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Un Huron-Wendat devient un haut gradé de l'armée canadienne

Deux hommes dont un militaire. L'autre tient dans sa main un tambour.

Jocelyn Paul est devenu lieutenant-général après 33 ans au sein des Forces armées canadiennes.

Photo : Forces armées canadiennes

Jocelyn Paul a commandé jusqu’à 13 000 hommes et femmes durant sa carrière. Il vient de devenir lieutenant-général vendredi. L’avant-dernier grade de l’armée avant celui de général. Ce Huron-Wendat nous parle de sa carrière, de son intégration en tant qu’Autochtone dans l’armée canadienne et de son avenir. Rencontre.

L’aventure, le groupe… la gang, comme on dit, l’envie de rencontrer des hommes et des femmes très différents. Voilà ce que répond le lieutenant-général Jocelyn Paul lorsqu’on lui demande pourquoi il a voulu s’engager dans les Forces armées canadiennes (FAC).

Cela fait 33 ans qu'il a choisi une troisième famille. Il a d’abord celle de Wendake, sa communauté qui l’a vu naître, et celle de Pessamit, celle de sa femme, Innue.

Aujourd’hui, il est sûrement très fier de cette promotion, mais il ne le dira pas. Humblement, il rappelle que s’il en est arrivé là, c’est grâce à un mélange de facteurs : il faut un peu de chance, être au bon endroit au bon moment, être patient et écouter ses subalternes, ses pairs, accepter les bons conseils et être un bon leader.

Un militaire s'adresse à des jeunes.

Le lieutenant-général s'est rendu au camp Loon à l'été 2018 pour s'adresser au ranger junior.

Photo : Forces armées canadiennes

Ce Huron-Wendat s’est enrôlé comme réserviste dans le Régiment de Saguenay en 1988. S’il choisit cette base-là, c’est parce qu’en même temps, il poursuit des études en histoire à l’université, à Chicoutimi. Il mettra ensuite le cap vers Montréal, pour faire une maîtrise en anthropologie, et rejoindra le Régiment de Maisonneuve.

Cours d'histoire

Son parcours en histoire et en anthropologie se devine assez facilement. Lorsqu’on lui demande ce qu’il répond aux gens qui l’accusent peut-être de travailler pour l’ennemi, ce bras armé d’un système qui est parfois considéré par les plus récalcitrants à avoir mis à genoux ses ancêtres, Jocelyn Paul donne un vrai cours d’histoire du Canada.

Il évoque les alliances que les communautés autochtones ont scellées avec les Européens à leur arrivée sur le territoire. Il rappelle que ces alliances étaient à la fois commerciales et militaires. Nos ancêtres ont toujours défendu les limites de la colonie, poursuit-il.

Alors il exhorte les sceptiques à montrer leurs sources historiques, car en ce qui le concerne, il n’a jamais vu ni entendu que les forces militaires sont des forces d’oppression.

Il se dit d’ailleurs très patriote. Je suis excessivement fier d’être Canadien et Huron-Wendat. Je suis fier du Canada, lance-t-il, tout sourire.

Des missions à l'international

Dans sa famille en tout cas, on l’a plutôt encouragé. Mais évidemment, ses parents se sont aussi inquiétés lorsque leur fils s’est envolé pour la Croatie au début des années 90. La guerre civile y faisait alors rage. Pareil lorsqu’il était envoyé à Kandahar, en Afghanistan.

La mission afghane, qui aura duré d’avril à octobre 2009, est l’une des plus marquantes du lieutenant-général. 13 000 hommes et femmes étaient sous son commandement. Il était alors commandant du Groupement Tactique du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment.

Jennie Carignan en uniforme militaire dans une zone désertique, en Afghanistan.

Les FAC ont été présentes en Afghanistan.

Photo : 2e division du Canada

C’était une mission de combat. Nous devions sécuriser la population afghane locale. Il y a eu plusieurs accrochages avec les rebelles. Nous avons perdu beaucoup de frères et de sœurs d’armes, d’autres ont été gravement blessés physiquement ou psychologiquement, raconte-t-il.

Évidemment, certains encaissent le choc comme ceux-là mieux que d’autres. On est tous affectés à des niveaux différents et parfois à un moment différent de notre carrière. Cette mission a affecté mon tempérament. Je suis peut-être moins patient, j’ai plus facilement des montées de colère, concède-t-il.

La mission qu’il a menée en Palestine l’a aussi beaucoup marqué, mais pour d’autres raisons. D’un point de vue personnel, ça m’a permis de me réconcilier avec moi-même, dit-il.

Là-bas, il a aidé les forces de sécurité palestiniennes à devenir plus professionnelles. C’était de la formation. C’était purement humain et très gratifiant, précise-t-il.

Une femme de dos, avec une broche traditionnelle dans les cheveux et des plumes.

Les Autochtones sont encore très peu nombreux dans l'armée canadienne.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Le lieutenant-général aura donc vu du pays. Un sacrifice à accepter afin de monter dans la hiérarchie, selon lui. Il se dit chanceux, puisque sa femme l’a toujours soutenu, et aujourd’hui ses enfants sont autonomes. Ce n’est donc qu’avec elle qu’il va bientôt s’envoler pour Naples.

Une mission au sein du quartier général de l’OTAN l’attend. Il sera commandant adjoint de ce QG. Et après plus de trois décennies au sein des FAC, Jocelyn Paul a un certain recul pour en parler en tant qu’Autochtone. Il souligne que lorsqu’il s’est engagé, il n’y avait pas les programmes qui existent aujourd’hui, tels que les programmes Carcajou (Québec), Black Bear (Nouveau-Brunswick) ou encore Bold Eagle (dans l’Ouest).

Les FAC ont fait énormément de chemin depuis mon arrivée. Moi, j’ai dû faire preuve de pédagogie, expliquer qui j’étais, quel était mon background, se souvient-il.

Aujourd’hui, il encourage tous les jeunes Autochtones qui sont tentés de se lancer dans l’aventure et demande à tous de sortir de leurs idées préconçues. Je crois que les gens écoutent trop de westerns américains. Dans le fond, on veut tous une meilleure vie. Nous, les Pachtounes d’Afghanistan… on veut tous la même chose.

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