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Le quotidien des monteurs d'acier mohawks à New York en temps de pandémie

Hogan Gilbert, un monteur d'acier de Kahnawake, travaille comme plusieurs autres Kanien'kehá:ka dans la construction de bâtiments à New York.

Kahnawake a une longue histoire de travailleurs qui ont participé à la construction de ponts et de gratte-ciels new-yorkais.

Photo : Courtoisie / Hogan Gilbert

Comme beaucoup de familles kanien'kehá:ka (mohawks), celle de Hogan Gilbert est intimement liée à la métallurgie et particulièrement au métier de monteur d'acier, ce qui l’a éloigné de chez lui.

Hogan Gilbert, comme d'innombrables autres monteurs d'acier de Kahnawake, tout près de Montréal, parcourt environ 600 kilomètres sur la I-87 chaque semaine pour travailler à la construction de ponts et de gratte-ciels à New York. Ces déplacements sont devenus une véritable tradition de génération en génération pour plusieurs familles kanien'kehá:ka.

Mais, pandémie de COVID-19 oblige, le quotidien de ces travailleurs s’est radicalement transformé depuis un an. Avec la fermeture de la frontière canado-américaine et de strictes mesures de santé publique, bon nombre d'entre eux ont dû s’isoler de leur famille, de leurs amis et de leur communauté.

Hogan Gilbert, un monteur d'acier de Kahnawake, travaille comme plusieurs autres Kanien'kehá:ka dans la construction de bâtiments à New York.

Hogan Gilbert, un monteur d'acier de Kahnawake, travaille comme plusieurs autres Kanien'kehá:ka dans la construction de bâtiments à New York.

Photo : Courtoisie / Hogan Gilbert

La communauté nous manque, quand on est ici depuis si longtemps, confie Hogan Gilbert. Âgé de 31 ans, il en est à sa troisième année d'apprenti et est affilié au Local 40, le syndicat qui représente les travailleurs du fer de New York. Ce n’est qu’une fois que la maison n’est plus accessible que vous réalisez à quel point vous l’appréciez.

Mais maintenant, après des mois de visites séparées par des fenêtres ou sur des terrains de camping, pour s’assurer de garder une distance sécuritaire, les premières doses de vaccins sont arrivées. Et les monteurs d'acier de Kahnawake voient enfin poindre la fin de leur isolement.

La solitude me rendait fou

En mars 2020, avant les directives fédérales en vertu de la Loi sur la mise en quarantaine, le Groupe de travail sur la COVID-19 de Kahnawake a mis en œuvre un certain nombre de mesures pour les travailleurs transfrontaliers afin de minimiser le risque de transmission du virus.

L’une de celles-ci recommandait aux travailleurs de rester sur leur chantier jusqu'à nouvel ordre ou de se placer en quarantaine pendant deux semaines s'ils choisissaient de rentrer chez eux.

Ça a été la partie la plus difficile, la plus longue de l'année, se souvient Hogan Gilbert. La solitude me rendait fou, pour être honnête. Pendant des mois, j'étais seul tous les jours.

Mike White, un apprenti monteur de 36 ans, a décidé de prendre un congé de cinq mois pour rester à Kahnawake en compagnie de sa fiancée et de ses quatre enfants.

Mike White a eu à s'isoler de sa famille lorsqu'il revenait de New-York.

Mike White a eu à s'isoler de sa famille lorsqu'il revenait de New-York.

Photo : Courtoisie / Angel Horn Photography

Je ne suis retourné à New York qu'à la fin du mois d'août. Heureusement, j'ai pu reprendre mon emploi au sein de la même entreprise, explique-t-il en entrevue à distance, lui qui se trouve actuellement dans la grande ville américaine.

Les choses étaient différentes [d’avant]. Nous avons été testés deux fois par semaine et de nombreuses mesures de sécurité ont été mises en place.

Mais faire des allers-retours entre les États-Unis et Kahnawake nécessitait un important sacrifice. Il lui fallait s'isoler de sa famille et il ne pouvait parler avec ses proches qu'à travers une fenêtre. C'était difficile pour tout le monde.

