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Des Premières Nations pressent Ottawa de mieux financer les services en santé mentale

Une enfant se recueille à une tombe dans un cimetière dans la Première Nation d'Attawapiskat, en Ontario.

La pandémie a exacerbé les problèmes de santé mentale dans les communautés, disent des leaders autochtones.

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

Radio-Canada

Des dirigeants des Premières Nations exhortent le gouvernement fédéral à s'engager sérieusement afin de mieux financer les services en santé mentale dans leurs communautés.

Cedric Gray-Lehoux, coprésident du Conseil des jeunes de l'Assemblée des Premières Nations (APN) et membre de la Première Nation Mi'gmaq de Listuguj, souligne que la pandémie a eu des conséquences considérables sur la santé mentale dans les communautés.

Le bien-être de nos Premières Nations est directement lié à nos cultures et nos cultures sont directement liées à nos contacts avec nos communautés, dit-il. Avec le confinement et l'isolement en raison de la pandémie, le bien-être de nos communautés est affecté.

Vendredi, le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a reconnu lors d'une conférence de presse que les ressources en santé mentale actuellement accessibles pour les communautés autochtones sont insuffisantes.

La crise de la santé mentale dans les communautés autochtones, et en fait partout au Canada, est vraiment la pandémie cachée. Je m'inquiète beaucoup pour les jeunes.

Une citation de :Marc Miller, ministre des Services aux Autochtones

L'Assemblée des Premières Nations estime que 1,3 milliard de dollars seraient nécessaires afin de rendre ces ressources plus accessibles à l'ensemble des membres.

En Saskatchewan, la Fédération des nations autochtones souveraines (FSIN) est de son côté à la recherche de 30 millions de dollars sur 10 ans.

Le taux de suicide chez les membres des Premières Nations de la Saskatchewan est quatre fois plus élevé que celui du reste de la population, selon Statistique Canada.

Selon la FSIN, les adolescents représentent un quart des victimes de suicide chez les Autochtones en Saskatchewan.

Nous ne voulons pas de platitudes

Le vice-chef de la FSIN David Pratt affirme que le gouvernement doit élaborer un plan d'action pour s'attaquer aux déterminants sociaux des problèmes de santé chez les Premières Nations.

Nous ne voulons pas de platitudes. Nous ne voulons plus de larmes de la part des fonctionnaires fédéraux ou des homologues provinciaux. Nous voulons des investissements réels et de vrais partenariats.

Une citation de :David Pratt, vice-chef de la FSIN

La lutte pour l'amélioration des ressources en santé mentale est une affaire personnelle pour M. Pratt. Sa sœur et sa petite-fille se sont suicidées.

C'est tragique, mais c'est pourquoi ce travail est important, affirme-t-il.

En 2019, le gouvernement a accordé 2,5 millions de dollars à la FSIN pour créer une stratégie de prévention du suicide.

Un montant insuffisant afin de régler les difficultés sociales qui exacerbent les problèmes de santé mentale, selon M. Pratt.

Il y a plus à faire, dit le ministère

Dans une déclaration à CBC News, le bureau de Marc Miller soutient que 425 millions de dollars sont accordés par an pour les services communautaires en santé mentale dans les communautés des Premières Nations et des Inuit à travers le pays.

La ligne d'écoute pour le mieux-être du ministère a reçu en moyenne 2698 appels par mois en 2020, contre 132 par mois en 2019, souligne aussi le bureau du ministre.

En raison de la pandémie, le ministère avait également annoncé une financement de 82,5 millions de dollars pour aider les communautés autochtones à mettre en œuvre des services de santé mentale à distance, tels que des séances de soutien psychologique par téléphone ou par visioconférence.

Les besoins actuels des communautés autochtones en matière de santé mentale sont le résultat des inégalités sociales et des injustices colonialistes qui se sont étendues sur des siècles, indique un communiqué du ministère paru cette semaine.

Nous savons qu'il y a plus à faire et nous continuerons de travailler en partenariat pour faire progresser les approches dirigées par les Autochtones, peut-on également lire dans ce communiqué.

Des communautés entières affectées

Récemment, deux enfants autochtones, tous deux âgés de 10 ans, se sont suicidés en Saskatchewan, souligne David Pratt.

Nous devons aller au fond des choses, affirme-t-il. Qu'est-ce qui peut pousser des enfants de 10 ans à se suicider? À cet âge, ils devraient être remplis d'espoirs et de rêves.

Au Manitoba, la Première Nation Dakota de Sioux Valley est toujours sous l'état d'urgence lancé en octobre dernier à la suite d'une série de suicides.

Dans cette communauté de 1500 personnes, neuf personnes se sont enlevé la vie et 22 autres ont tenté d'en faire de même au cours de la dernière année, dit la chef Jennifer Bone.

Ça n'a pas seulement un impact sur la famille immédiate des victimes. Tout le monde est touché.

Une citation de :Jennifer Bone, chef de la Première Nation Dakota de Sioux Valley

La chef Bone estime que la détresse dans sa communauté découle des traumatismes intergénérationnels causés par les pensionnats, de la perte de la langue, de la culture et des traditions à cause de la colonisation.

Des vies sauvées grâce à une ligne d'écoute

Dans le nord de l'Ontario, l'isolement provoqué par la pandémie a poussé la Nation Nishnawbe Aski (NAN) à créer une ligne d'écoute sans frais pour ses 49 communautés.

Cette ligne d'écoute permet d'offrir du soutien psychologique par téléphone, par texto et par clavardage dans les dialectes cri, oji-cri et odjibwé.

Quelques centaines de personnes ont utilisé le service jusqu'à présent.

La présidente de l'équipe de travail pour la COVID-19 de la NAN, Mae Katt, souligne que la plupart des appels concernent des pensées suicidaires, la consommation de drogues et d'alcool, l'anxiété et la dépression.

Nous constatons une augmentation des symptômes d'anxiété et de dépression, dit Mme Katt. Au moins, nous avons ce programme pour répondre aux appels à l'aide.

Nos communautés vivent des vagues de suicides depuis plusieurs années, mais maintenant les gens en détresse peuvent nous appeler et nous pouvons sauver des vies.

Une citation de :Mae Katt, présidente de l'équipe de travail contre la COVID-19

La NAN a reçu 2,3 ​​millions de dollars en financement fédéral en août dernier pour poursuivre le service pendant un an. Mme Katt espère aussi que le service pourra être maintenu au-delà de la pandémie.

D'après un texte d'Olivia Stefanovich de CBC News.

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