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Des Innus négligés par la DPJ à Baie-Comeau, selon le syndicat des intervenants

L'extérieur du Pavillon Richelieu en hiver.

Le Pavillon Richelieu augmentera son nombre de chambres pour répondre à la demande en hébergement.

Photo : Radio-Canada / Benoit Jobin

Mathias Marchal

Des jeunes, en majorité des Innus, seraient hébergés en situation de surpopulation dans le centre de la DPJ à Baie-Comeau, en plus d'être sous-scolarisés, déplore le syndicat des intervenants qui les supervisent. La direction se défend d'actes de négligence.

Le Pavillon Richelieu, accueillant une quarantaine de jeunes âgés de 5 à 17 ans, est sur la brèche. Selon le syndicat, 85 % des jeunes sont des Innus, un chiffre qualifié d'inexact par la direction.

Jusqu'à tout récemment l'une des quatre unités du centre accueillait 11 garçons (de 5 à 12 ans) et exceptionnellement une fille, avec seulement huit chambres. Faute de place et en attendant qu'une nouvelle unité soit construite, certains de ces jeunes devaient parfois dormir sur un matelas posé par terre.

Actuellement, la direction a trouvé de la place dans une nouvelle unité de débordement, mais il est possible que les matelas reviennent par terre, au gré de nouvelles admissions.

Une citation de :Maude Fréchette, représentante syndicale pour la Côte-Nord de l'APTS

On est dans un état de négligence, que ce soit pour les conditions de vie des jeunes ou pour les conditions de travail des employés, ajoute la représentante pour la Côte-Nord de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

Plainte en vue

Le syndicat donne une semaine au CISSS de la Côte-Nord pour trouver des solutions. Sinon une plainte sera faite à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse.

Directement visé, le CISSS a réagi par voie de communiqué pour assurer que la clientèle n'est pas victime de négligence à l'intérieur de ses installations.

Même si la direction admet des « débordement récurrents », Marie-Josée Dufour, directrice adjointe du programme jeunesse au CISSS de la Côte-Nord, précise que 10 nouvelles places viennent d'être créées et que chaque jeune dort dans un espace privé qui répond à ses besoins.

Elle ajoute que son organisation a le devoir d'accueillir les jeunes dès qu'une ordonnance de placement a été émise par un juge.

Signalements en hausse

En tout, 4076 signalements ont été faits en 2019-2020 sur la Côte-Nord auprès de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), soit une augmentation de 15 % par rapport à l'an dernier.

En plus des débordements fréquents, le syndicat évoque aussi une pénurie d'intervenants évaluée à 20 %. Celle-ci serait notamment causée par des congés de maladie et des difficultés de rétention du personnel. Le CISSS affirme de son côté respecter les ratios (nombre d'enfants par éducateur).

L'utilisation d'employés temporaires pour combler le manque d'intervenants n'aide toutefois pas les jeunes qui souffrent déjà de problèmes d'attachement, selon le syndicat, qui évoque un cercle vicieux.

Les jeunes qu'on reçoit en réadaptation sont en rupture de fonctionnement. Parfois ils consomment trop, parfois ils sont à risque d'abus ou abusent des autres, ils peuvent être extrêmement violents, évoque Mme Fréchette

Mais actuellement, la mission de réadaptation n'est plus au coeur de la stratégie, car faute de personnel les intervenants sont souvent en mode "gardiennage", plutôt qu'en mode "intervention".

Une citation de :Maude Fréchette, représentante syndicale pour la Côte-Nord de l'APTS

En outre, il n'y a actuellement qu'un seul professeur pour les plus jeunes et ce dernier ne peut pas enseigner à plus de huit élèves. Les enfants sont donc scolarisés à mi-temps en attendant l'embauche d'un nouveau prof et l'ouverture d'une classe supplémentaire dans la nouvelle unité.

Tu as des périodes où c’est un groupe qui y va, puis l’autre. Mais ce sont des enfants qui ont besoin d’aller à l’école à temps plein!, a confié au quotidien Le Devoir une éducatrice, sous le couvert de l'anonymat.

Heures d'enseignement sabrées

La loi sur l'institution publique stipule que les 12,5 heures, ce sont pour des jeunes qui ont des diagnostics précis, comme l'autisme ou des retards mentaux. Ces jeunes ont des problèmes d'apprentissage académique et des problèmes de comportements oui, mais rien qui ne justifie le fait d'être à 12,5 heures par semaine. Ils ont besoin de davantage de support, pas de moins, affirme la déléguée syndicale.

Steve Ahern est le directeur de l’école secondaire Serge-Bouchard, à Baie-Comeau et le responsable de la scolarisation au pavillon Richelieu. Il précise que la majorité des élèves continue d'étudier à temps complet.

Il ajoute que l'enseignement à mi-temps aux plus jeunes est conjoncturel puisqu'il est dû à la hausse subite du nombre d'admissions au pavillon Odyssée (les 5-12 ans) en janvier.

Quand une classe supplémentaire ouvrira début avril dans la nouvelle unité et qu'un enseignant supplémentaire aura été embauché, les élèves étudieront de nouveau à temps complet.

M. Ahern souligne que les mesures prises depuis quelques mois favorisent en outre une scolarisation plus rapide des nouveaux arrivants puisque ces derniers peuvent être scolarisés sans attendre les bulletins, le certificat de naissance et l'autorisation parentale.

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