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Les changements climatiques compromettent le mode de vie des Inuit du Labrador

Un caribou broute l'herbe.

Les arbustes cachent de plus en plus les traces de caribous au Labrador, compliquant la chasse pour les Inuit.

Photo : Darroch Whitaker/Parks Canada

Radio-Canada

La glace fond à vue d’oeil sur les côtes du Labrador et les arbustes envahissent le territoire. Les Inuit, dont le mode de vie dépend de la nature, se demandent si celui-ci survivra aux changements climatiques, dont les effets sont nombreux et perturbent leur quotidien.

Depuis toujours, les insectes font partie du quotidien du pêcheur Derrick Pottle durant la saison douce à Rigolet, une communauté de quelque 300 habitants au Nunatsiavut, un territoire autonome géré par les Inuit de Terre-Neuve-et-Labrador. C’est toutefois incomparable à ce qu’il voit depuis quelques étés, quand les mouches et les moustiques forment d’épais nuages noirs.

Les insectifuges et les vestes anti-insectes sont désormais indispensables pour faire face aux changements de saison le long de la côte du Labrador. On essaie d’aller dehors, de faire nos activités extérieures, mais on est complètement envahis par les insectes, dit-il. On ne peut pratiquement pas respirer, c’est horrible.

Les déplacements en motoneige compromis

Auparavant, Derrick Pottle se déplaçait en motoneige, sur la neige et les cours d’eau gelés, jusqu’à la fin du mois de mai. Cette année, il a dû la ranger le 17 avril, après l’avoir utilisée à peine trois mois.

J’ai fait un voyage en motoneige de Goose Bay à Rigolet à la fin du mois de janvier. Je devais zigzaguer autour des trous dans la glace, et croyez-moi, ce n’est ni confortable ni sécuritaire.

Une citation de :Derrick Pottle, pêcheur
Un portrait de Derrick Pottle devant l'eau, avec des lunettes de soleil et une casquette.

Le pêcheur Derrick Pottle est inquiet pour son mode de vie et celui de sa communauté inuit au Labrador.

Photo : Eldred Allen/Bird's Eye Inc

La glace sur le lac Melville, qui sépare les deux municipalités, s’est fracturée dès le 28 avril, un mois plus tôt que d’habitude, selon le Service canadien des glaces.

Je suis certain que des gens pensent encore que les changements climatiques n’existent pas, mais quand notre mode de vie dépend de notre capacité à travailler en harmonie avec la nature et les éléments, il y a des impacts réels.

Selon Environnement Canada, depuis 1979, la superficie des glaces de mer de l’Arctique en septembre a diminué de 12 % par décennie et le nombre de jours où la neige recouvre le territoire est aussi en baisse.

Selon Derrick Pottle, les températures varient entre les extrêmes. Par exemple, le brouillard est parfois si dense que les avions ne peuvent pas atterrir ou le vent si fort que les gens ne peuvent plus se déplacer. En août dernier, la température a dépassé les 25 degrés Celsius pendant une dizaine de jours, un record, se rappelle Derrick Pottle.

Une explosion de vert

Ces variations de température ont aussi des conséquences sur l’alimentation des résidents du Nunatsiavut, notamment sur la récolte de baies. Les baies, comme la plaquebière, sont très sensibles lorsqu’elles sont au stade de floraison. Le vent ou la pluie peuvent faire tomber les fleurs et les grandes chaleurs peuvent les brûler, explique Derrick Pottle, ajoutant que plusieurs étangs où il chasse les oiseaux sont en train de s’assécher.

L’écologiste Luise Hermanutz appelle ce phénomène l’indice de bottes en caoutchouc. Lorsqu’elle a commencé à étudier les plantes de Nakvak Brook, au parc national des Monts-Torngat, dans le nord du Labrador, les scientifiques devaient se promener en bottes de caoutchouc. Aujourd’hui, ils portent des chaussures de randonnée.

C’est le résultat d’un changement radical dans les monts Torngat, d’abord signalé par les aînés inuit comme une explosion de vert dans ce qui était autrefois la toundra.

Un paysage complètement vert avec des arbustes.

La végétation envahit les monts Torngat, au Labrador, où on pouvait autrefois voir la toundra.

Photo : Darroch Whitaker/Parcs Canada

Des arbustes, comme le bouleau nain arctique, envahissent maintenant le territoire. La présence de cette essence a triplé dans le parc national depuis la fin des années 1990, selon Darroch Whitaker, spécialiste des écosystèmes de Parcs Canada.

La pointe nord du Labrador, jusqu’à la baie d’Ungava, est l’une des parties de l’Arctique canadien qui change le plus rapidement, et de loin.

Une citation de :Darroch Whitaker, spécialiste des écosystèmes de Parcs Canada

Une partie de ce processus, appelé arbustage, comprend la fonte des glaces côtières.

Les gens ne font pas nécessairement le lien entre la glace et les plantes, explique Luise Hermanutz. Cependant, les gens du Labrador le savent, la glace joue un rôle très important dans la régulation du climat, surtout au printemps et au début de l’été.

La diminution de la couche de glace contribue au réchauffement des températures tout au long de l’année. Et durant la belle saison, les racines et les plantes s’étendent sur une plus grande surface. Les caribous ont donc plus de choix pour s’alimenter et broutent moins les arbustes des monts Torngat.

C’est la petite danse complexe de tous ces facteurs environnementaux qui provoque des changements.

Une citation de :Luise Hermanutz, écologiste

Des arbustes qui cachent des ours polaires

Le chercheur, pêcheur et chasseur inuit Joey Angnatok, de Nain, constate que la végétation envahit le territoire.

Le vert monte de plus en plus dans les montagnes. On voit leur couleur changer.

Au sud du parc national, les arbustes cachent non seulement les traces des caribous lors de la chasse, mais aussi les pierres tombales d’Okak, une ancienne communauté inuit.

Portrait de Joey Angnatok dehors, en manteau d'hiver.

Joey Angnatok, chercheur, pêcheur et chasseur inuit de Nain, au Labrador

Photo : Hamlin Lampe/CBC

On a toujours vu les tombes très clairement, explique Joey Angnatok, mais plusieurs d’entre elles ont disparu sous les plantes dans les dernières années. Tout change.

Les arbustes sont plus denses dans les vallées fluviales, que les gens utilisent souvent pour se déplacer, assure Darroch Whitaker, ce qui peut augmenter les chances de rencontrer un ours polaire.

Pour vivre en sécurité sur ce territoire, il faut pouvoir repérer ces animaux, dit-il. Les arbustes nous compliquent la tâche.

Les scientifiques estiment que la surface recouverte par les arbustes doublera encore dans les 20 prochaines années, dit l’écologiste de Parcs Canada. Selon lui, ces changements profonds de l’écosystème du Labrador agissent un peu comme un indicateur de ce qui se passe partout dans l’Arctique.

Une vue de la vallée fluviale entourée de montagnes.

Le vert des arbustes monte de plus en plus sur les monts Torngat, au Labrador.

Photo : Darroch Whitaker/Parcs Canada

Pour Derrick Pottle, ces changements continueront d’avoir des conséquences majeures sur le mode de vie inuit. Il ignore notamment ce qui pourra remplacer les motoneiges pour se déplacer dans le territoire.

Nous avons beaucoup d’inquiétudes. Combien de temps pourrons-nous maintenir notre mode de vie? Personne, ni les animaux ni les humains, n’est insensible à ce qui se passe.

Avec les informations de Lindsay Bird, de CBC

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