•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Communautés cries : un personnel de la santé fidèle

Malgré des mesures d'isolement et la pandémie, il n'y a pas eu de vagues de départs comme ailleurs au Québec

Un panneau avec l'inscription Regional hospital.

L'hôpital de Chisasibi est au coeur de la communauté.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Le personnel infirmier est une ressource très demandée un peu partout au Québec. Dans les communautés cries de la province, les effectifs sont restés relativement stables, alors qu’ailleurs, le système de santé a connu de nombreux départs.

Pourtant, depuis un an, un isolement de 14 jours doit être respecté par quiconque veut entrer ou revenir sur le territoire d’Eeyou Istchee.

Dans le local de la compagnie Air Creebec à Montréal, Mario Ricard attend patiemment l’avion nolisé par le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James qui va l’emmener à Whapmagoostui.

La majorité du personnel de la santé qui travaille dans les neuf communautés est crie, mais l’infirmier de 56 ans fait partie des 30 % à 40 % du personnel qui multiplient les allers-retours entre la maison dans le sud de la province et l'emploi dans le nord.

Une habitude pour celui qui exerce chez les Cris depuis près de dix ans et qui aime cette manière de vivre et de travailler.

Un homme portant un masque dans un avion

Mario Ricard monte dans l'avion qui l'amène à Whapmagoostui

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Sauf que depuis un an, c’est un peu plus difficile. Il a déjà enchaîné six à sept isolements de 14 jours qui commencent par une semaine à Gatineau, chez lui, où il vit avec son épouse et ses deux enfants, avant de monter dans le Nord.

Faut que je fasse attention, car elle est aussi infirmière à l’urgence, donc je fais un test de COVID, je mets mon masque, on ne mange pas ensemble, on fait chambre à part et je désinfecte la salle de bain à chaque fois après la douche, c’est assez compliqué, explique-t-il.

Son isolement se poursuit à Whapmagoostui. Il peut néanmoins travailler avec un équipement de protection individuelle, mais impossible d’aller dans les épiceries, d’avoir de la visite, etc. Alors, il emporte ses provisions dans l'avion pour tenir la semaine.

Il faut s’isoler et je comprends cela, on ne veut pas monter le virus sur place, ça peut dégénérer assez rapidement.

Une citation de :Mario Ricard, infirmier

Le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James a craint un moment que ces mesures soient vues comme trop grosses, trop limitatives, et qu’elles fassent fuir, mais finalement, le nombre de départs est faible.

Il y a bien eu, comme partout au début de la première vague, une légère augmentation de personnes qui partaient, essentiellement en maladie.

Mais au bout du compte, le taux de roulement est même dans les normes des années précédentes.

On n’a pas vécu de vagues massives de départs malgré les 14 jours d’isolement, malgré la situation pandémique qui est très anxiogène pour certains, explique la directrice adjointe aux ressources humaines pour le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James, Virginie Hamel.

Une femme pose devant un mur blanc

Virginie Hamel est la directrice adjointe aux ressources humaines pour le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

La recette, selon elle : une bonne communication, des impacts financiers minimisés et une équipe soudée.

On avait confiance envers notre personnel, qu’ils allaient comprendre que ces mesures sont faites pour protéger le territoire.

Une citation de :Virginie Hamel, directrice adjointe aux ressources humaines pour le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James

Et effectivement, l’idée de changer d’emploi ou de rester travailler dans le sud de la province n’a pas effleuré l’esprit de Mario Ricard. Certes, les salaires sont intéressants dans le nord puisque plusieurs primes peuvent s’additionner, dont une prime de rétention annuelle de 14 000 $.

Mais Mario Ricard précise que si la COVID a compliqué les choses, elle n’a en rien enlevé ce qui le motive le plus : son travail dans ces communautés isolées.

C’est une autre façon de travailler. Tu es plus autonome, tu apprends beaucoup aussi. C’est complètement différent que dans les hôpitaux!, lance-t-il.

C’est d’ailleurs ce qu’avait envie d’essayer Claudie Fillion, 25 ans, un chariot d'épicerie rempli à côté d’elle en prévision de sa semaine d’isolement et en partance pour Wemindji.

En pleine pandémie, l’infirmière a décidé de partir travailler dans le Nord il y a quelques mois. Pourquoi? Visiblement, à son rire en guise de réponse, la question lui est souvent posée.

J’ai fait la première vague de COVID-19 aux soins intensifs à Montréal, et c’était trop… Dans le Nord, c’est un rôle complètement différent, explique-t-elle.

Un avion avec une femme et un enfant qui descendent

Le Conseil cri de la santé et des services sociaux de la Baie James nolise des avions pour les patients et le personnel de la santé

Photo : Radio-Canada

Les petits irritants qu’il peut y avoir dans le Nord, c’est rien comparé à ce que vivent les infirmières aux soins intensifs ou dans les urgences dans les hôpitaux, je leur lève mon chapeau, renchérit Alexandra Côté, 26 ans et infirmière depuis trois ans et demi dans les communautés cries.

Si Mario Ricard salue le travail de ses collègues, il précise que tout le monde vit la COVID, ce n’est pas parce qu’on travaille dans une clinique du Nord que c’est plus facile, non!.

D’ailleurs, estime la médecin pour la Baie James depuis un an et demi, Kim-Lam St-Pierre, la quarantaine est encore plus compliquée pour les patients qui vont dans le Sud que pour eux.

Il y a beaucoup de patients pour qui c’est difficile, car ils travaillent, ils ont des enfants… des fois, leurs rendez-vous sont annulés. Ce sont eux qui souffrent le plus de la situation, affirme la médecin.

Évidemment, plus la pandémie dure, plus le poids de l’isolement obligatoire pèse sur notre population et nos employés, concède Virginie Hamel, qui précise que toutes les équipes travaillent ensemble pour maintenir l’équilibre précaire atteint à l’intérieur de l’organisation ainsi qu’avec la population.

Le véritable enjeu qui semble se dessiner à court terme est celui du recrutement. Comme dans l'ensemble du secteur de la santé, il y avait déjà une certaine pénurie de main-d'oeuvre avant la pandémie dans les communautés cries, alors l'appel du pied très insistant et les offres de plus en plus compétitives dans le Sud risquent de le compliquer.

D'autant plus que les établissements dans le Sud sont beaucoup plus réticents, vu la situation, à octroyer des congés nordiques à leurs employés, leur permettant une expérience professionnelle dans le Nord. Les gens sont aussi plus sédentaires et choisissent d'aider dans leur établissement de base, poursuit Virginie Hamel.

Il y a eu 115 cas de COVID-19 dans les communautés cries depuis le début de la pandémie.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !