•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des lacunes identifiées dans le fonctionnement du Conseil de la Nation Atikamekw

On parle entre autres d'une communication déficiente entre le CNA et les communautés.

Constant Awashish écoute la question d'une journaliste.

Constant Awashish, le grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, estime que la population doit encore être interrogée concernant le mode de gouvernance du CNA.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des impressions d’ingérence, une ligne trop mince entre les responsabilités administratives et politiques, un gros manque de communication… Le diagnostic réalisé par une entreprise indépendante sur l’organisation du Conseil de la Nation Atikamekw (CNA) a été dévoilé. Se dirige-t-on vers une refonte organisationnelle?

Le chef de Wemotaci François Néashit fait partie de ceux qui souhaitent que des changements soient apportés par le CNA. Plus précisément, le chef aimerait que les questions politiques et administratives soient séparées.

Notons que, le 6 juin 2019, les membres ont souhaité qu’une démarche structurée soit entreprise afin de renouveler les relations entre les communautés et le CNA. Ainsi, ce diagnostic a été commandé à l’entreprise Dux conseil inc. L’enquête a duré presque un an et demi.

François Neashit, chef du Conseil des Atikamekw de Wemotaci, est assis à son bureau.

François Néashit, chef du Conseil des Atikamekw de Wemotaci pense qu'il faut mieux séparer le politique de l'administratif dans le CNA.

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

En entrevue, le grand chef Constant Awashish rappelle que ce rapport a été fait surtout pour répondre aux préoccupations des chefs des trois communautés atikamekw et les directeurs de ces trois conseils de bande.

Wemotaci se dit en tout cas totalement en accord avec les conclusions du diagnostic. Espaces autochtones n’a toutefois pas réussi à obtenir des réactions des deux autres chefs : celui de Manawan et celui d’Opitciwan.

Pour le Conseil des Atikamekw de Wemotaci, les résultats de cet exercice démontrent hors de tout doute que des problématiques perdurent au sein de la Nation, mais que des solutions existent pour permettre une meilleure gouvernance, dit le chef Néashit.

Qu’est-ce que le Conseil de la Nation Atikamekw?

Le CNA regroupe les trois communautés atikamekw : celles de Wemotaci, de Manawan et d'Opitciwan. Le CNA est présidé par le grand chef Constant Awashish. Son rôle est de représenter officiellement les Atikamekw devant les instances gouvernementales.

De son côté, le CNA a indiqué que son conseil d’administration a pris acte de ce rapport et rappelle qu’il fera partie des documents de travail qui serviront dans une démarche globale.

Consulter la population

Il reste encore beaucoup de travail à faire et la population doit être consultée, indique le grand chef du CNA Awashish, qui rappelle que les conseils de bande sont les créatures du gouvernement fédéral, contrairement au CNA, qui est un organisme qui représente les membres de la Nation Atikamekw.

Le village de Manawan à l'hiver.

La communauté atikamekw de Manawan fait partie du Conseil de la Nation Atikamekw.

Photo : Radio-Canada / Josée Ducharme

Avant de faire quoi que ce soit, il faut rencontrer certains groupes comme les femmes, les jeunes, les chefs de territoire… Les chefs de territoire, ce sont eux qui détiennent tous les droits ancestraux. C’est à eux de décider la direction que doit prendre la CNA. Mais c’était important de prendre en considération l’opinion des élus des conseils de bande, dit le grand chef Awashish.

D’ailleurs, le CNA a réalisé un sondage auprès de la population à la fin du mois de mai 2019. Très fortement, les répondants considèrent que le CNA doit rester l'interlocuteur unique des gouvernements, dans le cas particulier des négociations territoriales globales à la hauteur de 89 %, indique-t-on.

Les bureaux du Conseil des Atikamekw de Wemotaci.

En août 2020, six élus avaient remis leur démission en dénonçant l’ingérence du CNA dans les affaires courantes du Conseil de Wemotaci, dont les bureaux sont visibles sur cette photo.

