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L'école au temps de la COVID : des résultats scolaires à la baisse dans les communautés

L’Expo-sciences autochtone Québec est une compétition scientifique qui s’adresse aux élèves de la 5e année du primaire jusqu’à la 5e année du secondaire.

L'enseignement à distance a posé des problèmes aux élèves des communautés même si les enseignants ont réussi à s'adapter.

Photo : Getty Images

Depuis un an, les élèves des écoles des Premières Nations composent, eux aussi, avec les défis de l’enseignement hybride. Leurs notes ont chuté, selon des relevés scolaires, parcellaires, des enfants des établissements du Conseil en Éducation des Premières Nations (CEPN). Sur le terrain, les directions d’établissement et des enseignants, épuisés, observent aussi davantage de décrochage.

Les données compilées par le CEPN dans six écoles des Premières Nations montrent que la moyenne des élèves en mathématiques est passée de près de 90 % (87,6 %) à moins de 80 % (77,9 %) cette année. Pour ce qui est du français ou de l’anglais, les notes dégringolent également, passant de 79 % à 74,5 %.

Annette Dubé Vollant, directrice des services éducatifs à l’école de la communauté atikamekw de Manawan, a aussi observé une différence de niveau lors de la rentrée cet automne par rapport aux années passées. On a senti des lacunes en septembre et on en ressent encore les effets. Pour pallier, on a organisé une période où les enseignants devaient revenir sur les notions de l’année précédente avec les élèves. On savait qu’il faudrait du temps pour récupérer.

Le directeur général du CEPN, Denis Gros-Louis, vante pourtant la qualité du suivi à domicile réalisé pour les élèves qui ont choisi l’enseignement à distance.

Ils sont très encadrés au niveau local. Une personne de leur communauté […] suit l’assiduité et des devoirs. Les élèves sont plus autonomes et mieux organisés […] On voit que l’expérience d’apprentissage numérique est bien intégrée chez eux, ce qui réduit les effets de la pandémie dans leur cheminement scolaire.

Logements surpeuplés et difficultés numériques

Début février, 65 % des élèves étaient de retour en classe en présentiel dans les établissements francophones du CEPN, qui rassemble 24 écoles des Abénakis, des Anichinabés, des Atikamekw, des Hurons-Wendat, des Innus, des Malécites, des Micmacs et des Mohawks. Denis Gros-Louis estime que le CEPN a agi vite, en avril dernier, pour former les professeurs à l’enseignement à distance : On a fait un blitz incroyable, lance-t-il.

Mais il reconnaît que la crise sanitaire a cristallisé des problèmes que vivent les communautés depuis longtemps et qu’elle joue sur les résultats des élèves. Les résidences sont surpeuplées. Donc quand il y a plusieurs jeunes qui font de l’enseignement à distance, il y a des problèmes de bruit.

Des soucis que confirme Annette Dubé-Vollant, directrice des services éducatifs à l’école primaire de la communauté atikamekw de Manawan, qui a fermé deux fois depuis un an, dont une fois à cause d’une éclosion.

Pour les élèves, ce n’est pas simple de se concentrer dans des maisons bruyantes. Et pour l’enseignant aussi. Mon mari, quand il donnait des cours à des élèves, il entendait un autre enseignant qui faisait un cours à l’enfant de la salle d’à côté. Aussi, même si la plupart des élèves avaient Internet, certains avaient une mauvaise connexion, et dans ces cas-là, c’est encore plus difficile de garder la motivation.

Enseigner par écran a amené aussi sur la table d’autres défis dans des cours où l’essentiel des contenus n’est pas écrit : Le passage à distance, c’est plus dur pour des professeurs plus âgés. Pour les programmes où la langue d’enseignement est ancestrale, convertir des programmes linguistiques rapidement en les numérisant, ça a été difficile. Et l’ensemble des équipes dans les écoles sont fatiguées face à tous ces changements, explique-t-il.

Sakay Ottawa, directeur de l’école secondaire de la communauté atikamekw de Manawan, observait aussi, le mois dernier, une baisse des résultats. Il dresse un constat sans équivoque.

Les jeunes sont moins motivés quand tu fais des cours en ligne. On en a qui nous ont appelés parfois et qui demandaient de pouvoir venir travailler à l’école… quand ils étaient censés être à distance. Ce qu’on voit aussi, c’est que des difficultés en engendrent d’autres. Quand tu perds le fil en français, que ça se ressent sur les notes, on observe les répercussions après dans d’autres matières. Ça s’ajoute à l’anxiété et à la démotivation liée à la perte de lien social.

À l’échelon inférieur, Jennifer Gull, qui donne des cours à de jeunes Cris âgés entre six et sept ans à l’école Waswanipi Rainbow, ressent aussi l’effet pandémie sur son enseignement.

Mes élèves oublient beaucoup plus ce que je leur apprends, car je ne peux pas les manipuler avec mes mains. Je dois leur montrer beaucoup plus souvent les choses.

Passage délicat à la classe supérieure en vue

L’été n’est plus très loin… et avec lui approchent les décisions du passage, ou non, des élèves à la classe suivante.

Sakay Ottawa veut soutenir les élèves et donc éviter le plus possible des redoublements. Les évaluations ont été adaptées, elles ne sont pas nécessairement moins sévères […] On est en train de voir quels élèves peuvent avoir une chance de passer leur année scolaire, pour soutenir ces jeunes-là.

À l’école primaire, Jennifer Gull ressent de la pression pour que ses élèves arrivent à intégrer tout ce qu’elle leur explique en moins de temps que les années précédentes.

« On a fermé notre école à la fin décembre et on n'a rouvert que fin janvier. J’ai si peu de temps. C’est stressant. On les presse d’apprendre beaucoup de choses. Les objectifs, les notes, c’est dur. Certes, ce sont des éléments de normalité dans une année qui ne l’est pas du tout, mais c’est aussi de la pression supplémentaire. »

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