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Deux Innues au bulletin de nouvelles en français d’APTN

Deux femmes se tiennent devant un écran sur lequel on peut lire « Nouvelles Nationales ».

Sylvie Ambroise et Shushan Bacon sont respectivement animatrice-journaliste et journaliste pour le bulletin de nouvelles en français d'APTN.

Photo :  courtoisie

Gabrielle Paul

Le bulletin de nouvelles en français du réseau APTN, produit à Montréal, peut compter sur le travail de deux Innues : Sylvie Ambroise, journaliste-animatrice, et Shushan Bacon, journaliste. Elles sont toutes deux originaires de Uashat mak Mani-utenam.

Lancé en 2019, les Nouvelles Nationales d'APTN est le premier bulletin d'information télévisé destiné à un public autochtone francophone.

Baignant depuis plusieurs années dans le milieu des communications, Sylvie Ambroise est la présentatrice du bulletin hebdomadaire depuis un peu plus d'un an.

Shushan Bacon s'est quant à elle jointe à l'équipe en tant que journaliste depuis octobre. Il ne s'agit toutefois pas de sa première expérience à APTN.

En 2001, j'ai réussi à obtenir un stage d'été au bureau d'APTN à Ottawa, relate-t-elle. Tout était en anglais, le côté francophone n'était pas encore développé. Ils ont voulu m'embaucher après mon stage, mais j'ai décidé de retourner aux études et je me suis éloignée du journalisme.

Grâce à leur travail, les deux femmes souhaitent donner une voix à ceux qui n'en ont pas et présenter des histoires méconnues.

Il y a des histoires positives dans nos communautés et c'est ce genre d'histoires que j'aime raconter. Je veux apporter de l'espoir aussi.

Une citation de :Sylvie Ambroise, journaliste-animatrice

Dans nos communautés, les gens n'osent pas toujours parler. C'est ce qui m'a poussée à postuler. Je me suis dit que je vais y aller poser les questions, je vais amener les gens à venir raconter leur histoire, confie pour sa part Shushan Bacon.

Être autochtone et journaliste

Pour les deux journalistes, le fait d'être Autochtone change leur manière de comprendre et de traiter l'actualité.

On comprend tout de suite de quoi il est question, dit Sylvie Ambroise. Par exemple, avec ce qui est arrivé avec les Wet'suwet'en l'an passé, on a compris l'enjeu rapidement.

Dans la manière de raconter, on peut amener d'autres choses, d'autres parties de l'histoire.

Une citation de :Shushan Bacon, journaliste

Shushan Bacon cite en exemple l'un de ses récents reportages à propos d'un débat survenu à Nutashkuan à la suite de la diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo d'un chasseur démontrant une méthode traditionnelle pour achever un caribou.

Pendant ce débat-là, cet homme recevait des menaces de mort, raconte-t-elle. Je connaissais cette méthode-là, parce que je l'avais déjà vue en forêt. Je pouvais montrer le côté de ceux qui n'étaient pas d'accord et je pouvais expliquer pourquoi le chasseur avait fait ça.

L'importance de la langue

Par ailleurs, pouvoir parler la langue innue permet d'établir des liens de confiance avec des intervenants potentiels pour des reportages, reconnaissent les deux journalistes.

Les gens aiment quand on commence en disant "Kuei, miam a?" [Bonjour, ça va?]. Les gens savent tout de suite que tu parles innu et le contact est plus facile, souligne Sylvie Ambroise.

La langue c'est quelque chose qui m'est très cher, poursuit-elle.

Shushan Bacon dit avoir réalisé l'importance de la langue en couvrant l'histoire de Raphaël Napa André, décédé à Montréal en janvier.

J'avais réussi à joindre ses parents. Sa mère parlait seulement naskapi et c'est grâce à ma langue innue qu'on a pu se comprendre. Je me disais "Wow, quelle richesse!", raconte-t-elle.

Je suis très fière. Je n'avais jamais réalisé que travailler avec ma langue allait devenir une force.

Une citation de :Shushan Bacon, journaliste

Les deux journalistes tiennent cependant à maintenir leur objectivité.

C'est toujours ce que je recherche, affirme Mme Bacon. On est autochtone, on comprend les gens qui nous parlent, mais il faut du recul.

On est des personnes professionnelles, renchérit Mme Ambroise. C'est sûr, ça arrive que des événements nous touchent de près, que ça touche des gens proches de notre famille. Dans ce temps-là, on confie le sujet à d'autres.

Plus de place aux Autochtones en journalisme

Sylvie Ambroise et Shushan Bacon espèrent voir davantage d'Autochtones choisir le métier de journaliste.

Mon rêve, c'est qu'il y ait beaucoup, beaucoup, de journalistes autochtones au Québec, affirme Sylvie Ambroise.

Les journalistes non autochtones doivent aussi faire leur part, dit-elle cependant.

Ça va aller mieux si on se connaît. Les journalistes doivent apprendre plus des Autochtones.

Une citation de :Sylvie Ambroise, journaliste-animatrice

Ils doivent prendre le temps de parler avec leurs intervenants autochtones, prendre contact, se permettre d'apprendre d'eux et ne pas seulement aller chercher une entrevue. Malheureusement, ça prend du temps, mais c'est important de le faire, précise Mme Ambroise.

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