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La bâtisse et le stationnement du CLSC de Joliette.

Le CLSC de Joliette a défrayé les manchettes après qu'une femme atikamekw eut dit avoir été victime de discrimination de la part de deux infirmières.

Photo : Radio-Canada

Edith Bélanger

La semaine dernière, nous avons à nouveau été collectivement témoins du racisme qui affecte trop souvent les gens des Premières Nations dans leurs interactions avec le système de santé au Québec. Les événements vécus par Jocelyne Ottawa, une femme de la nation atikamekw qui a reçu des services au CLSC de Joliette, ont été portés à l’attention de la population, soulevant l’indignation générale.

Il me semble que le premier mot qui nous vient en tête, à peine six mois après le décès tragique de Joyce Echaquan, c’est : indéfendable. En effet, les propos tenus par les deux infirmières en question sont inacceptables et, en plus d’être tout à fait déplacés et infantilisants, semblent témoigner d’un profond mépris envers la population autochtone pourtant très nombreuse à fréquenter les services de santé de la région.

Lorsque les deux soignantes impliquées ont été congédiées, on aurait pu penser que, finalement, la vitesse de réaction du système était signe que les choses changent.

Or, l’humain me surprendra toujours, il s’est trouvé au moins une personne pour banaliser la situation : le représentant syndical. Selon ses propos, ces congédiements étaient injustifiés dans la mesure où les infirmières n’étaient pas de mauvaise foi. Toujours selon son interprétation, elles essayaient même d’être sympathiques avec Mme Ottawa, en suivant expressément les conseils donnés lors d’une formation sur la sensibilisation culturelle.

Bouche bée

J’en suis restée bouche bée. Faire porter le chapeau à la formation dispensée au personnel afin de donner une compréhension de base des enjeux autochtones, c’est franchement exagéré et lourd de conséquences pour au moins deux raisons.

Premièrement, cela équivaut à déresponsabiliser les gens qui suivent la formation en les plaçant dans un rôle de complète passivité. Comme s’il suffisait de déverser des connaissances sur les employés du système de santé pour effacer toute trace de racisme systémique.

Deuxièmement, ces propos semblent véhiculer l’idée que le savoir est dangereux, que c’est dans la douceur de l’ignorance que l’on est le mieux.

Vite! Mettez-moi à l’index tous les ouvrages de vulgarisation et les outils de sensibilisation aux réalités des premiers peuples!

Allez! Aux oubliettes, les conférences sur le racisme systémique, les séminaires de formation sur la sécurisation culturelle! Tout ça est bien trop risqué : certaines personnes pourraient mal interpréter les notions enseignées...

Cela n’est pas sans nous rappeler les arguments disant qu’il ne faut pas parler du suicide ou de la sexualité dans les écoles, car ça pourrait donner des idées aux jeunes.

Aussi bien arrêter l’écriture de cette chronique ici même, tant qu’à y être.

En fait, cet argumentaire syndical, en plus d’être d’une insensibilité lamentable, est aussi fort douteux. Bien sûr, sans y avoir assisté, je suis prête à parier que dans la formation reçue par les infirmières, on ne leur a pas conseillé de faire chanter les patients atikamekw pour qu’ils sentent qu’on se soucie de leur culture. Difficile d’aller plus loin dans le stéréotype.

Il ne suffit donc pas de savoir, surtout si l’on ne veut pas remettre en question ses propres croyances et que l’on n'a aucune intention de changer ses pratiques.

Le but d’une formation sur la sensibilisation aux enjeux culturels n’est pas de pallier l’insensibilité et le manque de jugement. Elle ne remplace pas non plus l’empathie ni les aptitudes sociales qui sont pourtant des prérequis essentiels à la profession d’infirmière.

On pourrait ici faire une analogie avec l’école, qui n’est pas responsable à elle seule de l’éducation morale et sociale des enfants. Ça prend plus que des classes, des livres et des enseignants, il faut qu’il y ait des oreilles attentives, intéressées et disposées, pas seulement à apprendre, mais aussi prêtes à modifier certains de leurs comportements, réactions et réflexes.

Aussi, lorsqu’il est question d’enseigner les réalités et les enjeux autochtones à des Canadiens ou des Québécois, il faut garder en tête que c’est à 400 ans de désinformation et de préjugés que l’on fait face.

Pendant de longues décennies, les autorités ecclésiastiques et coloniales ont mis autant d’énergie à convaincre les enfants autochtones, dans les pensionnats, qu’ils étaient inférieurs qu’à persuader les petits Canadiens, dans les écoles, qu’ils valaient bien mieux que les « pauvres petits Indiens ».

Un immense fossé s’est alors créé et on constate aujourd’hui qu’on a bien du mal à le combler.

Une fois qu’on sait, tout reste encore à faire

L’apprentissage d’une autre culture ne se fait pas par le biais d’un bourrage de crâne dans une classe, virtuelle ou pas. Il faut être en mesure d’entrer en relation avec un réel intérêt.

Après tout, que penseriez-vous d’un expert de la culture coréenne qui n’aurait jamais visité ce pays ou côtoyé ses habitants? Vous auriez certainement l’impression, à juste titre, qu’il passe à côté de l’essentiel.

Un mot s’impose : responsabilisation individuelle. En effet, si l’on ne peut plus rien faire pour le passé, le présent et le futur, eux, nous appartiennent.

Et surtout, voyons les choses en face : il est irresponsable de blâmer l’enseignant quand il est aux prises avec de mauvais élèves.

Sortons plutôt le bonnet d’âne!

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