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La chasse au caribou par les Innus dans le nord du Québec préoccupe les Cris

Environ 280 bêtes auraient été abattues par un groupe de chasseurs innus

Des caribous quittent la rive pour marcher dans une rivière. Derrière eux, une montage rocheuse est illuminée par le soleil.

Un petit troupeau de caribous.

Photo : Courtoisie / Corporation du Mushuau-nipi

Radio-Canada

Une chasse au caribou communautaire organisée par des chasseurs innus de Matimekush-Lac John, près de Schefferville, au Québec, inquiète certains maîtres-piégeurs de Chisasibi et des représentants du gouvernement cri.

La chasse a eu lieu sur des terres à l'ouest de Schefferville et à l'est de Chisasibi, au nord-ouest de Brisay, dans le nord du Québec. Elle s’est déroulée entre la fin janvier et la mi-février. La région est à plus de 1800 kilomètres au nord-est de Montréal.

Environ 280 caribous du troupeau de la rivière aux Feuilles auraient été chassés et récoltés par le groupe, selon une enquête citée par le grand chef du Grand Conseil des Cris, Abel Bosum.

Nous ne sommes pas contre la chasse au caribou par les Innus de cette communauté, mais les protocoles n'ont pas été suivis. Les personnes qui ont des lignes de piégeage là où la chasse a eu lieu n’ont pas été informées au préalable, explique Abel Bosum. Il ajoute de plus être préoccupé par cette quantité de caribous récoltés au sein d’un troupeau vulnérable.

L'un des territoires de piégeage où la chasse a eu lieu est sous la responsabilité du maître-piégeur cri Bobby Neacappo. Ce dernier se dit lui aussi déçu de la façon dont la chasse s’est déroulée.

J'estime que la chasse n'était pas respectueuse, considérant la quantité de caribous qui ont été capturés, souligne-t-il. Selon la Loi sur les droits de chasse et de pêche dans les territoires de la Baie-James et du Nouveau-Québec, un maître-piégeur comme lui est la personne reconnue par une communauté crie comme responsable de la surveillance des activités relatives à l’exercice du droit d’exploitation dans un terrain de piégeage cri.

Restrictions de chasse en place

En 2018, le gouvernement de la nation crie a imposé des limites volontaires à la récolte au sein du troupeau de la rivière aux Feuilles. La chasse sportive y est fermée depuis ce temps. Le gouvernement a également interdit aux Autochtones de chasser des bêtes appartenant au troupeau de caribous de la rivière George.

Le grand chef du Grand Conseil des Cris, Abel Bosum, devant un parc.

Le grand chef du Grand Conseil des Cris, Abel Bosum.

Photo :  CBC

Malgré tout, le grand chef Abel Bosum affirme être conscient de l'importance du caribou pour les Innus.

Nous comprenons [que le peuple innu a des besoins]. [La chasse au caribou], c'est leur mode de vie. Nous respectons et reconnaissons cette situation, poursuit-il. Il ajoute que les dirigeants cris ont envoyé une lettre exprimant leurs préoccupations quant à cette chasse à l’attention de Réal McKenzie, le chef de Matimekush-Lac John.

Nous devons maintenir ce respect entre les nations et aussi le respect de nos trappeurs et de nos maîtres-piégeurs qui dépendent de la faune, explique le grand chef Bosum.

Réal McKenzie, de son côté, n'a pas répondu aux demandes d'entrevue de CBC.

La population du troupeau de la rivière aux Feuilles s'élève à environ 190 000 bêtes, contre 600 000 il y a 20 ans. Le recensement de 2020 du caribou de la rivière George estime pour sa part que la population du troupeau est de 8100 animaux, ce qui est en hausse par rapport aux creux historiques de 2018. Mais ce nombre est considérablement en baisse par rapport au sommet de 750 000 individus, selon les chiffres offerts par la province de Terre-Neuve-et-Labrador.

Territoire qui se chevauche

La zone où la chasse en question a eu lieu se trouve dans les régions de l'extrême est du territoire cri, dans une région où les Innus affirment y avoir chassé eux aussi traditionnellement. Il s’agit d’un territoire qui est couvert par la Convention de la Baie-James et du Nord québécois de 1975, dont les Innus n'étaient pas signataires.

Il [y a] certainement des zones qui ont été considérées comme des chevauchements entre les [régions couvertes par la Convention de 1975] et [celles des] Innus, convient Abel Bosum. Il y a eu un certain nombre de tentatives dans le passé pour essayer de résoudre ces chevauchements, mais elles n’ont pas abouti.

Le grand chef affirme de plus que les dirigeants cris demandent une rencontre avec des représentants du gouvernement du Québec. Pour discuter à la fois de ce qui s'est passé, mais surtout pour voir quelles sont les options pour l'avenir.

Bobby Neacappo, le maître-piégeur de Chisasibi, explique que, dans le passé, les chasses dans cette région effectuées par les Cris, les membres de la nation naskapie de Kawawachikamach et les Innus de Matimekush-Lac John étaient un événement en soi, où les gens étaient heureux de se voir.

À cette époque, il y avait toujours un leader que le groupe de chasseurs écoutait. C'était toujours comme ça dans le passé, rappelle Bobby Neacappo.

Ce dernier soutient ne pas vouloir que les prises soient retirées aux chasseurs innus, mais qu'elles restent à Matimekush-Lac John.

Notre communauté est en train de régler ce problème en compagnie de la communauté innue et du gouvernement de la nation crie. Cette situation ne devrait plus se reproduire.

D’après un texte de Susan Bell et Christopher Herodier, CBC News.

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