et parfois une détérioration de leur santé physique, spirituelle, psychologique et émotionnelle, reconnaît le rapport.

L'importance de l'autodétermination

Le rapport Laurent établit l'autodétermination en matière de protection de la jeunesse des Autochtones comme un but à atteindre.

Les Autochtones doivent être dans le siège du conducteur, soutient André Lebon. Ils doivent être autonomes dans leurs décisions concernant les enfants et dans le respect de leurs distinctions culturelles.

La mise en œuvre de l’autodétermination en matière de protection de la jeunesse est indissociable du bien-être des enfants autochtones au Québec.

Une citation de :Extrait du rapport final de la CSDEPJ

Sans établir de modalités précises, le rapport de la Commission Laurent recommande de permettre aux dirigeants autochtones de créer leurs propres lois sur la protection de la jeunesse et de la famille et de reconnaitre la compétence des dirigeants autochtones dans l'exécution et le contrôle de ces lois.

Nous n'avons pas voulu nous compromettre sur des modalités, nous avons voulu établir un principe : que les 55 communautés des 11 nations au Québec puissent gérer et administrer leurs services en tenant compte que leurs particularités culturelles, précise le vice-président Lebon.

Radio-Canada / Ivanoh Demers
La Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, présidée par Régine Laurent, tient une conférence de presse à l'occasion de la publication de son rapport final

Photo prise au BanQ à Montréal, Québec.

Sur la photo: (Gauche à droite) André Lebon
Le 05 Mai, 2021 2021/05/03

André Lebon, vice-président de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les Autochtones doivent pouvoir décider les structures, les lois et les services dont ils ont besoin, réitère M. Lebon. Ils doivent être en charge de ces décisions.

Un rapport bien accueilli

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, accueille favorablement le rapport de la Commission Laurent et se dit reconnaissant de l'importance accordée aux enfants autochtones dans le document.

C'est un rapport important pour nous. Reconnaitre le droit à l'autodétermination de nos peuples, ça donne le ton des recommandations.

Une citation de :Ghislain Picard, chef de l'APNQL

« Le Canada et le Québec ont longtemps agi comme s’ils savaient mieux que nous ce qui était bon pour nos populations. Force est d’admettre qu’ils avaient tort. [...] Nous avons la possibilité de reprendre le contrôle de notre vie, et c’est exactement ce que nous avons l’intention de faire », a pour sa part déclaré, dans un communiqué de presse, Derek Montour, le président du conseil d’administration de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations Québec-Labrador (CSSSPNQL).

La présidente du Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec (RCAAQ), Tanya Sirois, se réjouit que les recommandations proposées, dans l'ensemble du rapport, rejoignent les valeurs autochtones.

Elles sont très holistiques et tournées vers la prévention et le soutien aux familles et non punitives, constate-t-elle.

De plus, elle salue le fait que la réalité urbaine des Autochtones soit reconnue. La rapport souligne, en effet, que la moitié de la population autochtone au Québec vit en milieu urbain.

Cependant, le rapport demeure très timide par rapport aux spécificités des réalités urbaines, croit Mme Sirois.

Elle espère par ailleurs que les centres d'amitié autochtone soient consultés pour la nomination du commissaire adjoint, étant donné du rôle qu'ils jouent dans le soutien aux familles autochtones évoluant en milieu urbain.

Au-delà du titre, ce qui nous intéresse c'est de voir si cette personne-là aura du pouvoir pour amener des changements et des solutions, nuance-t-elle.

Dans la mise en application, c'est souvent là qu'on rate le train, fait-elle valoir.

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