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

Un accent particulier est mis dans les réponses données par les jeunes qui représentent plus de 70 % de la population atikamekw. Ils ont maintes fois appuyé le CNA, lors des Sommets jeunesse, dans le dossier des négociations territoriales globales, indique-t-on encore.

On ne se basera pas juste sur ce diagnostic-là pour prendre une décision qui aura des conséquences à long terme sur une organisation qui appartient à l’ensemble des membres, dit encore Constant Awashish.

Le chef Néashit ne juge toutefois pas nécessaire cette consultation de la population. Ça fait quand même plusieurs années que la demande a été formulée. Si on commence à demander l’opinion de tous les électeurs, ça fera encore deux ou trois ans. Nous ici, à Wemotaci, on veut quand même avancer pour établir les règles qui nous unissent avec les deux autres communautés et le CNA, répond-il.

Séparer le politique de l’administratif

Par ailleurs, le rapport souligne qu’une grande majorité des personnes rencontrées souhaitent une division plus nette entre les responsabilités administratives et politiques du CNA pour éviter confusion et ingérence.

Le chef de Wemotaci abonde dans ce sens.

Il y a un problème d’ingérence du CNA par rapport aux trois bandes, et ça, on s’en aperçoit. Par exemple, quand on présente un projet à différents ministères, on nous dit parfois que le CNA a déjà déposé un rapport.

Une citation de :François Néashit, chef de Wemotaci

D'ailleurs, en août 2020, six élus avaient remis leur démission en dénonçant l’ingérence du CNA dans les affaires courantes du Conseil de Wemotaci.

Le chef Néashit de la communauté de Wemotaci souhaite qu’au niveau administratif, le CA soit composé d’un directeur général de chaque communauté ou d’autres représentants qui connaissent la gestion et les bases de l’administration.

Pour le côté plus politique, il estime que la responsabilité reviendrait aux trois chefs des trois bandes atikamekw, et peut-être une représentation plus élargie selon les coutumes de chacun, précise-t-il.

De son côté, le grand chef Awashish rappelle l’historique de la création des conseils de bande et du CNA.

Paul-Émile Ottawa

Paul-Émile Ottawa est le chef du Conseil des Atikamekw de Manawan.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La nation atikamekw avec les aînés et la population dans son ensemble ont décidé de se décoloniser en créant le CNA, et encore aujourd’hui il y a une certaine problématique avec cette dualité. On ne fait que défendre les intérêts de nos membres, indique encore le grand chef Awashish.

Constant Awashish concède du même souffle qu’il y a des gens qui sont agacés que les chefs des trois communautés fassent partie du conseil d’administration [du CNA]. Mais cela a été fait pour assurer une continuité. Il a été oublié que les conseils de bande ont été créés pour affaiblir les chefs.

L’une des solutions, selon l’entreprise qui a fait le diagnostic, serait par exemple de remplacer le grand chef et les chefs au sein du CNA par les directeurs généraux des communautés et possiblement par certains directeurs de services des communautés. Mais Constant Awashish n’est pas sûr que cela changerait grand-chose.

Difficultés de communication

Un manque de communication a aussi été souligné dans ce diagnostic. C’est apparent. C’est flagrant, ce manque de communication, insiste le chef Néashit.

Le rapport souligne que plusieurs personnes connaissaient peu ou insuffisamment les services disponibles au CNA, ou encore qu'elles ne savaient pas comment le CNA pouvait aider la communauté sur des enjeux ou des besoins précis.

C’est l’opinion personnelle des élus des trois communautés. Certains élus m’ont appelé pour me dire que la leur n’a pas été prise en compte. On ne peut pas se baser uniquement sur ce document-là. Il y a encore beaucoup de travail à faire.

Une citation de :Grand chef Constant Awashish

Quoi qu’il en soit, le CNA informe également qu’une démarche de diagnostic organisationnel plus exhaustif reste à compléter et qu’un rapport sera présenté aux membres de la Nation Atikamekw.

La partie du travail qui reste à faire revient aux trois conseils de bande de Manawan, Opitciwan et Wemotaci pour travailler ensemble pour présenter quelque chose qui sera d’actualité et qui fera consensus au niveau des électeurs du CNA, conclut le chef Néashit.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !