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Congédiement d'infirmières au CLSC de Joliette : Québec nie toute pression politique

Le bâtiment et le stationnement du CLSC de Joliette.

Le CLSC de Joliette a fait les manchettes après qu'une femme atikamekw eut dit avoir été victime de discrimination de la part de deux infirmières.

Photo : Radio-Canada

Le congédiement mardi de deux infirmières du CLSC de Joliette accusées d’avoir eu des comportements racistes envers une patiente atikamekw est la conséquence d’une directive politique, a soutenu vendredi le président du syndicat qui les représente. Mais le gouvernement Legault a ensuite démenti cette affirmation avec vigueur.

Stéphane Cormier, du Syndicat interprofessionnel de la santé de Lanaudière, a déploré le fait que le licenciement des deux infirmières a eu lieu sans réelle enquête sur les faits qui leur sont reprochés.

M. Cormier a indiqué que, selon la procédure habituelle, avant qu’une personne ne soit congédiée par le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS), une enquête complète visant à recueillir le témoignage de toutes les personnes impliquées dans un événement problématique est mise en branle. Cela peut prendre de trois à quatre semaines.

Mais dans ce cas-ci, les infirmières ont été suspendues lundi en fin de journée, pour ensuite se faire convoquer le lendemain à une courte rencontre au cours de laquelle on leur a posé quelques questions avant de leur lire un paragraphe de six lignes concocté par des avocats, qui leur annonçait leur congédiement, a-t-il dit.

C’est de la pression politique qui a été faite, a dit croire M. Cormier. Un directeur a dit à quelqu’un dans l’organisation que ça venait d’une autre instance, a-t-il poursuivi.

Vous pouvez me dire que le CISSS est responsable, mais je vous le dis que le CISSS n’a jamais congédié des gens de cette façon-là.

Une citation de :Stéphane Cormier, président du Syndicat interprofessionnel de la santé de Lanaudière

Il n'y a eu aucune intervention politique entourant le congédiement de deux infirmières du CLSC de Joliette, a plus tard rétorqué le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en marge d'une annonce à Montréal. Un avis partagé par le ministre des Affaires autochtones, Ian Lafrenière.

M. Dubé a ainsi réfuté les allégations soulevées par le syndicat interprofessionnel de Lanaudière à travers différents médias en affirmant qu'il se rangeait à 100 % derrière la décision prise par la présidente-directrice générale par intérim du CISSS de Lanaudière, Caroline Barbir.

C'était une situation totalement inacceptable, et je vous dirais qu'il n'y a eu aucune intervention politique dans cette décision.

Une citation de :Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Plus tôt vendredi, le ministre responsable de la Lutte contre le racisme, Benoit Charette, avait déjà nié l'interprétation des faits du syndicat au sujet d'un congédiement politique. En entrevue à l'émission Tout un matin, il a assuré que la décision avait été prise par la direction du CISSS, qui aurait cependant suivi les directives gouvernementales en refusant de garder des gens au comportement raciste dans ses rangs.

Le politique n’est aucunement intervenu au niveau de l’enquête elle-même. Il y a quelque chose, par contre, qui est clair. On a envoyé un message précis à toutes les administrations publiques. Tout ce qui est racisme, c’est dorénavant tolérance zéro, a affirmé M. Charette.

Le CISSS de Lanaudière, dont dépend le CLSC de Joliette, a affirmé dans un communiqué de presse que tous les processus requis au déploiement d’une enquête de cette nature ont été respectés.

Après avoir recueilli les témoignages nécessaires dans le cadre d’une enquête de cette nature, nous avions suffisamment d’éléments en main pour justifier un manquement au code d’éthique de l’établissement et au code d’éthique et de déontologie de la profession, a indiqué Caroline Barbir, présidente-directrice générale par intérim du CISSS. Elle a dit comprendre l'onde de choc que cela a pu causer chez le personnel.

Les deux infirmières sont atterrées, a martelé Stéphane Cormier, en entrevue à Espaces autochtones.

Elles ne nient pas ce que Mme Ottawa a ressenti, car ça lui appartient, a-t-il dit. Mais elles précisent que leurs gestes n'avaient rien de raciste, qu'il s'agissait de tentatives de rentrer en contact avec elle, comme elles l'avaient appris dans la récente formation qu'elles venaient de suivre qui recommande de s'intéresser à la culture de leurs patients autochtones.

Un racisme ancré?

Un homme accorde une entrevue par visioconférence.

Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, a souligné en marge d'une conférence de presse que les deux infirmières ne s'étaient pas encore fait entendre publiquement.

Elles devraient donner leur version des faits lundi prochain.

Du côté autochtone, on l'a déjà dit en septembre dernier [lors du décès de Joyce Echaquan], ce n'est pas un cas isolé, a rappelé M. Picard, en évoquant une normalisation de certaines attitudes dans tout le réseau de la santé.

