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Les limites de la formation en sécurisation culturelle offerte en santé

La psychologue et formatrice en sécurisation culturelle Sylvie Roy.

La psychologue et formatrice en sécurisation culturelle Sylvie Roy

Photo : Radio-Canada

Les deux infirmières congédiées mardi qui auraient tenu des propos discriminatoires à l’encontre d’une Atikamekw au CLSC de Joliette avaient l'obligation de visionner la conférence sur la sécurisation culturelle offerte depuis novembre aux employés du CISSS de Lanaudière. Le CLSC de Lanaudière affirme que les deux professionnelles de la santé avaient bel et bien suivi la formation. Or, pour celle qui a conçu cette conférence, un tel exercice a ses limites.

C’était urgent de présenter [cette formation] aux employés, a-t-on expliqué à Sylvie Roy, la formatrice en sécurisation culturelle lorsqu’on l’a approchée à cet effet.

Il fallait faire quelque chose, lui avait-on dit. « Quelque chose de très minimal », considère Mme Roy, qui précise que ce travail de formation doit se poursuivre en collaboration avec l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Depuis plusieurs années, l’UQAT forme, entre autres, des intervenants du réseau public aux réalités autochtones.

Une formation obligatoire

« Ma conférence était proposée comme une activité obligatoire, préalable à la formation que l’UQAT allait poursuivre avec le personnel », précise Sylvie Roy.

Pendant trois heures, plus de 4000 employés et partenaires ont été informés d’éléments historiques importants « que je présente comme étant des facteurs de risque pour les Premières Nations », explique cette Atikamekw d’Opitciwan, psychologue de profession. La psychologue ne peut confirmer cependant si les deux infirmières avaient bel et bien suivi la formation comme elles devaient obligatoirement le faire.

Les impacts de la colonisation ont été abordés, tout comme les enjeux contemporains qui en découlent. Logement, pauvreté, emploi, éducation, Sylvie Roy a touché aux iniquités qui existent entre les Premières Nations et la société québécoise, la société canadienne. Mais certainement pas toutes les iniquités, tient-elle à préciser.

Elle y a aussi parlé de la culture, qu’elle considère comme « un moyen extraordinaire de guérison pour les Premières Nations », un élément qu’elle aimerait faire intégrer dans les interventions, les services et les programmes offerts aux Autochtones, pour favoriser la sécurisation culturelle.

Qu’est-ce que la sécurisation culturelle?

Sylvie Roy la définit ainsi : il s’agit d’un « ensemble de connaissances (savoirs), d’attitudes, de valeurs et de comportements (savoir-être) qui forment, qui permettent l’actualisation de compétences, des habiletés culturelles (savoir-faire) qui favorisent un sentiment de sécurité chez la personne qui reçoit un service, qui reçoit de l’aide ».

Selon elle, ce doit être « un engagement personnel, professionnel, et une responsabilité de l’État à l’égard des Premières Nations ».

Au-delà des ressources financières et humaines, le comportement et l’attitude jouent un rôle primordial avec les personnes concernées pour ne pas les intimider.

L’ensemble du personnel était visé par cette formation. La conférence a également été enregistrée pour permettre de rejoindre les 11 000 personnes concernées, que ce soient des employés du CISSS de Lanaudière ou des partenaires, par exemple des cliniques privées.

Les deux infirmières qui ont eu à prendre soin de l’Atikamekw Jocelyne Ottawa, au CLSC de Joliette le 12 mars, devaient suivre cette formation quelques jours ou quelques semaines avant cet incident.

Les limites d'une formation en sécurisation culturelle

Trois heures, est-ce suffisant pour devenir compétent culturellement?

« Pour être compétent culturellement, il faut être animé d’un désir véritable pour connaître l’autre culture », souligne Sylvie Roy. Si l’intérêt n’y est pas, ce sera bien difficile, ajoute-t-elle, en précisant qu’il faut malgré tout continuer le travail de sensibilisation.

Mme Roy voit la sécurisation culturelle comme un « engagement à en connaître davantage sur l’autre, à se questionner tout en prenant conscience de ses préjugés ».

Si vous n’êtes pas animés d’un réel désir de connaître et de bien servir les Premières Nations, rendez-nous service et ne venez pas travailler avec nos communautés.

Une citation de :Sylvie Roy, psychologue et formatrice en sécurisation culturelle

Au fil de ses formations, Sylvie Roy a rencontré des gens de bonne volonté « qui sont pro-Premières Nations, qui se sont documentés, mais on dirait que c’est encore un trop petit noyau de la population ».

Il faut continuer de sensibiliser les gens, dit-elle, « à cette partie de l’histoire que les gens ne connaissent pas ou refusent d’admettre et qui impacte encore aujourd’hui les Premières Nations ».

Des projets sont d’ailleurs en développement entre l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et Sylvie Roy en lien avec le CIUSSS Saguenay Lac-Saint-Jean. Elle agira en tant que consultante et formatrice pour le développement de la formation offerte au personnel.

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