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Le budget fédéral réjouit plusieurs acteurs autochtones malgré des bémols

Un homme et une femme masqués posent devant des drapeaux canadiens, avec chacun un document de plusieurs centaines de pages dans les mains.

Justin Trudeau et Chrystia Freeland posent lors de la journée de présentation du budget fédéral 2021-2022.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Mathias Marchal

Les 18 milliards de dollars supplémentaires prévus sur 5 ans par Ottawa pour soutenir les Autochtones, de même que les avancées vers une plus grande autonomie, ont reçu un accueil plutôt positif. Avec toutefois quelques bémols, notamment à propos du logement. État des lieux.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a souligné que le plus gros investissement jamais consenti aux Premières Nations était le résultat d’un plaidoyer soutenu visant à combler le fossé socio-économique qui subsiste entre les Premières Nations et le reste du Canada.

Femmes autochtones Québec salue la décision d’Ottawa d’investir 18 milliards sur 5  ns pour combler l’écart qui sépare la réalité des peuples des Premières Nations et des Allochtones. L’organisme dit toutefois attendre de voir les actions concrètes qui seront réellement entreprises pour atteindre la réconciliation et l’établissement des relations de nations à nations.

Les Autochtones ont des raisons de se réjouir de tout cet argent. Mais beaucoup doivent penser que ces sommes auront mis bien du temps à arriver, a nuancé de son côté Catherine Richardson, porte-parole des enjeux autochtones pour le Parti vert.

Comme une grande partie de la prospérité du Canada vient de la spoliation des Autochtones, ces sommes pourraient ne pas être considérées comme un don, mais comme un paiement partiel de loyer.

Une citation de :Catherine Richardson, Parti vert

Logement et eau potable

La problématique du logement fait partie de l’un des enjeux principaux soulevés par l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador. Son chef, Ghislain Picard, se félicite des investissements assez significatifs annoncés lundi, mais souligne du même souffle que ce ne sera pas suffisant pour régler le problème dans sa totalité.

Environ, 18 % des 667 000 ménages autochtones du Canada ont des besoins en logements, indiquait en début d’année le bureau du Directeur parlementaire du budget (DPB), qui chiffre à 636 millions $ les sommes nécessaires pour effectuer un rattrapage.

La façade de l'immeuble en hiver.

Kijate, un immeuble de logements sociaux pour Autochtones à Val-d’Or.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Un chiffre énorme en comparaison des 179 millions $ que versait jusqu'ici annuellement Ottawa pour divers programmes. En outre, 52 communautés ont toujours des problèmes d’eau potable, alors que le gouvernement Trudeau avait promis, en 2015, de régler le problème dans les 160 communautés qui y faisaient alors face.

Les conservateurs croient qu’aucun Canadien ne devrait être privé d’eau potable et continueront d’exiger des libéraux qu’ils rendent des comptes pour que les peuples autochtones puissent jouir des services de qualité qu’ils méritent, a déclaré le député conservateur Gary Vidal.

Le succès ne se mesure pas par les annonces de financement et les promesses électorales.

Une citation de :Gary Vidal, député de Desnethé—Missinippi—Churchill River

Pour tenter de remédier aux problématiques de logement et d’eau potable, Ottawa offrira 6 milliards $ sur 5 ans, dont 4,3 milliards seront distribués via un Fonds d’infrastructure aux communautés autochtones. Les partenaires autochtones décideront eux-mêmes de leurs priorités, une bonne nouvelle, selon Ghislain Picard.

Si le Bloc québécois dit reconnaître l’importance des sommes annoncées, Sylvie Bérubé, porte-parole du parti en matière d’Affaires autochtones, mentionne que les fonds destinés au logement ne représentent que le tiers de ce qui est nécessaire. C’est une occasion manquée pour les libéraux, selon elle.

Services en santé mentale

Le taux de suicide chez les membres de Premières Nations est trois fois plus élevé que chez les allochtones, selon Statistique Canada (neuf fois plus élevé chez les Inuit).

Et la pandémie n’a pas aidé. La Ligne d'écoute d’espoir pour le mieux-être a reçu en moyenne 2698 appels par mois en 2020, contre 132 par mois en 2019 (elle a été créée en mai 2018), selon le ministère des Services aux Autochtones.

Le gouvernement affirme déjà verser 425 millions $ par an pour les services en santé mentale dans les communautés autochtones. L'Assemblée des Premières Nations estime que 1,3 milliard $ seraient nécessaires. Le budget Freeland, présenté lundi, y répond en partie. Une stratégie sur le mieux-être mental sera déployée durant les trois prochaines années. Elle sera dotée d’une enveloppe de 600 millions $

Le tipi de Tristen Durocher installé devant l’Assemblée législative de la Saskatchewan pour protester contre le haut taux de suicide dans les communautés autochtones.

Le tipi de Tristen Durocher installé devant l’Assemblée législative de la Saskatchewan pour protester contre le haut taux de suicide dans les communautés autochtones.

Photo : Radio-Canada / Rob Kruk

À qui ira l’argent? À des organismes autochtones ou à des agences coloniales comme Santé Canada qui n’embauchent pratiquement pas d’Autochtones, se questionne Catherine Richardson du Parti vert.

Malgré 30 ans d’expérience en psychothérapie ailleurs au Canada, cette femme aux origines métis, crie et gwich’in dénonce les barrières professionnelles qui l’empêchent d’exercer au Québec. Ici, le nombre de psychothérapeutes autochtones accrédités se compte sur les doigts d’une main, déplore celle qui est aussi directrice du programme d'Étude des peuples autochtones à l'Université Concordia.

Éducation et services de garde

En plus des 2,5 milliards $ destinés à l’apprentissage et à la garde des jeunes enfants autochtones, 1 milliard $ de plus serviront à réformer les services à l'enfance. Plusieurs communautés, notamment au Québec, veulent s’affranchir de la Direction de la protection de la jeunesse.

Lorsque les Premières Nations connaissent du succès, cela rejaillit sur tout le Canada, a résumé le chef Perry Bellegarde, évoquant les progrès effectués ces six dernières années et ceux qui restent à accomplir pour combler le fossé socio-économique entre Autochtones et allochtones.

L'école primaire Seskitin, de la communauté atikamekw de Wemotaci.

L'école primaire Seskitin, de la communauté atikamekw de Wemotaci.

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

Le président de l'Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed, a de son côté souligné que les sommes en jeu étaient importantes, mais qu’il attendrait de voir comment elles seraient dépensées et où exactement elles iraient.

Mise en œuvre des recommandations

Après trois ans d’enquête et 2380 témoignages, les recommandations découlant de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) tardent à se concrétiser, déplorent plusieurs groupes autochtones.

Presque deux ans après le dépôt du rapport, aucun plan d’action national n'a encore été déposé, Ottawa se retranchant derrière la pandémie et la nécessité de consulter les parties prenantes (organisations autochtones, provinces, experts, etc.).

Le budget Freeland prévoit néanmoins 2 milliards $ sur 5 ans pour que les services de police, de santé et de justice soient culturellement plus adaptés aux réalités autochtones. Certains aspects mentionnés dans le budget font toutefois tiquer Ghislain Picard.

En mars, il était ressorti d’une rencontre avec le ministre de la Sécurité publique du Canada, Bill Blair, avec l’impression que la refonte des corps de police autochtones pourrait avancer rapidement, de même que leur financement.

Là on voit que les sommes prévues à travailler sur un cadre législatif s’étalent sur plusieurs années. On va devoir éclaircir cela.

Une citation de :Ghislain Picard, chef de l'APNQL

Le budget total du gouvernement Trudeau, pour l'année 2021-2022, s'élève à 509 milliards $ et prévoit un déficit de 154,7 milliards $.

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