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Dépistage du cancer du sein dans un autobus, la solution pour les régions éloignées

Depuis 2005, une unité mobile se déplace dans les communautés cries.

Un bus stationné.

L'unité mobile CLARA qui offre le dépistage du cancer du sein dans les régions éloignées.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Difficile de rater la clinique mobile de dépistage du cancer du sein quand le CLARA Bus est en ville. Des affiches sont placardées un peu partout dans Chisasibi et l’autocar est bien visible, garé près du centre de santé. Il faut dire que pour les femmes de 50 à 69 ans qui veulent effectuer une mammographie, c’est la seule occasion possible sans avoir à se déplacer dans le sud de la province.

Cette unité mobile de l’Institut national de santé publique du Québec dessert depuis 2002 les régions éloignées de la province accessibles par la route. En 2005, les communautés cries ont été ajoutées à son circuit.

Tous les deux ans, en général, la clinique mobile circule sur le territoire Eeyou Istchee Baie-James. En moyenne, plus de 700 femmes font une mammographie, l’un des meilleurs moyens pour détecter précocement le cancer du sein, la deuxième forme de cancer la plus répandue chez les Canadiennes.

Après avoir été à Eastmain et Wemindji, l’unité mobile CLARA s’est garée à Chisasibi, le village cri le plus septentrional accessible par la route.

Pendant deux semaines et demie, des patientes de la communauté mais aussi de Whapmagoostui entrent dans l'autocar pour leur dépistage du cancer du sein.

Jeannie Masty George, 69 ans, revient de sa consultation et s’assoit avec cinq autres femmes de sa communauté dans la cafétéria du centre de santé, quasiment vide.

Une femme âgée qui sourit

Jeannie Masty George est venue de Whapmagoostui.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Depuis qu’elle a la cinquantaine, elle fait régulièrement une mammographie. Mais l'an dernier, à cause de la pandémie, la tournée a été annulée, donc me voilà, dit-elle.

Un examen qu’elle ne veut pas manquer. D’autant plus qu’avoir un tel service si proche de chez elle est précieux.

Jeannie Masty George vient de Whapmagoostui, à une quarantaine de minutes en avion de Chisasibi. Sa communauté n’est pas accessible en auto. Parfois, une unité portative de mammographie est envoyée dans sa communauté, mais depuis 2017, il n’y a pas eu de dépistage là-bas.

Si elle n’avait pas pu venir ici, elle aurait dû aller à Val-d’Or ou Montréal.

C’est au moins 3 h 30 de vol, deux nuits sur place. Le faire à Chisasibi, ça m’aide, c’est plus simple et rapide, je n’ai pas besoin de partir longtemps de chez moi, explique Jeannie Masty George.

C’est un service qui est beaucoup plus accessible ainsi, car il n’y a aucune machine pour les mammographies dans la région, indique l’infirmière conseillère pour les maladies chroniques au Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James, Irène Chu.

Cela donne vraiment une chance aux femmes d’avoir un dépistage, les recommandations pour les femmes entre 50 et 69 ans sont de le faire aux deux ans, poursuit-elle.

Les installations sont identiques à ce que l’on retrouve dans les établissements du réseau de la santé du Canada, explique la chef technologue des services cliniques de dépistage à l’INSPQ, Karina Olivier.

À l’entrée de l’autobus, Hannah Kawapit donne son nom et répond aux questions de l’une des deux technologues avant d’aller vers le fond, où se trouve le mammographe.

Deux femmes, dont l'une tape à l'ordinateur et l'autre répond à ses questions

Hannah Kawapit répond à quelques questions avant d'aller passer une mammographie dans le fond de l'autocar

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Nous, on offre le service de mammographie, mais on ne s’occupe ni de la clientèle ni des ressources sur place, précise Karina Olivier. Ici, cela relève du Conseil cri de la santé qui collabore avec l’INSPQ. 

Les femmes concernées sont donc contactées par des infirmières et, en général, elles répondent positivement. Preuve en est le va-et-vient entre l’unité mobile et la cafétéria du centre de santé où elles attendent autour d’un café.

Afin de sécuriser, traduire ou soutenir, un représentant en santé communautaire est disponible.

Pour Whapmagoostui, c’est Shannon Natachequan qui s'est déplacée. Dans une pièce du centre de santé, elle discute avec une patiente et lui pose des questions en cri.

Elles comprennent mieux en cri. Peu de personnes parlent bien l’anglais et les termes spécifiques liés au questionnaire, c’est important pour elles de comprendre étape par étape par quoi elles vont passer, explique Shannon Natachequan.

De plus, entre chaque communauté crie, les mots peuvent différer et ce questionnaire donne des informations primordiales pour le dépistage, comme savoir quand était le dernier, s’il y a eu des bosses, des problèmes, des changements au niveau des seins.

La réalité, lance Irene Chu, c’est que je viens de dehors. Je ne suis pas crie, je ne parle pas cri, donc il y a un gros aspect culturel, mais aussi la façon de parler en cri. Shannon sait comment parler avec les patientes, comment répondre aussi à leurs besoins.

Une femme pose avec son masque devant un panneau

Irène Chu gère la coordination de l'unité mobile de dépistage du cancer du sein pour le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Hannah Kawapit confirme l’importance de Shannon Natachequan, à cause des personnes âgées qui viennent de la communauté, comme cela elles peuvent comprendre les questions et on se sent plus à l'aise.

Ce service, déjà nécessaire, l'est d'autant plus en temps de pandémie. Si ces femmes ne pouvaient se faire dépister dans les communautés cries, elles auraient dû partir en dehors du territoire Eeyou Istchee Baie-James, ce qui implique de facto un isolement de 14 jours au retour.

Hannah Kawapit ne sait pas trop ce qu’elle aurait fait si elle n'avait pu se dépister à Chisasibi. Son dernier examen remonte à 2017 et elle sait à quel point cet examen est important, sa cousine a eu un cancer du sein. Une survivante.

Mais Hannah Kawapit aurait hésité à aller à Montréal ou à Val-d’Or. Elle avait une chirurgie prévue en janvier dans une ville du sud de la province mais, effrayée par les éclosions de COVID-19, elle a préféré la reporter. Elle ne voulait pas risquer de l'attraper.

L’unité mobile CLARA doit revenir dans d’autres communautés cries en septembre et en juin.

En 2013-2014 et 2015-2016, 12 femmes des communautés cries ont été hospitalisées pour un cancer du sein. 

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