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Le budget fédéral omet de reconnaître le « génocide » des femmes autochtones

Le premier ministre avec un exemplaire du rapport entre les mains devant des membres des Premières Nations.

Justin Trudeau avait reçu en 2019 un exemplaire du rapport final de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Le budget fédéral décrit les violences faites aux femmes autochtones comme une « tragédie nationale » et ne mentionne à aucun moment le mot « génocide », malgré les conclusions de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, ce qui crée craintes et déception chez les familles des victimes et les survivantes.

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a conclu que les violences à leur égard faisaient partie d’un génocide il y a maintenant deux ans. Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU avait alors exhorté le gouvernement canadien à étudier le problème.

Nous acceptons les conclusions des commissaires de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées [ENFFADA], notamment en ce qui a trait au génocide, avait même déclaré le premier ministre Justin Trudeau en 2019.

Pourtant, le budget déposé en avril par Chrystia Freeland – le premier depuis le rapport final de l’ENFFADA – ne fait aucune mention du mot génocide. Le document décrit plutôt les violences contre les femmes autochtones comme une tragédie nationale.

C’est un faux pas, parce que c’est un génocide, lance Meggie Cywink, qui lutte depuis longtemps pour les femmes autochtones.

Le premier ministre Justin Trudeau a accepté l’utilisation du terme "génocide". Ça vient avec un certain niveau de responsabilité de la part du gouvernement.

Une citation de :Meggie Cywink, activiste

Il y a maintenant 27 ans que le corps de la sœur de Meggie Cywink a été découvert, sans vie, sur un site autochtone historique connu sous le nom de Southwold Earthworks, près de London, en Ontario. Sonya Nadine Cywink avait 31 ans à l’époque et était enceinte au moment de sa mort.

Depuis, Meggie Cywink s’est donné pour mission de comprendre ce qui est arrivé à sa sœur, mais aussi d’aider d’autres familles qui ont perdu une proche.

Elle veut s’assurer que ces familles seront au cœur des discussions sur les façons dont les 2,2 milliards promis par le budget fédéral seront dépensés.

La sensibilisation, ça a déjà été fait. Maintenant, nous devons agir pour que ça arrête, pour que le génocide cesse.

Une citation de :Meggie Cywink, activiste

Le gouvernement se dit fidèle aux paroles des familles et survivantes

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, n’a pas utilisé le mot génocide lorsqu’elle a été questionnée sur son absence dans le budget. Elle a simplement déclaré que le gouvernement avait accepté les conclusions du rapport final de l’ENFFADA.

Les familles et les survivantes nous demandent depuis des décennies de mettre en place des actions concrètes pour qu’elles puissent demander justice et recevoir des appuis et des traitements, mais aussi des actions pour mettre fin à cette tragédie nationale. Ce sont leurs mots, a-t-elle dit.

Je pense que nous sommes fidèles aux paroles des familles, mais aussi à la voie à suivre.

Une citation de :Carolyn Bennett, ministre des Relations Couronne-Autochtones
La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett.

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, a déclaré que le gouvernement avait accepté les conclusions du rapport final de l'ENFFADA.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Toujours selon Carolyn Bennett, le gouvernement s’est inspiré du plan d’action national pour le budget.

Les investissements dans le budget appuient la contribution fédérale du plan d’action national. L’argent promis dans le budget fait partie de notre mise en œuvre.

Marion Buller, commissaire en chef de l’ENFFADA, veut que le gouvernement en fasse plus pour reconnaître la conclusion de génocide.

Utiliser le terme "tragédie nationale" dans le budget pour décrire les femmes et filles disparues et assassinées est une tentative d’éviter les réalités sociales et légales du génocide, dit-elle.

Concernant les 2,2 milliards de dollars promis dans le budget, Marion Buller se demande comment le gouvernement peut financer un plan d’action national qui n’a pas encore été publié.

Elle assure avoir reçu des informations sur le plan d’action national à plusieurs reprises, mais ne pas avoir son mot à dire sur la suite.

Ce que je ne vois pas dans ce budget est le changement de paradigme que nous demandons. Nous devons nous éloigner des programmes et mesures temporaires.

Un plan en progression

Plus d’une centaine de femmes, de filles et de personnes transgenres autochtones supervisent le plan d’action visant à faire face aux causes de la violence à l’égard des femmes autochtones, assure Carolyn Bennett.

Dès qu’il sera complet, le plan d’action va inclure des mesures pour que les familles et les survivantes puissent suivre ses progrès ainsi que sa mise en œuvre et fournir des commentaires.

La ministre a toutefois refusé de s’engager pour une date de publication du plan.

Nous avons fait des progrès extraordinaires et avons hâte de le publier, conclut-elle.

Avec les informations d'Olivia Stefanovitch, de CBC

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