La situation s’améliore toutefois pour lui, à la fois à New York et à la maison. Je prends toutes les précautions nécessaires. J'apporte mes courses de chez moi, je conduis pour aller au travail et en revenir, et c'est tout.

Hogan Gilbert a vécu une expérience similaire. Au cours de l'automne et de l'hiver, il s'est isolé de sa conjointe en campant dans la cour arrière de leur maison ou en séjournant dans des hôtels jusqu'à ce que le coût en devienne prohibitif.

Le couple a pris ces précautions supplémentaires en fonction des aînés et des plus vulnérables de la communauté. Nous avons été extrêmement prudents, car je vois beaucoup mes parents et ils travaillent avec les aînés. Nous nous sommes donc éloignés les uns des autres afin de protéger tout le monde autour de nous, explique Maylan Jacobs, sa conjointe.

C’est réconfortant de savoir qu’il passe régulièrement des tests et que les résultats sont négatifs, mais il y a toujours un risque. Je dois donc choisir qui je veux voir : ma famille ou lui. Ce choix est difficile à faire.

La lumière au bout du tunnel

Depuis le 21 février, de nouvelles exigences en matière de tests de dépistage et de mise en quarantaine sont requises lors de l'entrée au Canada. Les travailleurs essentiels sur les projets d'infrastructure, tels que les monteurs d'acier, en sont exemptés.

Cependant, le Groupe de travail sur la COVID-19 de Kahnawake reste prudent, donnant aux monteurs l'autorisation de retourner dans la communauté sans avoir à s'isoler tant qu'ils ont reçu un résultat négatif pour un test de dépistage au cours des 72 heures précédentes.

Mike White, 36 ans, a décidé de prendre une pause de son travail à New York pour rester auprès de sa famille à Kahnawake.

Mike White, 36 ans, a décidé de prendre une pause de son travail à New York pour rester auprès de sa famille à Kahnawake.

Photo : Courtoisie / Mike White

Mike White passe donc un test tous les mercredis avant de rentrer à la maison le vendredi soir. Son syndicat ne paie qu’un test toutes les deux semaines, alors il débourse 120 $ de sa poche pour les autres tests.

Nous comprenons que [les règles] entraînent des conséquences néfastes pour les gens, convient le commissaire à la sécurité publique au Conseil Mohawk de Kahnawake Lloyd Phillips, qui fait aussi partie du groupe de travail sur la COVID-19. Nous essayons d'être aussi justes que possible, mais il faut garder à l’esprit que la santé de l’ensemble de notre communauté est notre priorité.

Il souligne tout de même qu'une séance de vaccination spéciale a été organisée le 28 mars pour les travailleurs transfrontaliers et les étudiants. Mike White et Hogan Gilbert ont tous deux été parmi ceux qui ont reçu leur première dose de vaccin lors de cet événement qui s’inscrit dans la campagne de vaccination élargie organisée par le groupe de travail à Kahnawake.

Hogan Gilbert et Maylan Jacobs ont finalement pu se revoir en personne et sans avoir besoin de s'isoler en mars.

Hogan Gilbert et Maylan Jacobs ont finalement pu se revoir en personne et sans avoir besoin de s'isoler en mars.

Photo : Courtoisie / Maylan Jacobs

Pour Mike Gilbert, ce fut un énorme soulagement. Bien que son horaire actuel signifie qu'il sera moins souvent à la maison, il a pu embrasser sa conjointe pour la première fois depuis juillet. Nous nous sommes regardés comme si nous ne savions plus comment faire ça. Elle m'a sauté dessus et m'a donné un gros bec. C'était incroyable, se souvient-il.

J’ai l'impression qu'il y a une lumière au bout du tunnel, en sachant que je peux rentrer à la maison tant que j’ai des résultats négatifs. C'est la clé, soutient-il. L’important est aussi que les gens se fassent vacciner pour que nous n’ayons plus à nous inquiéter [de la pandémie] pour encore bien longtemps.

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