Malgré tout le bien-fondé des sessions de formation, il y a peut-être des personnes qui n'ont pas les acquis pour réussir, car c'est [le racisme] tellement ancré en eux, tellement profond.

Une citation de :Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador

D'après M. Picard, le concept de sécurisation culturelle doit être encadré et il est incontournable d'aller chercher un rapport de force.

Cela pourrait notamment prendre la forme d'un bureau de référence, où des plaintes pourraient être déposées afin de dissiper les craintes qu'ont les Autochtones de dénoncer des gestes répréhensibles, a-t-il suggéré.

Incompréhension de part et d’autre, dit le syndicat

Stéphane Cormier a prétendu que les deux infirmières congédiées ne méritaient pas d'être licenciées et qu'elles ont simplement essayé de créer un lien avec la patiente, Jocelyne Ottawa, et de s’intéresser à sa culture.

Peut-être de façon maladroite, a-t-il convenu.

Ce qu’elles ont fait, c’est d’essayer de mettre en pratique les recommandations de la formation qu’elles ont suivie [pour éviter les comportements racistes], qui était d’essayer d’entrer en contact avec cette culture, questionner, essayer de faire des contacts avec eux, a-t-il dit.

Une femme assise devant une résidence.

Jocelyne Ottawa, une Atikamekw de Manawan, affirme avoir été victime de racisme dans un CLSC de Joliette.

Photo : Radio-Canada

C’est pourquoi, d'après lui, elles ont demandé à Mme Ottawa de chanter une chanson en atikamekw et l’ont appelée Joyce, ce que la patiente a cru être une référence à Joyce Echaquan, morte en septembre sous les insultes racistes de certains membres du personnel de l'hôpital de Joliette.

Sylvie Roy, psychologue et formatrice en sécurisation culturelle, est la personne qui a réalisé la vidéo de formation qu'avaient suivie les deux infirmières de même que plus de 4000 autres employés du réseau. En entrevue à ICI RDI, Mme Roy, qui a des racines atikamekw, a précisé ne pas comprendre comment le contenu proposé a pu pousser le personnel à effectuer des actions irrespectueuses ou discriminantes, étant donné qu'elle le dispense depuis plusieurs années.

Je n'ai certainement pas proposé qu'on demande aux patients de chanter des chansons.

Une citation de :Sylvie Roy, psychologue et formatrice en sécurisation culturelle

Elle affirme aussi ne pas avoir suggéré de donner des surnoms aux patients. Je ne comprends pas en quoi Joyce ressemble à Jocelyne.

Reste la question du cellulaire qui s'est retrouvé entre les mains des deux infirmières et qui aurait été l'occasion de plaisanteries.

Le président syndical Stéphane Cormier a offert une version différente.

Le cellulaire, la dame l’a eu sur elle tout le temps qu’ont duré leurs soins. À la fin, quand elle s’est levée, il est tombé par terre. La dame, elle a une marchette. L’infirmière lui a dit : "Je vais vous redonner votre cellulaire quand vous allez être solide sur vos pieds." Là, je vous parle de trois minutes, a-t-il assuré.

Ce sont deux très bonnes infirmières très appréciées de leurs collègues qui ont des dossiers sans tache, a précisé le président syndical, qui compte contester leur congédiement. Dans Lanaudière, tout le personnel de santé est gelé et n'osera plus rien faire, c'est un recul de 10 ans, selon lui.

Malaise à l'Assemblée nationale

À Québec, où les parlementaires avaient adopté à l'unanimité une motion présentant des excuses à Mme Ottawa et à la communauté atikamekw de Manawan, un certain malaise régnait chez les députés d'opposition interrogés.

La députée libérale Marwah Rizqy a d'abord rappelé que ce que nous avons entendu, c'est que les faits allégués étaient vraiment graves. Alors une action s'imposait. Ne voulant pas s'avancer plus loin, elle a remis le débat entre les mains des instances chargées d'arbitrer des relations de travail.

Du côté de Québec solidaire, la députée de Taschereau Catherine Dorion a expliqué que tous se retrouvaient maintenant devant une autre version. Elle a reconnu aussi qu'il sera nécessaire de connaître le fond de l'affaire avant de se prononcer davantage.

Il faut aller voir un peu plus loin à chaque fois et ne pas se pitcher sur la première nouvelle qui sort, parce qu'on sait qu'il y en a d'autres qui sortent après.

Une citation de :Catherine Dorion, députée de Taschereau

Le député péquiste Pascal Bérubé avait autant de questions que de réponses sur le sujet. Est-ce qu'il y a eu des paroles racistes? Oui. Dans quel contexte? Dans aucun contexte, ce n’est acceptable. Quelle devrait être la suite? Est-ce que c'est le congédiement? Le syndicat est engagé dans un débat avec l'employeur là-dessus, a-t-il déclaré.

Il a cependant ajouté qu'il faut condamner toute parole, acte raciste. Il faut le condamner. Il ne faut pas laisser passer ça.

Avec les informations de La Presse canadienne

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